L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Boskalis également accusée d'avoir voulu corrompre des officiels en Amérique du Sud

Outre Maurice, l"Uruguay et l'Argentine ont diligenté des enquêtes sur une filiale de la firme néerlandaise, RioVita. Un million de dollars aurait été proposée au président d'un organisme gouvernemental pour qu'il facilite l'extension du contrat accordé à cette firme.

Des responsables de la Mauritius Ports Authority (MPA) ont-ils obtenu des dessous-de-table de la part de la firme néerlandaise pour la favoriser l'octroi de contrats pour des travaux dans la rade de Port-Louis ? En tout cas, le Central CID estime que tel est le cas après l'obtention, d'Amsterdam, de documents relatifs aux transferts d'argent de cette société à Prakash Maunthrooa, Siddick Chady et Gilbert Philippe.

Le premier est un ancien directeur de la MPA. Il a ensuite agi comme consultant pour Boskalis alors que les deux autres sont des anciens présidents du conseil d'administration de cet organisme. Les trois sont accusés d'avoir bénéficié de grosses sommes d'argent de la part de la société néerlandaise pour la favoriser dans de futurs contrats. Elle venait alors, en 2006, de décrocher un contrat de Rs 537 millions de la MPA pour des travaux de dragage de l'English Channel, la rade de Port-Louis, afin de faciliter la venue de plus gros navires.

Alors que les trois Mauriciens nient les faits et que le Central CID s'attend à entendre un des dirigeants de la société néerlandaise, Pieter Boer, il semblerait que la compagnie est mouillée dans d'autres transactions pas très catholiques en Amérique du Sud. Une filiale de Boskalis en Uruguay, RioVia, est soupçonnée d'avoir tenter de graisser la patte à des officiels de ce pays pour favoriser l'extension d'un contrat de dragage du Canal Martin Garcia dans la Rivière de la Plata.

Dans son édition du 15 mai 2012, le MercoPress, publication en ligne de la South Atlantic News Agency, révèle que l'Argentine a demandé à l'Uruguay d'enquêter sur la River Plate Administrative Commission (CARP) suite aux allégations de corruption éventées par la presse uruguayenne. Une lettre formelle a été transmise par le ministre argentin des Affaires étrangères, Hector Timmerman, à son homologue uruguayen, Luis Almagro.

Cette affaire est d'autant plus cruciale pour l'Argentine car elle estime que le canal Martin Garcia, stratégique pour l'Uruguay, fait de l'ombre au port de Buenos-Aires. Cette installation est desservie par le canal Mitre sur cette même rivière quelques dizaines de kilomètres plus loin.

Finalement, la rivière étant gérée conjointement par les deux pays à travers la CARP, l'Argentine a mis sur pied une enquête sur les agissements présumés de Boskalis et a réclamé le même exercice de la part de l'Uruguay. D'autant que la presse de Montevideo allègue que la firme néerlandaise aurait proposé un million de dollars au responsable de la CARP, coté uruguayen, pour annuler un nouvel appel d'offres pour l'entretien des canaux Mitre et Martin Garcia. Et d'étendre le contrat que lui avait été accordé.

Différents journaux uruguayens ont fait état d'un diner au Buenos-Aires Jockey Club où l'offre d'un million de dollars a été faite au président uruguayen de la CARP. Celui-ci a cependant alerté Luis Almagro, le ministre uruguayen des Affaires étrangères de cette proposition après avoir quitté la soirée. Ce dossier est devenu une affaire d'Etat pour Montevideo car RioVita, la filiale de Boskalis est accusée d'être pro-argentine et que son offre pour les travaux de dragage avoisine les 19 millions de dollars. Alors qu'en face, une autre firme néerlandaise, Van Oord, ne réclame que 9 millions de dollars pour le même travail.

Finalement avec le tohu-bohu autour de l'affaire de corruption alléguée, aucun appel d'offres n'a été lancé et c'est RioVita qui voit son contrat étendu en attendant la fin des deux enquêtes diligentées par les deux pays. Pour MercoPress, RioVita demeure le grand gagnant dans cette affaire et elle révèle que le présent président argentin de la CARP se trouve être un ancien diplomate proche du pouvoir déjà éclaboussé dans une affaire de corruption autour de la préparation d'un sommet ibéro-américain en 2010.

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