Il y a un an, au mois de juin 2011, j'écrivais dans La Presse un article enthousiaste, élogieux et plein d'espoir dans ce que je considérais alors un véritable changement des mentalités au lendemain de la révolution tunisienne. Mahdia donnait l'exemple en lançant, sous l'égide de la nouvelle équipe de la mairie, une initiative spectaculaire de nettoyage et d'embellissement de la ville, notamment tout le long du rivage du Cap d'Afrique et dans le cimetière marin de Mahdia, un joyau national qui fait partie du patrimoine culturel et historique du pays et qui fait la fierté des Mahdois.
Près d'un an après, nous nous réveillons devant un spectacle de désolation: des bulldozers de la municipalité sont venus ravager plusieurs hectares d'un écosystème fragile en effectuant des travaux de terrassement et de débroussaillage dans le périmètre du cimetière marin, travaux qui ont défiguré cet endroit de rêve préservé depuis des décennies. Ce coin de nature tout à fait unique abritait jusque-là de nombreuses espèces végétales et animales, précisément répertoriées au cours des années par des scientifiques et des associations locales et publiées par le «Club Faune et Flore Méditerranéennes».
Dans le cadre de la protection de l'environnement, ce club aux actions très méritantes vient de lancer un appel au secours, face à cette catastrophe qui a un impact écologique grave et qui aura, en plus, un impact désastreux sur le tourisme, surtout à une époque où des initiatives sont lancées en vue de développer le tourisme culturel et écologique en Tunisie. La beauté du site à toutes les périodes de l'année, notamment au printemps quand tout le cap est recouvert de fleurs jaunes et violettes, a été anéantie par une action inconsidérée et incompréhensible, notamment quand on sait que certains responsables de la mairie sont aussi membres dirigeants de «l'Association de sauvegarde de la Médina de Mahdia».
De nombreux citoyens luttent depuis des années pour protéger ce site d'un certain nombre de ravages provoqués, d'une part, par le trafic et le stationnement des véhicules, pourtant interdit sur tout le périmètre protégé entourant le cimetière mais sans que les autorités ne fassent respecter cette interdiction, d'autre part, par les dépôts d'ordures de toutes sortes, notamment une multitude honteuse de bouteilles et de cannettes de bière avec lesquelles des individus sans scrupules viennent, le plus souvent dans leurs voitures ou leurs camionnettes, souiller la beauté et le caractère sacré du lieu.
On aurait pu espérer que les autorités s'attaquent à ces problèmes, qui constituent une nuisance terrible aussi bien sur le plan de l'hygiène, sur le plan esthétique, que sur le plan social. On aurait pu espérer aussi que les autorités s'attaquent au problème de l'envasement du port punique se trouvant au bout du Cap d'Afrique et où les pêcheurs de Bordj Erras continuent à ancrer leurs barques, poursuivant une tradition millénaire qui pourrait bien être un jour menacée par ce grave problème d'envasement. On aurait enfin pu espérer que les autorités s'occupent de la préservation des vestiges du mur d'enceinte entourant le Cap et qui menacent de s'écrouler sous les assauts de l'érosion marine. Malheureusement, les autorités se sont lancées d'une façon incompréhensible dans un autre type d'intervention aux effets écologiques désastreux.
Il n'est plus question aujourd'hui de voir comment arrêter l'action des bulldozers. Le mal est déjà fait. La question est de savoir comment remédier à cette situation dramatique. Je lance solennellement un appel aux autorités et aux collectivités régionales et nationales pour intervenir rapidement et mettre tout en oeuvre pour corriger ce grand dégât écologique, en prenant de toute urgence des mesures appropriées.
Je vais plus loin. Je demande instamment aux autorités et collectivités régionales et nationales de s'attaquer sérieusement aux problèmes de pollution et d'hygiène de Cap d'Afrique en interdisant rigoureusement et effectivement le trafic automobile, en interdisant le dépôt d'ordures et de déchets solides dans l'ensemble de la zone, en appliquant la loi d'interdiction de la consommation d'alcool sur la voie publique, et plus particulièrement encore dans ce cimetière de Mahdia fréquenté par les femmes, les enfants, les familles, confrontées régulièrement à ces pollueurs venant se saouler à l'abri des foules et polluer le site. Je demande solennellement que les vrais problèmes soient rapidement traités et que les autorités fassent respecter, tout simplement, la loi en vigueur.
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