Afrique: Le casse-tête de l'immigration en Afrique du Sud

Des milliers de gens venant de tous les pays d'Afrique et d'ailleurs se rendent en Afrique du Sud pour voir si l'herbe y est plus verte que chez eux.

Brian Muziringa, ressortissant zimbabwéen, fait partie du million et demi de Zimbabwéens qui ont fui leur pays pour des raisons politiques et économiques. Ceci étant, sa présence et celle des autres étrangers en Afrique du Sud sont en train de créer une sorte de défi de l'immigration pour le gouvernement aussi bien que pour la population sud-africaine.

En 2001, la décision de Brian Muziringa de quitter le Zimbabwe avec toute sa famille est la plus difficile de toute sa vie. Né il y a 33 ans à Chitungwia, petite ville située au sud-ouest de la capitale Harare, Muziringa est un fervent supporteur du MDC, le Mouvement pour le changement démocratique, premier parti d'opposition qui fait une entrée fulgurante au Parlement en 2000, un an seulement après sa formation.

Membres brisés

"Nous étions en train de protester contre la brutalité policière sur les membres de mon parti. Mes jambes artificielles se sont brisées lors d'un affrontement avec la police", affirme Muziringa, qui a été blessé pendant ces événements. "J'ai dû quitter le pays en premier lieu pour ma sécurité et deuxièmement pour me procurer une paire de jambes artificielles, qui sont très chères et difficiles à trouver au Zimbabwe.

A son arrivée en Afrique du Sud, Muziringa reste chez un ami à Johannesburg, mais les hôpitaux insistent pour qu'il légalise d'abord sa situation dans le pays avant de pouvoir bénéficier d'un traitement. "J'ai fait la queue pendant des mois à la réception du bureau des demandeurs d'asile le plus proche afin d'obtenir un permis de séjour, en vain. Le nombre de demandes était supérieur à ce que les fonctionnaires peuvent gérer", explique Muziringa.

Cohue migratoire

La situation politique et économique continuant à se détériorer au Zimbabwe, des milliers de personnes vont trouver refuge en Afrique du Sud, à la recherche de nouvelles pâtures. "Les gens doivent camper pendant plusieurs semaines devant les bureaux du département de l'Intérieur avant d'obtenir des documents.

Certains viennent très loin, comme la Somalie et le Pakistan", assure-t-il. Le gouvernement reconnaît lui-même que le grand nombre de demandes qui affluent tous les jours a presque bloqué le système d'asile tant que les étrangers iront se bousculer pour légaliser leur statut.

Cohue de l'admission

En 2010, le gouvernement sud-africain a dû offrir l'amnistie à des ressortissants zimbabwéens qui étaient entrés illégalement dans le pays. Près de 300.000 Zimbabwéens étaient venus pour y trouver du travail, étudier ou obtenir des permis de séjour professionnels. Mais Muziringa affirme que le cauchemar de l'immigration en Afrique du Sud est loin d'être terminé. "Si vous ne vous fâchez pas avec les fonctionnaires responsables de l'immigration, il vous en prendra une semaine pour prolonger vos papiers régularisant votre statut de réfugié."

Sérieux arriéré

Le ministère de l'Intérieur doit d'abord s'occuper de plus de 150.000 demandes d'asile en attente de vérification, mais le nombre de nouveaux-venus a également doublé pour atteindre les 4.000 demandes par mois à traiter.

Voleurs de femmes et d'emplois

Les ressortissants sud-africains se sentent menacés par le grand nombre d'étrangers présents dans leur pays. "Je me suis presque fait battre par 15 passagers dans un taxi car je parlais en langage local avec le chauffeur", dit Muziringa. Etant donné que les offres d'emploi et les services de base continuent à se raréfier de jour en jour, nombreux sont ceux qui accusent les étrangers d'être la cause de ces problèmes. "Pendant les manifestations des services de distribution, les magasins appartenant aux étrangers sont souvent pillés et les propriétaires sont accusés de voler le travail et les femmes des autochtones", ajoute-t-il.

Retour

Maintenant qu'il a pu obtenir ses jambes artificielles, ses béquilles et un permis de séjour en Afrique du Sud, Muziringa a décidé de se battre pour les droits des autres étrangers qui sont maintenant victimes du surplus de l'immigration. "Je fais partie d'un groupe qui répertorie toutes les formes d'abus contre les étrangers et parfois nous les défendons contre des expulsions illégales et les brutalités policières.

Je me rends aussi régulièrement dans les bureaux du ministère de l'Intérieur pour faire état et exposer les cas de corruption visant les étrangers désespérément à la recherche de documents", conclut Muziringa. Muziringa fait des études de théologie à l'Eglise méthodiste et pense retourner au Zimbabwe aussitôt après les élections anticipées qui auront lieu dans le pays. Il espère se marier et devenir pasteur. Premier volet d'un diptyque sur les émigrés en Afrique du Sud.

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