La Presse (Tunis)

Afrique: Sami Trabelsi fait le point - «Une bouffée d'air frais, sans plus !»

interview

• «Nous sommes encore loin du niveau international» • «Un match amical le 15 août pour les joueurs locaux»

Le coach national prend du recul pour analyser sereinement le début du parcours mondialiste de la Tunisie.

Quel est le grand enseignement que vous retenez de votre semaine mondialiste sanctionnée par deux victoires, devant la Guinée équatoriale (3-1) et face au Cap-Vert (2-1) ?

Je parlerais plutôt de vérité, celle des résultats tout crus qui comptent le plus, au-delà de toute considération. Les deux victoires assurées ont le don de nous mettre à l'aise dans notre travail.

De plus, nous avons su éviter toute mauvaise surprise, ce qui n'est plus tellement évident dans la nouvelle configuration du foot africain. La carte de celui-ci a beaucoup changé : on ne peut plus considérer le Nigeria, le Cameroun et le Ghana favoris d'avance à tous les coups. J'en retiendrai deux raisons d'abord : les petites nations progressent parce qu'elles continuent de travailler sérieusement.

Ensuite, les grands pays du foot continental continuent de dormir sur leurs lauriers. Tant qu'il y a des vedettes dans une équipe, il y a moins de résultats. En revanche, les sélections qui comptent sur le collectif s'en tirent beaucoup mieux. L'apport d'une vedette exerçant dans un grand club d'Europe n'est jamais évident lorsqu'il s'agit de sélection.

Vous avez montré à chaque fois deux visages différents dans un même match, durant ce début d'été ?

C'est simple, chaque fois que l'on s'appuie sur le bloc, un jeu collectif et l'esprit de groupe, on est performant. A contrario,en cherchant à pratiquer un jeu individuel, on tombe dans de graves situations et on se complique l'existence. Par ailleurs, on peut compenser le manque de jus et de fraîecheur physique par la faculté de surpassement. Cela a été d'ailleurs notre cas. Mes joueurs n'étaient pas au top physiquement et pas à un même niveau de fraîecheur : pour certains, le championnat était terminé depuis assez longtemps, pour d'autres toujours en Europe, il vient d'être conclu. Pour les joueurs de notre championnat, les trois derniers mois ont été surchargés. On a su surmonter ces difficultés grâce à notre volonté d'abord, et à notre expérience ensuite. Les joueurs ont montré un professionnalisme irréprochable.

«ll ne faut pas condamner Mathlouthi»

Où se situent les carences de la sélection actuellement?

Surtout au niveau de l'entrejeu défensif. Une certaine déconcentration nous a fait prendre des buts naïfs. Nous avons montré certaines défaillances au niveau défensif. Pourtant, l'équipe fait preuve de combativité, d'envie, d'abattage.

Cela a été le cas de Khelifa, Traoui, Harbaoui... Samedi dernier, Mathlouthi a mal calculé la trajectoire du ballon sur le tartan sur le but cap-verdien.

Mathlouthi a un peu tendance à multiplier les petites bourdes depuis le quart de finale de la CAN, et le but-gag face au Ghana, celui qui a scellé l'élimination de la Tunisie. Or, avec la réintégration de Hamdi Kasraoui, il doit sentir réellement cette fois le vent de la concurrence dans son dos...

La concurrence entraîene automatiquement la progression. Néanmoins, on ne doit pas pour autant condamner Mathlouthi qui traverse une mauvaise période à l'Etoile du Sahel, un club qui connaîet certaines difficultés.

L'absence du pilier de la défense, Aymen Abdennour, et du demi défensif (ou relayeur) Jamel Saïhi à Praia peut-elle expliquer les carences de la ligne arrière que vous venez d'évoquer?

Je ne me plains jamais des absences. Il n'est pas dans mes habitudes de dire qu'un tel ou un tel nous manquaient pour justifier quoi que ce soit. Tout juste faut-il trouver des solutions. Et c'est dans cette option-là que nous cherchons à élargir le groupe en convoquant les Ben Hatira, Bouazzi, Hadhria, Baratli...

Beaucoup n'ont pas compris votre décision d'aligner Hicheri en lieu et place d'El Ifa que l'on croyait pourtant désormais passé pour un titulaire inamovible de l'axe défensif...

Contrairement à ce qu'on a rapporté, ce n'était pas par souci de bonifier notre jeu aérien derrière. Tout simplement, j'ai trouvé El Ifa moins tonique et moins bon ces derniers temps. Peut-être à cause de la mauvaise passe que traverse son club.

«Un Jemaâ libéré»

Vous déplorez également les nombreuses occasions de but ratées un peu bêtement...

Le tartan y a été pour quelque chose samedi au Cap-Vert. Plus généralement, il faut admettre que si nous ratons autant d'occasion, c'est que, au préalable, nous en créons beaucoup. Jemaâ traduit parfaitement cette vérité. Dans une nouvelle configuration, un nouveau registre, je l'ai trouvé libéré, généreux, déterminé. Les deux couloirs ont également bien travaillé. Tout le monde s'implique au vrai dans les deux phases, défensive et offensive. Seulement, il nous manque parfois la rapidité. Sur les deux buts, il a fallu que nous accélérions le jeu pour trouver l'ouverture. De plus, notre atout aujourd'hui est de pouvoir passer par les couloirs quand ça ne marche pas par l'axe. D'ailleurs, Anis Ben Hatira prend de plus en plus une nouvelle dimension, celle d'un bon régisseur classique que n'avaient pas été ni Msakni, plutôt un milieu offensif côté gauche, ni Darragi, une sorte de régisseur-avant. Harbaoui, lui aussi, nous a apporté davantage de solutions dans l'axe, dos au but. Son sang-froid et son sens du but lui confèrent une autre dimension. Tous deux vont beaucoup progresser, je l'espère.

«Je n'ai rien contre Bouazzi»

Pensez-vous avoir fait la décision en remportant vos deux premières sorties des qualifications pour le Mondial?

Non, le chemin est encore bien long. Car il faut avouer que l'équipe est encore bien loin du niveau international. Ces deux victoires constituent une bouffée d'oxygène, sans plus. N'oublions pas en même temps qu'après la Sierre Leone, le 22 mars 2013 à Tunis, nous allons devoir enchaîener par deux déplacements. Nous aurons besoin de beaucoup de travail dans des stages. Or le calendrier ne nous en donne pas beaucoup la possibilité. Le 15 août prochain, nous allons programmer un match amical pour les joueurs locaux : ce sera soit contre l'Irak ou la Jordanie au Qatar, soit devant l'Uruguay qui a sollicité la FTF à cet effet.

Enfin, vous semblez avoir passé l'éponge sur l'épisode Wajdi Bouazzi?

Le dialogue est seul capable de rétablir la confiance et de chasser les préjugés. Un joueur peut se tromper, à condition d'être foncièrement bon. Je n'ai de problème avec aucun de mes joueurs. Ce sont tous mes enfants, ou mes petits frères. Le seul facteur déterminant doit rester l'intérêt de l'équipe de Tunisie et le plus que peut apporter tout un chacun à ses performances.

  • Comment

Copyright © 2012 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment