Sidwaya (Ouagadougou)

Afrique de l'Ouest: 16e sommet de l'UEMOA - Les crises mettront l'intégration économique en second plan

Photo: Sidwaya
Blaise Compaoré à l'ouverture du 16e sommet de l'UEMOA

Les chefs d'Etat de la zone Franc ouest-africaine se réunissent ce matin, mercredi 6 juin 2012 à Lomé au Togo pour le 16e sommet ordinaire de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

La crise au Mali avec la partition du pays en un sud loyaliste et un nord rebelle, le coup d'Etat qui a abrégé le processus électoral en Guinée-Bissau seront bien sur la table des discussions.

La crise alimentaire qui frappe actuellement le quart de la population de l'Union sera également au centre des préoccupations de l'organisation dont le but ultime est de construire une économie mieux intégrée en Afrique de l'Ouest.

Est-ce l'économie qui dicte la politique ou la politique qui dicte l'économie ? Ce débat à la fois philosophique et académique ne sera pas mené par les huit dirigeants des pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L'actualité ne leur donne pas l'opportunité.

En effet, deux faits politiques se sont imposés à l'agenda des chefs d'Etat à ce traditionnel sommet de l'UEMOA généralement campé sur les questions économiques. D'abord, la crise au Mali.

Ce pays qui est historiquement un embryon de l'UEMOA (le Mali a formé avec le Sénégal au début des indépendances la Fédération du Soudan) a été scindé en deux par la faute d'une rébellion touarègue qui s'est emparée, en moins d'une semaine, des deux tiers du territoire.

L'affaire est d'autant plus compliquée que personne, même pas les chefs d'Etat, ne sait qui d'Ansar Dine, le mouvement islamique qui souhaite une islamisation pure et simple du Mali, du Mouvement uni pour le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) et d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et du Mouvement (laïc) national pour la libération de l'Azawad (MNLA) qui veut simplement l'indépendance de l'Azawad, bluffent dans la situation actuelle.

Ce que les dirigeants savent en revanche, c'est que la junte qui a fait irruption sur la scène politique en s'emparant du pouvoir le 22 mars, a fait un rétropédalage salutaire après les menaces de sanctions de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) puis des négociations conduites par le chef de l'Etat burkinabè, Blaise Compaoré.

Le problème malien est d'autant plus corsé que la CEDEAO ne sait visiblement pas par quel bout le prendre, l'armée malienne (s'il en existe encore une après les débandades à l'arrivée des rebelles et autres batailles rangées entre bérets verts et rouges, ) ne voulant pas voir de Casques blancs débarqués pour protéger les institutions et casser du rebelle touareg et islamiste dans le septentrion.

A côté du sablonneux imbroglio malien, les dirigeants de l'UEMOA seront ensuite préoccupés par la Guinée-Bissau. Ce pays lusophone qui a adhéré à l'organisation en 1996, est le pays membre le plus petit, mais le plus instable aussi.

Les mutineries se succèdent aux coups d'Etat dont le dernier en date est celui qui a mis fin à l'organisation du second tour de l'élection présidentielle anticipée organisée après la mort à Paris du président Malam Bacaï Sanha.

Si les choses semblent se présenter mieux, d'autant plus que les putschistes ont accepté la feuille de route de la CEDEAO ainsi que l'arrivée de Casques blancs pour remplacer les soldats angolais, l'UEMOA demeure inquiète sur la réforme de l'armée et surtout l'ampleur du narcotrafic qui semble avoir gangrené la haute sphère de la soldatesque.

Une fois de plus, l'UEMOA sera obligée de voir dans quelle mesure apporter une aide financière et économique substantielle à son seul Etat membre insulaire dont la célébrité n'est pas celle de ses plages, mais des bruits de bottes de ses soldats.

Un nouvel élu dans la classe, Macky Sall

Ce sommet sera aussi et surtout dominé par la crise alimentaire qui touche le quart des 80,34 millions de personnes qui vivent dans cette zone Franc vaste de 3 509 600 Km2.

Les mauvaises pluies enregistrées en 2011 ont eu pour conséquence une baisse de la production agricole faisant courir à ces millions de personnes le risque d'une crise alimentaire accentuée, pour être diplomatique.

Comment trouver des solutions à l'interne pour prévenir le drame annoncé par les humanitaires, telle est la cruauté de la question à laquelle doivent répondre les chefs d'Etat et de gouvernement ce mercredi au cours de leur huis clos prévu au nouveau palais présidentiel construit sous financement chinois.

On le sait déjà, les mauvaises récoltes ont poussé à des tensions inflationnistes dans l'ensemble de la zone du fait du renchérissement des produits céréaliers locaux et des denrées alimentaires importées. Le citoyen lambda parle de vie chère dans ce cas-là. Or, lorsque la campagne agricole s'enrhume, l"économie de l'Union éternue.

Cette situation a été constatée en 2011, car d'après les macroéconomistes, il y a eu une forte décélération du taux de croissance économique au sein de l'UEMOA du fait justement de cette mauvaise campagne agricole enregistrée en 2011 et la crise post-électorale en Côte d'Ivoire.

En tous les cas, dans l'ordre du jour officiel, les chefs d'Etat sont appelés à se prononcer sur les moyens d'accélérer le rythme de la mise en oeuvre des politiques agricoles en vue de garantir durablement la sécurité alimentaire. Il sera également question de faire le point des négociations sur les Accords de partenariat économique (APE) entre l'Union européenne et l'Afrique de l'Ouest.

Ainsi donc, le président en exercice de l'UEMOA, le chef de l'Etat togolais, Faure Essozimna Gnassingbé dressera l'état de l'Union à ses pairs chefs d'Etat et de gouvernement avec le maîetre d'oeuvre, le président de la Commission de l'UEMOA, Cheik Haguibou Soumaré. Le président Faure n'aura certainement pas à dépeindre uniquement un tableau sombre de l'Union au plan économique et politique.

En effet, il pourra se satisfaire du retour définitif de la Côte d'Ivoire avec la stabilité politique retrouvée et une croissance de 8% annoncée en 2012.

Au plan politique, M. Gnassingbé sera surtout content que le Sénégal, deuxième poids lourd de l'organisation, ait réussi une élection présidentielle implacable après les craintes suscitées avant le premier tour du scrutin.

Le nouvel élu, le président Macky Sall, sera certainement la guest-star et l'applaudimètre devrait exploser dans la grande salle des Banquets de Lomé lorsque le nom de Macky sera prononcé.

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