Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Le MNLA à la table des négociations

Photo: Sidwaya
Le MNLA en discussion avec le Pt Compaoré du Burkina Faso

Le président du Faso, Blaise Compaoré, a reçu le samedi 9 juin 2012 à Ouagadougou, une délégation du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA). Elle est venue assurer au médiateur de la CEDEAO, la disponibilité de la rébellion du Nord à ouvrir les discussions pour une sortie de crise au Mali.

Constituée en conseil transitoire de l'Etat de l'Azawad, le 7 juin 2012, la rébellion touaregue malienne du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) prend langue pour la première fois avec le médiateur de la CEDEAO sur la crise malienne.

Une délégation de trois membres a, en effet, été reçue pendant environ deux heures, ce samedi 9 juin 2012 à Ouagadougou, par le président du Faso, Blaise Compaoré. « C'est la première fois que nous venons remettre officiellement une lettre du secrétaire général du MNLA au médiateur de la CEDEAO.

Dans la lettre, il est bel et bien signifié que nous sommes disponibles, disposés et nous acceptons la médiation de la CEDEAO, ainsi que de la communauté internationale pour une sortie de crise », a révélé, à sa sortie d'audience, le porte-parole de la délégation, Ibrahim Ag Mohamed Assaley.

Le MNLA se met ainsi, selon lui, à la disposition de la CEDEAO et de la communauté internationale pour une sortie honorable de la crise au pays de Modibo Keita. Il a, en outre, souligné que le souhait du mouvement d'aller à la table des négociations ne signifie aucunement un abandon de leur envie d'indépendance.

« L'indépendance ne veut pas dire forcément couper un territoire en deux. Il y a l'indépendance sociale, économique, culturelle, administrative, sécuritaire, etc.

Quand nous serons sur la table de négociation avec le médiateur de la CEDEAO et la communauté internationale, nous définirons le type d'indépendance que nous voulons », a précisé Ibrahim Ag Mohamed Assaley.

Un projet de fusion entre le MNLA et Ansar Dine (groupe islamiste sévissant aussi au Nord) a récemment échoué en raison de forte divergeances entre les deux groupes sur la question de l'application de la charia (loi islamique).

« La charia, ce n'est pas notre vision... »

Quel lien existe -t-il aujourd'hui entre ces éphémères alliés ? « Nous avons trouvé que Ansar Dine a placé la barre très haut dans le cadre de l'application de la charia sur l'ensemble du territoire de l'Azawad à laquelle nous ne sommes pas préparés.

Ce n'est pas de notre vision politique, de nos cultures, de nos mœurs, ni de nos traditions de prôner une charia, surtout avec des armes », a expliqué Ibrahim Ag Mohamed Assaley, tout en précisant que le MNLA, « mouvement autonome », se démarque « carrément de tout autre groupe armé à velléité islamique ou quoi que ce soit, dans la zone ».

Que pense le MNLA de l'option militaire prônée par certains lors du sommet d'Abidjan ? A ce sujet, le porte-parole des sécessionnistes est plus clair. « Nous sommes un peuple en guerre, en révolte.

Nous avons préféré mourir pour avoir un minimum pour notre survie dans ce monde. Nous nous attendons à tout, puisque nous n'avons pas le choix.

Si la CEDEAO et/ou la communauté internationale choisissent de nous faire la guerre, nous n'aurons pas le choix. Nous allons nous défendre comme nous l'avons fait avec l'Armée malienne », a-t-il déclaré.

Avant de tempérer : « Nous avons toujours privilégié le dialogue, avant même le 17 janvier. La guerre ne résout pas les problèmes. Les exemples sont là avec l'Afghanistan, le Pakistan, l'Irak. Avec la guerre, quelle que soit l'issue, l'on finit toujours par revenir au dialogue ».

Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération régionale, Djibrill Bassolé, qui a assisté aux échanges entre le président du Faso et les envoyés du MNLA, s'est réjoui de la disponibilité du mouvement à trouver une solution négociée à la crise malienne avec la CEDEAO et la communauté internationale.

Pour le chef de la diplomatie burkinabè, les négociations n'ont pas encore débuté, mais l'heure est plutôt à la préparation des conditions et des modalités du dialogue.

« Le MNLA nous a fait part aussi de son intention d'aller vers une plus grande cohésion interne. De ce point de vue, que ce soit à Gao ou à d'autres lieux, il procédera à des concertations plus élargies avec les autres mouvements, ainsi que certaines communautés vivant au Nord-Mali pour dégager une plateforme qui sera soutenue par tous », a ajouté Djibrill Bassolé.

La stratégie consistera par la suite, selon lui, à organiser le dialogue nécessaire avec les autorités de la transition du Mali, afin de rapprocher les points de vue.

« Au niveau de la CEDEAO, nous associerons les acteurs régionaux importants que sont l'Algérie et la Mauritanie à la recherche d'une solution durable », a-t-il affirmé.

La délégation du MNLA devrait être aussi reçue par le président nigérian, Goodluck Jonathan, désigné pour appuyer les efforts de la CEDEAO dans la médiation du président Blaise Compaoré, de même que par le chef de l'Etat nigérien, Mahamadou Issoufou, géographiquement proche du Mali.

En attendant d'aller faire le briefing au Conseil de sécurité (la semaine prochaine) sur l'évolution du processus, Djibrill Bassolé reste positif après l'initiative du MNLA : « Les choses s'organisent et se mettent en place pour la médiation ».

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