Le gouvernement met la pression sur les ministres pro-Ravalomanana, absents des institutions. L'initiative pourrait davantage pimenter la rencontre Rajoelina-Ravalomanana.
La tension monte à nouveau d'un cran. Le gouvernement entend faire part de sa désapprobation concernant le boycott des ministres issus de la mouvance Ravalomanana.
« Le Premier ministre Omer Beriziky enverra une lettre de rappel aux membres du gouvernement issus de la mouvance Ravalomanana. Il saisira également les instances internationales, dont la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), sur le dossier », a indiqué un ministre, rapportant le conseil du gouvernement, hier à Mahazoarivo.
Selon certaines indiscrétions, les autres membres du gouvernement ont mené une levée de boucliers face à l'absence prolongée de leurs collègues, depuis neuf semaines, des conseils du gouvernement et des ministres. « Des dossiers sont bloqués à cause de cette position, détériorant la conduite des affaires nationales, y compris la sécurité », a soutenu un ministre. « Le cas des indemnités des maires ou la lutte antiacridienne ont été, entre autres, évoqués hier », a-t-il poursuivi.
Ce n'est pas la première fois que le comportement des ministres pro-Ravalomanana est soulevé en conseil du gouvernement. Le Premier ministre leur avait déjà adressé une lettre de rappel, mais la situation est restée inchangée.
Pression
Cette fois-ci, le geste de l'Exécutif prend une autre dimension. Outre le fait de saisir la communauté internationale, l'opportunité de la réaction risque de faire monter la tension politique. L'initiative est prise la veille d'une rencontre annoncée entre Andry Rajoelina, président de la Transition, et l'ancien président Marc Ravalomanana en exil en Afrique du Sud.
Jusqu'ici, les principaux protagonistes de la crise se rejettent la responsabilité du blocage du processus de transition déploré par la Troïka, organe de coopération de la SADC. Interrogé sur une éventuelle pression exercée sur le camp Ravalomanana avant le face-à-face entre les deux personnalités, un ministre présent à Mahazoarivo a préféré mettre l'opinion publique dans la balance. « Laissons la population juger », a-t-il affirmé, réfutant une telle hypothèse.
Le camp de l'ancien chef de l'État se veut serein face à l'initiative gouvernementale et n'entend pas céder à la pression. « C'est une bonne chose », a rétorqué Pierrot Botozaza, vice-Premier ministre chargé de l'économie et de l'industrie. « C'est le signe d'un début de prise de responsabilité », a-t-il ajouté, égratignant au passage l'Exécutif dans la gestion du dossier.
La mouvance Ravalomanana compte « exploiter » l'initiative de l'Exécutif. « En agissant ainsi, nous voulons provoquer une réaction des uns et des autres sur la mise en oeuvre de la Feuille de route », a expliqué Pierrot Botozaza.
« Nous sommes prêts à reprendre d'une manière intégrale notre participation au sein du gouvernement du moment que la Feuille de route soit appliquée dans sa totalité et ce, avec un chronogramme précis », a-t-il poursuivi. Il s'est référé aux pierres d'achoppement de la mise en route du document censé gérer la Transition à savoir l'amnistie, l'arrêt des poursuites judiciaires à connotation politique ou encore le retour des exilés politiques.
Botozaza torpille Rajaonarivelo
La situation se complique au sein du gouvernement. La déclaration de Pierrot Rajaonarivelo, ministre des Affaires étrangères, sur la rencontre entre Andry Rajoelina, président de la Transition et l'ancien président Marc Ravalomanana, crée la confusion.
« Ce n'est pas la position du gouvernement. Il s'agit d'une prise de position personnelle de Pierrot Rajaonarivelo », a indiqué Pierrot Botozaza, vice-Premier ministre chargé de l'économie et de l'industrie hier à Anosy.
Le vice-Premier ministre a égratigné le chef de la diplomatie. Ce dernier avait déclaré mardi que « le gouvernement d'union nationale n'a pas d'objection à émettre sur l'organisation d'une telle rencontre dans un pays tiers, après le 26 juin ».
Pierrot Botozaza a indiqué qu'il n'y a pas eu de conseil du gouvernement pour arrêter une telle position. « C'est une illustration de l'unilatéralisme poursuivi par le régime », a-t-il asséné. « De notre côté, nous souhaitons la tenue de la rencontre entre les deux hautes personnalités [Rajoelina et Ravalomanana] le plus tôt possible », a-t-il avancé, s'interrogeant sur l'éventuel déplacement présidentiel à Rio de Janeiro. « Nous nous posons la question s'il s'agit de la priorité du moment. »
Un autre membre du gouvernement a désavoué le ministre des Affaires étrangères. « Le gouvernement n'a jamais discuté d'une telle question. Il s'agit peut-être d'une déclaration du Mouvement pour la démocratie à Madagascar [fondé par Pierrot Rajaonarivelo] à moins qu'il ne s'agisse de celle de la Présidence », a-t-il ironisé.
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