Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Lutte contre la pratique de l'excision - AMMIE en ordre de bataille

Chaque année, l'Association appui moral, matériel et intellectuel à l'enfance (AMMIE) organise une grande caravane de promotion de l'abandon de la pratique de l'excision. Cette caravane qui couvre la province du Yatenga donne l'occasion à AMMIE de sillonner les villages les plus reculés pour sensibiliser sur cette pratique. A l'édition 2012, c'est Séguénéga qui fut la dernière localité à recevoir l'équipe de la caravane.

Non aux Mutilations génitales féminines (MGF), oui à la tolérance zéro de l'excision. Ainsi se résume le message véhiculé par l'association AMMIE lors de sa caravane, qui a duré du 7 au 18 mai 2012 dans la province du Yatenga.

L'objectif de cette tournée de sensibilisation était de porter à la connaissance des populations un seul message : l'excision est une pratique néfaste et il faut l'abandonner.

Cette vaste campagne a donc consisté à informer l'opinion sur les conséquences de cette pratique qualifiée de rétrograde par la présidente de AMMIE, Cécile Beloum.

Pour elle, il s'est agi d'expliquer la loi qui réprime la pratique au Burkina et d'insister sur son abandon. Aussi, a-t-elle ajouté, cette caravane vise à amener les populations à comprendre réellement pourquoi on leur interdit désormais de ne pas s'adonner aux mutilations génitales féminines. « La présence des autorités à nos côtés montre que c'est une affaire qui est prise au sérieux au plus haut niveau », a-t-elle indiqué.

Au clou de la caravane à Séguénega le 18 mai dernier, les autorités régionales ont tenu à accompagner AMMIE et sa présidente à travers un engagement sans faille contre le fléau. Gouverneur de la région du Nord, Boukari Khalil Bara a rendu hommage à l'association pour ses multiples efforts en faveur de l'abandon de la pratique de l'excision. « L'excision est interdite au Burkina depuis 1990.

C'est pourquoi nous demandons à toutes celles qui persistent d'arrêter parce que vous pouvez faire la prison pour cela. » Très attendu à la tribune, Sa Majesté Naaba Kiiba, roi du Yatenga, a, à son tour, haussé le ton pour dire que l'excision n'a pas sa raison d'être.

Usant de son poids coutumier, il a laissé entendre que c'est une pratique dépassée et que continuer à la pratiquer revient à désobéir aux mânes des ancêtres.

Pour être bien compris, il a cité plusieurs pratiques anciennes abandonnées. Mais pourquoi vous refusez alors de laisser tomber l'excision ? S'est-il interrogé avant d'ajouter qu'il est temps que chacun fasse la part des choses entre les bonnes pratiques et celles qui sont mauvaises.

Les leaders religieux (musulmans, catholiques, protestants) se sont eux aussi succédé à la tribune pour appeler leurs coreligionnaires à ne plus exciser leurs enfants.

Se prononçant au nom du Cheick Aboubacar Maïga II de Ramatoulaye, Azize Maiga a soutenu qu'aucun passage du Coran ne dit que l'excision est une bonne chose pour la femme. Une prise de position qui a été fortement applaudie par l'assistance.

Il manquait alors à l'appel de deux ex-exciseuses. La première a dit avoir pratiqué l'excision pendant 40 ans, mais a décidé de l'abandonner au regard des conséquences dramatiques qu'elle engendre. « Aujourd'hui, je suis peinée d'entendre qu'une fille a été excisée.

C'est une maltraitance que subissent nos enfants. Grâce à l'association AMMIE, j'ai déposé mes lames et je me suis résolument engagée dans la lutte contre cette pratique qui est non seulement avilissante, mais aussi porteuse de séquelles parfois irréparables".

Quant à la seconde ex-exciseuse, la plus jeune, elle a tablé son témoignage sur son emprisonnement suite à un cas d'excision dont elle s'est rendue coupable.

« Si vous ne voulez pas faire la prison comme moi, il faut bannir l'excision. Il faut arrêter de faire souffrir nos filles. Je demande à mes soeurs du Yatenga et du Burkina de cesser cette pratique qui porte atteinte à la dignité de la jeune fille », a conclu l'ancienne exciseuse.

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