L'Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPC-B) est l'une des premières organisations paysannes à doter ses membres d'une flotte téléphonique en 2000. A l'occasion de la Semaine nationale de l'internet (SNI) 2012, son deuxième vice-président Tahirou Fofana livre, dans cette interview, l'expérience de l'Union en matière d'utilisation des TIC en milieu paysan.
Comment appréciez-vous le thème de la Semaine nationale de l'internet (SNI) 2012 qui est « TIC et monde rural » ?
En tant que producteurs, nous apprécions ce thème car il pose un problème dont la résolution pourrait faciliter la communication entre les paysans en milieu rural.
Le thème des TIC et le monde rural est très à propos, car ce monde compte 90% de la population et pour mieux utiliser ces technologies, on ne pouvait pas se cantonner à 10% des Burkinabés. Les citadins utiliseraient mieux leurs téléphones portables s'ils ont la possibilité de communiquer plus largement avec leurs parents dans tous les villages.
Quel peut-être l'impact des TIC sur la population rurale, principalement les producteurs membres de l'UNPC-B ?
L'impact est certain et même incommensurable pour l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPC-B). Je suis producteur dans la province des Balé.
Je me trouve actuellement à Bobo. Et c'est par le téléphone que je communique avec mes enfants qui sont au champ. Sans les TIC, je n'aurais d'autres choix que de me déplacer.
C'est vraiment pour nous paysans que les technologies de l'information et de la communication ont été faites. L'impact des TIC est déjà très grand sur les 10 % de citadins, il l'est encore plus pour les 90% de ruraux.
Aujourd'hui, l'UNPC-B est une structure faitière qui a ses membres éparpillés un peu partout à travers tout le pays, et qui sont en contact permanent.
L'UNPC-B fait partie des premières organisations paysannes à se doter d'une flotte téléphonique, il y a plus de 10 ans. Donc elle a compris très tôt l'importance de l'utilisation des TIC avec lesquelles ses membres sont en contact entre eux et avec le président, pour échanger sur la vie de la structure.
Est-ce qu'il ne se pose pas un problème de maîtrise des TIC par les paysans ?
Cela ne constitue pas véritablement un problème. Actuellement, plus de 80% de paysans sont alphabétisés. Si la frange alphabétisée de la population arrive à utiliser les TIC, nous croyons que les paysans peuvent aussi le faire.
Tout s'apprend. Tout se développe. Il y a des producteurs qui entrent dans certains paramètres des téléphones, si bien qu'on ne peut même pas soupçonner qu'ils sont illettrés.
Dans ce cas, a-t-on encore besoin de vulgariser TIC auprès des producteurs ?
Evidemment, il faut toujours poursuivre la vulgarisation car nous n'avons pas atteint un taux de 100%. Cela vaut la peine car le fait que le paysan soit né de père et de mère agriculteurs ou éleveurs n'a pas empêché l'Etat de leur affecter des techniciens de vulgarisation. Cela est valable pour les TIC qui évoluent tous les jours.
Lesquelles des technologies de l'information et de la communication semblent les plus adaptées au monde rural ?
Nous pouvons citer la radiodiffusion et la télévision. Malheureusement, il y a des zones qui ne sont pas encore couvertes par ces deux moyens de communication qui contribuent pourtant à propager beaucoup plus vite certaines informations. Mais de nos jours, des applications du téléphone nous permettent de mieux utiliser la radio et nous sommes convaincus que si les paysans venaient à maîtriser l'internet, c'est cette technologie qu'ils utiliseront le plus.
Quelles sont les contraintes de l'utilisation des TIC par le plus grand nombre de producteurs ?
La contrainte majeure est le défaut d'électricité dans les zones rurales. Des zones dont certaines ne sont pas couvertes par le réseau téléphonique.
Il est vrai que les gens se démènent avec des batteries et des plaques photovoltaïques, mais s'il faut passer à l'ordinateur, il ne sera pas facile d'utiliser des plaques et des accumulateurs. Ce sont autant de contraintes que nous rencontrons dans l'utilisation des TIC en milieu rural.
En quoi est-ce que les TIC peuvent-elles offrir de meilleures perspectives aux populations rurales en luttant contre l'analphabétisme, la pauvreté, la faim et la maladie ?
Les TICs permettent de résoudre des problèmes à distance. Ce qui constitue une avancée pour les ruraux, les plus éloignés des centres de décisions et des centres urbains.
Aujourd'hui, le paysan qui doit voir son médecin n'a plus besoin de se déplacer pour prendre un rendez-vous. Il lui suffit de passer un coup de fil. Récemment, mon fils m'a appelé du champ pour m'annoncer que le tracteur est en panne.
J'ai trouvé la pièce qui fait défaut que j'ai immédiatement envoyée. La pièce a été montée le même jour et le travail a repris dans l'après-midi.
Auparavant, cette journée était perdue, et il faut 72 heures pour réparer la panne. Mieux encore, les TIC permettent aux mécaniciens de réparer les tracteurs à distance par téléphone.
Le boycott observé par certains cotonculteurs réclamant de meilleurs prix d'achat est-il une des conséquences de l'utilisation des TIC en milieu rural ?
Avec les TIC, les producteurs ont directement accès à certaines informations qui ont motivé, aux yeux de certains, les revendications des cotonculteurs. C'est peut-être vrai.
Ces conséquences ne sont pas heureuses. Si une technologie est mal utilisée, elle est controversée. Je pense plutôt que les TIC ont contribué à apaiser la crise née des manifestations, que ce soit la radio ou la télévision.
Avec le téléphone, les autorités ont pu résoudre plus facilement la crise. Les producteurs ont effectivement appris que le prix du coton est à la hausse sur le marché mondial.
Automatiquement, ils se sont dits que le quart de ce prix leur revient et qu'ils peuvent avoir 500 F CFA au kilogramme. C'était sans tenir compte du fait que le coton se vend avant même d'être semé au Burkina.
Il aurait fallu chercher à savoir quand est-ce que le Burkina Faso a vendu son coton ? Notre pays et d'autres n'ont pas pu vendre pendant l'embellie des coûts pour bénéficier de prix intéressants.
En somme, la crise est le fait d'une information incomplète donnée aux producteurs sur les cours du coton sur le marché mondial sans précision des pratiques en vigueur dans les pays producteurs de coton en matière de fixation des prix. Par conséquent, on ne peut pas remettre les TIC en cause. Il faut cependant accorder la plus grande importance à leurs contenus.
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