L'Express de Madagascar (Antananarivo)

Madagascar: Sommet de Rio - Débats autour du déplacement présidentiel

Un voyage qui divise la classe politique. Le périple brésilien d'Andry Rajoelina, président de la Transition, suscite divers commentaires quant à son opportunité.

Andry Rajoelina a quitté Ivato après un report de quelques heures de son vol, hier. Il ralliera Rio de Janeiro, au Brésil, pour participer à la conférence internationale sur le développement durable.

L'homme fort de la transition, également chef suprême des Armées, n'a pas fait de déclaration lors de son départ, restant dans le mutisme dans lequel il s'est muré depuis quelques jours, malgré les sujets brûlants de l'actualité.

Le silence d'Andry Rajoelina fait enfler la polémique autour de son déplacement. Pierrot Botozaza, vice-Premier ministre chargé de l'économie et de l'industrie, a été le premier à allumer la mèche. « On se pose des questions si ce déplacement constitue une priorité, compte tenu de la situation à Madagascar », soutient-il.

Le membre du gouvernement issu de la mouvance Ravalomanana, fait référence aux foyers de tension sociopolitique, conjugués avec l'accrochage meurtrier entre les forces de l'ordre et des « dahalo » dans le sud de l'îele le 9 juin, ou encore la rencontre « clé » selon la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) entre le président de la transition et l'ancien président Marc Ravalomanana, en exil en Afrique du Sud.

Le Premier ministre Omer Beriziky tente d'arrondir les angles. « Tout est prioritaire, dès qu'il s'agit de l'intérêt de Madagascar. Nous ne pouvons pas nous isoler du reste de la communauté internationale (...) La participation du président de la Transition à la conférence est un signal sur l'importance que nous accordons au développement et à l'environnement », soutient-il.

Répartition des tâches

Le ministre de l'Environnement par intérim évoque une « répartition des tâches » à la tête de l'Exécutif pour expliquer son absence à Rio de Janeiro, au profit d'Andry Rajoelina. « Il s'agit d'une réunion des chefs d'État et de gouvernement. Je reste du moment qu'il parte », explique le Premier ministre.

Quelques responsables au sein du régime ne souhaitent pas s'exprimer sur le sujet. Lanto Rakotomavo, secrétaire nationale du parti Tanora malaGasy Vonona (TGV) insiste sur la « répartition des tâches » au sein de l'Exécutif pour expliquer la situation. « Le Premier ministre est là », remarque la vice-présidente du Conseil supérieur de la transition (CST).

Dans la foulée, le compagnon de lutte de Lanto Rakotomavo, Jean de Dieu Maharante, vice-président du CST, répond, point par point, aux attaques dont le président de la Transition fait l'objet. « Je rappelle que la fête de l'Indépendance n'est pas celle d'Andry Rajoelina mais celle de la Nation. Pour ce qui est de la rencontre avec Marc Ravalomanana, nous avons déjà arrêté la ligne directrice de notre position, les aspects qui sont négociables et ceux qui ne le sont pas », affirme-t-il, sans entrer dans les détails. « Pour ce qui est de l'événement malheureux dans le Sud, il s'agit d'un dossier incombant au Premier ministre en tant que premier responsable de la sécurité », conclut-il.

Un politologue évoque deux angles pour interpréter la situation. « Je comprends et respecte la frustration d'une partie de l'opinion, frustrée par le déplacement présidentiel, compte tenu de la situation qui prévaut au pays. La même réaction existerait même en période normale, comme c'était déjà le cas dans le passé », observe-t-il.

Le politologue apporte également une autre explication au voyage présidentiel. « Je ne suis pas en mesure d'évoquer d'autres aspects politiques de la décision, mais en matière de culture politique, le geste met le Premier ministre à sa vraie place pour gérer la situation. Au niveau des relations internationales, il existe également une fonction de représentation à honorer du moment qu'il existe une invitation y afférente », analyse-t-il.

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