Afrique: Les zimbabwéens friands de médias étrangers

Le Zimbabwe a beau avoir, avec 98%, le deuxième taux d'alphabétisation d'Afrique et 6 millions d'utilisateurs de téléphones portables pour une population de 14 millions d'habitants, la mainmise du gouvernement de Harare sur les médias, depuis l'indépendance en 1980, est toujours omniprésente. L'unique chaîene de télévision et les 4 stations de radio ne diffusent que de la propagande gouvernementale.

Avec leur esprit dynamique, les Zimbabwéens qui ont soif d'information doivent se tourner vers les médias diffusant depuis l'autre côté de la frontière, afin de compléter le vide d'informations prodigué par la chaîene publique, Zimbabwe Broadcasting Cooperation (ZBC).

Les Zimbabwéens sont devenus des fervents adeptes de ces stations de radio extraterritoriales, et nombreux sont ceux qui utilisent les nouvelles technologies des médias, comme les décodeurs gratuits, extrêmement populaires. Ceux-ci se vendent entre 45 et 55 euros pièce et aucune licence n'est nécessaire. Il n'est donc pas surprenant de voir les gens tourner le dos aux médias de l'Etat et aller à la recherche d'informations moins partiales.

Un jeune Zimbabwéen , Petros Mabasa, affirme que la ZBC n'a rien à offrir aux personnes démunies comme lui, car tout est plus ou moins de la propagande politique. "La ZBC ignore notre situation critique en tant que communauté marginalisée. Je m'en sors mieux en regardant les informations présentées par la SABC (Afrique du Sud), la BBC ou Al Jazeera plutôt que la ZBC ; la seule chose qu'ils font, c'est propager des discours de haine, et je hais ça", dit-il.

"Ce poison de ZBC"

Eugene Makaya, un vendeur de pommes de terre de Mbare, quartier situé dans la banlieue d'Harare, pense qu'il existe bien la nécessité de s'échapper de la ZBC. "Parfois, j'ai besoin de passer quelque temps en dehors de ma routine quotidienne, tout seul avec ma radio ou ma télévision, mais je ne peux pas écouter ce poison de ZBC."

"C'est comme si l'on me considérait tout simplement comme un imbécile, donc je me dirige résolument vers les médias étrangers, en utilisant mon décodeur gratuit ou en captant simplement Studio 7 ou Radio VOP sur les ondes courtes, là où j'ai vraiment l'impression que l'on dit la vérité", confie-t-il.

Large éventail

Pour Ernest Mudzengi, spécialiste des médias, la ZBC n'a pas vu qu'elle a abusé pendant longtemps de son monopole et que les gens ont donc perdu confiance en les médias publics. "Les gens ne sont pas contents de ce qu'on leur offre localement. En fait, ce que nous devons faire, c'est libérer les ondes pour que les gens aient un large éventail", dit Ernest Mudzengi.

Même la Broadcasting Authority of Zimbabwe (BAZ), qui a le pouvoir de délivrer des licences d'émission, n'a aucun moyen de justifier la piètre qualité de la programmation de la ZBC. "Qui suis-je pour dire ceci ou cela ? Allez demander aux gens, faites des enquêtes et utilisez n'importe quelle information qu'ils vous donnent", dit le président de la BAZ, Tafataona Mahoso, dans une interview.

Fermeture de médias critiques

Alors que le gouvernement zimbabwéen a appelé toutes les stations de radio en exil à s'enregistrer et à régulariser leurs activités, jusqu'à présent seules les organisations audiovisuelles loyales au président Mugabe ont obtenu des licences d'exploitation. Les Zimbabwéens ont remis en question la crédibilité de la BAZ, qui, selon eux, doit être complètement remaniée. Il y a huit ans, des responsables de la BAZ, dont Mahoso, ont fermé plusieurs médias, qui avaient défié le gouvernement d'alors.

Selon l'agence de sondages Zimbabwe All Media Products Survey (ZAMPS), les stations de radio en exil comme Radio VOP, Studio 7 et Shortwave Radio Africa attirent aujourd'hui la majorité des auditeurs au Zimbabwe, tandis que plus de 60% des personnes possédant un téléviseur ont abandonné Télévision Zimbabwe, contrôlée par l'Etat, pour des chaîenes d'accès libre aussi bien régionales qu'internationales.

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