Le Pays (Ouagadougou)

Soudan: L'UA et le mandat d'arret contre El Bechir - Le travail de sape de la CPI

L'appel lancé par le procureur sortant de la Cour pénale internationale (CPI), Louis Moreno Ocampo, en faveur d'un isolement du président soudanais, Omar El Béchir, aurait-il commencé à produire ses premiers effets ?

Le juge de la CPI a en effet demandé la suspension de l'aide des pays qui acceptent d'accueillir le chef de l'Etat soudanais qui est sous mandat d'arrêt international. Face à la solidarité des têtes couronnées du continent, qui refusent de livrer leur homologue, Ocampo a voulu jouer sur la note très sensible du nerf de la guerre.

L'idée étant de décourager certains dirigeants africains qui continuent d'aider El Béchir à narguer impunément la justice internationale en lui permettant de venir esquisser des pas de danse chez eux.

Ces mêmes chefs d'Etat qui offrent ainsi l'occasion à El Béchir de faire un pied-de-nez à ceux qui souhaitent le voir finir à la CPI, n'hésitent cependant pas, sous prétexte de vouloir nourrir convenablement leur peuple, à tendre la sébile pour espérer obtenir des Occidentaux les moyens nécessaires à la consolidation de leur règne.

Si la nature de la sanction telle que conçue par le magistrat argentin est discutable au regard de sa répercussion sur les pauvres populations africaines, premières destinataires de l'aide, son principe est tout de même acceptable.

Car, les crimes reprochés au président soudanais sont réels, et ce serait infliger une seconde souffrance aux victimes et à leurs ayants droit que d'empêcher la procédure judiciaire de poursuivre son cours.

A défaut de livrer donc leur protégé, les chefs d'Etat africains auraient été mieux inspirés de l'amener à observer un minimum de bonne tenue en étant le moins arrogant et en se rendant le moins visible possible.

En tant que procureur, Ocampo est dans son droit de se donner tous les moyens légaux possibles à même de lui permettre de lever cet obstacle que constitue le bouclier protecteur de l'Union africaine (UA) dressé autour de Omar El Béchir.

Le travail de sape qu'il a entrepris dans ce sens semble en tout cas recevoir déjà des échos favorables pour un début. Et comme il fallait s'y attendre, le bel exemple vient une fois de plus d'un pays anglophone, à savoir le Malawi, dont la présidente, Joyce Banda, a refusé d'accueillir dans son pays le président wanted par la CPI.

Le prix à payer pour avoir pris une décision aussi audacieuse que responsable n'est cependant pas négligeable. Le Malawi qui n'est ni grand ni riche accepte ainsi de renoncer à abriter le prochain sommet de l'UA qui doit se tenir du 9 au 16 juillet prochain et au cours duquel les dirigeants africains doivent en principe élire le président de la Commission de l'Union.

Quand on imagine les retombées que procurent généralement l'organisation d'une rencontre d'une telle envergure pour le pays hôte, en termes de contribution de l'Union à la réalisation de certaines infrastructures et de marketing politico-diplomatique, on devine aisément l'ampleur du sacrifice consenti par le Malawi.

Tout ceci dans le but principal de respecter son engagement vis-à-vis de la CPI dont il est signataire du traité fondateur. Certes, le retard dans la réalisation de certaines infrastructures a été présenté comme l'une des raisons qui militent en faveur d'un déplacement du lieu du sommet au siège de l'Union africaine à Addis-Abeba en Ethiopie.

Il faut cependant être intellectuellement borgne pour ne pas soupçonner que l'épouvantail de l'appel à sanction de la CPI y est pour beaucoup.

L'actuel chef d'Etat malawite, en plus d'appartenir à un espace anglophone dont on sait que l'une des particularités est l'intransigeance, est sans doute aussi l'une de ces patriotes qui prennent de la graine de situations précédentes en vue de faire passer en premier lieu l'intérêt de leur peuple.

Son défunt prédécesseur Bingu Wa Mutharika avait en effet fait perdre à son pays, l'important financement américain d'un programme d'électrification d'un montant de 350 millions de dollars.

Une opportunité qui aurait pu profiter aux millions de Malawites vivant dans la misère, mais qu'il a préféré sacrifier sur l'autel de ses intérêts personnels en accueillant son ami et frère soudanais à Lilongwe avec tous les honneurs habituels.

Entre deux maux, Joyce Banda a choisi le moindre en évitant le calvaire à ses compatriotes déjà éprouvés par des conditions de vie très sévères, plutôt que de rechercher la sympathie d'un individu déclaré peu fréquentable et sur qui pèse une présomption de culpabilité dans un génocide commis sous son règne.

Après seulement deux mois d'exercice du pouvoir, la présidente malawite a réussi à impulser un changement de vision politique à la tête du Malawi.

C'est de bonne guerre si cette dynamique administre par la même occasion un coup au front pro-Béchir qui commence ainsi à se fissurer. Bien que la mesure de sanction suggérée par Ocampo n'ait pas encore été adoptée, elle induit déjà des effets qui pourront saper le moral et partant la solidarité des membres du club des chefs d'Etat africains. Ceux-ci ne se laisseront sans doute pas faire sans réagir.

Mais si les bailleurs de fonds restent logiques, cohérents et rigoureux en adoptant des sanctions plus ciblées, ils parviendront certainement à faire céder la digue de soutien mutuel dressée pour protéger les criminels.

Les partenaires techniques et financiers ont déjà prouvé leur capacité de coercition en faisant passer des mesures impopulaires comme les programmes d'ajustement structurel.

Ils n'hésiteront sans doute pas à nouveau à brandir d'autres moyens de pression, pour faire appliquer les décisions de la CPI. Encore qu'on peut reprocher aux Occidentaux, en particulier aux Américains, de croire que la CPI, c'est pour les autres.

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