« Trois (3) mois de détention à la Maison d'arrêt militaire d'Abidjan (Mama), cent mille francs (100.000) d'amende pour chacun, délivrance d'un mandat de dépôt immédiat ». C'est le verdict qu'a prononcé ce jeudi 24 mai 2012 le tribunal militaire contre les six (6) sergents de police qui ont frappé Laurent Pokou le 6 avril 2008, à Port-Bouet.
À l'ouverture du procès, Me Dago-Djiriga Michel, avocat des prévenus, a demandé en vain son report. Et ce, pour « prendre connaissance du dossier ». Une requête qui n'a été prise en compte par le ministère public qui a soutenu que « dès sa constitution, l'avocat avait la latitude de prendre connaissance du dossier de ses clients ».
Il s'agit des sergents Koffi Kouadio Paul, Kouassi N'guessan Mathurin, Kouamé Datto Bertin, Gnaoré Armand Yves Bertrand, Ibo Yahi Guy Bertrand et Raoul Stanislas Kouassi, tous en service à la Compagnie républicaine de sécurité (Crs) 2, au moment des faits. Ils ont aussitôt été conduits à la Mama. « C'est une sanction pour décourager ce genre d'attitude et encourager toutes les victimes d'abus des forces de l'ordre, à nous saisir », a déclaré le ministère public qui a requis 24 mois contre ces sous-officiers de la police nationale. Une peine qui a été divisée par 8 par le tribunal.
Les faits qui ont défiguré Pokou
Selon les policiers qui se sont succédé à la barre, il était environ 23 h30 mn lorsque l'ancienne gloire du football ivoirien a été sifflée au cours d'un contrôle de routine à Port-Bouet. Alors qu'il venait de dépasser le carrefour Akwaba et allait dans la direction d'Adjouffou. Ils reconnaissent à l'unanimité que le conducteur a obtempéré et s'est même prêté au contrôle. Le sergent Koffi Kouadio Paul, qui était au départ à côté de la voiture, a expliqué que c'est lorsqu'il a vu que les pièces du véhicule portaient le nom « Kaboré Alsafo », qu'il a souhaité approfondir le contrôle en demandant le permis du conducteur.
Il soutient que Pokou a réclamé les premières pièces contrôlées avant de lui remettre le permis. Ce qu'il n'a pas accepté. De son côté, l'ancien attaquant de l'Asec mimosas et des Éléphants de Côte d'Ivoire, affirme que l'agent en question s'est éloigné de la voiture avec ses pièces pendant environ cinq minutes. C'est alors qu'il est descendu du véhicule pour savoir s'il était en infraction. Les policiers soutiennent en choeur qu'il aurait proféré des injures à leur endroit. Ce que réfute le plaignant.
Pokou était lucide
Selon l'officier de permanence au 33ème arrondissement où Pokou a été conduit manu militari par les policiers, ce dernier ne présentait aucun signe d'ivresse. Il a témoigné à la barre que Pokou a, par la suite, conduit sa voiture jusqu'à son domicile à Vridi cité. Le concerné lui-même a nié qu'il n'était pas sous l'emprise de l'alcool. Mais lors de leur audience, les six policiers ont déclaré que «Pokou puait l'alcool et était insaisissable ». Après la délibération du tribunal, l'avocat des flics a déclaré se pourvoir en cassation demain dès 9 h.
L'histoire de ces six agents de police qui ont délibérément bastonné l'ancienne gloire du football ivoirien avait fait grand bruit. Et les Ivoiriens en ont fait des commentaires divers. Ces éléments en poste à un barrage de police au niveau du carrefour Akwaba (non loin de l'aéroport Félix Houphouet-Boigny de Port-Bouet), avaient roué de coups Laurent Pokou avant de le conduire, dans un piteux état, au poste de police le plus proche (33ème arrondissement, derrière Wharf) où il a été abandonné par ses bourreaux.
Après les excuses publiques de la direction générale de la police nationale, Pokou avait reçu la visite de l'ex-Président de la République, Laurent Gbagbo, suivie de plusieurs autorités dont le ministre de l'Intérieur, le directeur général de la Police et le maire de la commune. Quatre ans après, le procès a finalement eu lieu et les bourreaux de "l'homme d'Asmara" ont été condamnés à trois mois de prison.
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