Les autorités locales de la ville de Gulu, dans le nord de l'Ouganda, qui vient d'en terminer avec l'insurrection dirigée pendant 21 ans par Joseph Kony, font face à un nouveau défi : elles doivent trouver un hébergement pour les enfants qui sont sans abri depuis la fermeture des camps de déplacés.
"Je vivais avec ma mère, Rose Ayulu, mais quand les gens ont quitté le camp de Koch Goma (dans les environs de la ville de Gulu - ndlr) en 2009, elle m'a abandonné pour aller vivre à Kampala (la capitale - ndlr). Je n'avais pas d'autre choix que de travailler et de dormir dans la rue", dit Charles Opio, 14 ans, versant des larmes.
Charles est l'un des plus de 500 enfants à Gulu qui se sont retrouvés dans la rue après la fermeture de plusieurs camps de déplacés internes dans la région. "Ces cinq dernières années, j'ai survécu en vendant des bouteilles d'eau utilisées que je ramasse dans les rues", poursuit Charles. Une bonne journée lui rapporte 1.200 shillings, soit 40 eurocentimes.
"J'aimerais retourner chez ma mère, parce que la vie ici est parfois très dure, dit-il. Ce n'est pas rare d'aller dormir sans avoir mangé pendant deux jours de suite. En plus, nos collègues plus âgés nous battent et nous volent notre argent." Charles indique du doigt l'un de ses amis, dont la main, dit-il, a été brûlée par des enfants plus âgés parce qu'il refusait de leur remettre l'argent qu'il avait gagné.
Orphelin de guerre
Emmanuel Owach, 11 ans, a une histoire similaire à celle de Charles : "Mes parents ont été tués par les rebelles (de l'Armée de résistance du Seigneur, de Joseph Kony - ndlr). J'ai grandi dans le camp de Koch Goma jusqu'en 2009, quand il a fermé. Comme je n'avais nulle part où aller, je me suis retrouvé ici, comme mes amis", dit-il.
Tout comme Charles, Emmanuel survit en vendant des bouteilles. Il dort, dit-il, dans un caniveau. "Parfois je lève les bras au ciel et demande à Dieu de m'envoyer quelqu'un qui puisse m'aider à quitter la rue, parce que les gens dans cette ville nous détestent tellement." Selon Emmanuel, les habitants n'aiment pas les voir près de chez eux ou près des locaux commerciaux.
Aucun plan d'urgence
"La police devrait faire quelque chose pour nous aider, parce que ces enfants des rues constituent une menace", dit Joyce Oyema, une commerçante. "Ils volent tout ce qu'ils peuvent prendre. J'ai été obligée d'engager un gardien qui surveille les marchandises qui sont étalées en dehors de mon magasin."
"Nous avons lancé une opération pour arrêter tous les enfants des rues, à la suite des plaintes des habitants", dit Johnson Kilama, un porte-parole de la police dans le nord de l'Ouganda. "Le résultat, c'est qu'il y en a déjà moins qui traîenent", poursuit-il. Ceci étant, les autorités locales déclarent qu'elles n'ont pas de plan d'urgence pour héberger les plus de 500 enfants des rues de Gulu.
Comments Post a comment