Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Erosion côtière à Saly Portudal - Les promoteurs hôteliers craignent le pire

Depuis 2009, différentes initiatives ont été prises à Saly pour endiguer le phénomène de l'érosion côtière. La dernière en date est le gabionnage réalisé par le Génie militaire. Un an après, cet investissement dont la durée de vie était calée à cinq ans, ne résiste pas aux assauts de la mer.

Les hôteliers de la station balnéaire, obligés régulièrement de refaire des gabions pour remplacer les parties de rangées abîmées, n'en peuvent plus de supporter les coûts exorbitants de tels travaux.

Aussi, ont-ils tenu à attirer l'attention des autorités de ce pays sur la profondeur du mal et sur ses conséquences directes sur notre économie avant de les appeler à chercher des solutions urgentes et durables au phénomène.

Sur la plage de l'hôtel «Les hibiscus», les images sont désolantes et renseignent à volonté sur l'ampleur du mal. Des morceaux de fer, des coups de pierre un peu partout, les algues accrochées aux morceaux de ferraille, un constat peu esthétique et très dangereux pour les clients. L'érosion côtière menace très sérieusement l'activité touristique sur la station balnéaire de Saly.

Le gabionnage réalisé il y a un an par le Génie militaire, sur partenariat public-privé, ne résiste pas aux assauts de la mer. A chaque grosse marée, de nombreuses cages cèdent, les pierres et les bouts de ferraille sont éparpillés partout, rendant caduc l'effet des gabions, et laissant sur la plage une image d'apocalypse.

Face à ce constat, les hôteliers de la station balnéaire tirent la sonnette d'alarme. «Saly et le tourisme sont liés depuis plus de 30 ans. Il serait dommage que cette histoire s'arrête brusquement maintenant», ont-ils alerté à travers un communiqué lors d'un face-à-face, hier, avec la presse.

Une situation alarmante

«Aujourd'hui, le constat est catastrophique, il n'y a plus de plage à l'hôtel Téranga, et la pointe des pêcheurs du village de Koulang a disparu, certaines maisons risquent même de partir à l'eau d'ici septembre.

La plage du Saly hôtel est sur le point de disparaître, celles de l'hôtel les Filaos, du Palm Beach, et de l'Espadon sont dans un piteux état», lit-on dans le communiqué.

«Dans le cadre de la protection du littoral sénégalais, le comité de pilotage projet d'adaptation aux changements climatiques nous promet sans cesse que des travaux de grande envergure vont débuter pour endiguer le phénomène de façon durable, mais rien n'est fait.

Si des gros travaux ne sont pas entrepris rapidement, il risque d'être trop tard», assène Nicolas Froger, Directeur d'un hôtel de la place.

«L'image de Saly déjà fragilisée par son environnement ne pourra s'en remettre, si la totalité du littoral de la station venait à disparaître, et il sera alors extrêmement difficile de vendre les mérites de cette station balnéaire à l'étranger.

Certains clients habitués de la destination menacent d'ores et déjà de ne plus revenir si rien n'est fait. A moyen terme, c'est toute une région qui pourrait être touchée compte tenu du rôle important de ce secteur d'activités dans l'économie», prévient le porte-parole des hôteliers.

«L'année 2012 est déjà très difficile pour les hôteliers depuis les événements survenus pendant les élections présidentielles, et nous aurons du mal à préserver tous les emplois si la situation venait à perdurer et que le tourisme ne repartait pas. Certains Tours Operators pourraient même quitter le Sénégal», enfonce le communiqué conjoint des hôteliers de Saly.

L'Etat interpellé

«La mer, dans sa course folle et sûre, est en train d'engloutir la zone touristique, laissant sur son sillage un théâtre désolant ; cependant, aucune réaction concrète du gouvernement n'a été encore amorcée.

D'ailleurs, la question qui nous taraude, aujourd'hui, est de savoir pourquoi cette passivité des autorités dans une quête de solution à ce fléau rampant», s'interroge le Secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de l'hôtellerie, de la restauration, des cafés et bars du Sénégal (Snthr), Mamadou Diouf, par ailleurs chef du collège des délégués du personnel dans un établissement hôtelier de la place.

Pour le syndicaliste, ces autorités «doivent promouvoir des mécanismes techniques et institutionnels pour une meilleure adéquation et une meilleure gestion des risques afférents à cette érosion côtière».

Le syndicaliste, qui constate «l'accélération de la destruction d'un pôle économique de développement de notre pays, un grand secteur porteur par excellence», lance un appel au chef de l'Etat.

«Cette situation néfaste tend à entraîner une perte programmée de plusieurs emplois directs et indirects, mais également à freiner l'essor d'emplois nouveaux.

C'est pourquoi, les travailleurs, par ma voix, exigent du gouvernement de Macky Sall une prise immédiate des dispositions idoines dans l'intérêt des travailleurs du secteur afin de limiter les dégâts collatéraux que cela pourrait causer», laisse entendre Diouf.

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