Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Collecte des ordures ménagéres - Le casse tête...saint-louisien

Saint Louis du Sénégal, « vieille ville française, centre d'élégance et de bon goût sénégalais », disait déjà, dans les années 30, le romancier Ousmane Socé Diop, est en passe d'être gagnée par une insalubrité cauchemardesque.

Sur les rivages du fleuve Sénégal, dans les divers quartiers comme au bord de la mer, les ordures ménagères déversées à tout bout de champ agressent sauvagement l'environnement d'une ville à fort enjeu touristique.

Les GIE CETOM, piliers du système mixte de collecte de ces ordures semblent complètement dépassés dans la récupération des 80 tonnes de déchets produits par jour.

Quartier de Pikine, faubourg de Sor. Il est 10 h du matin. Une jeune dame portant à bout de bras un seau rempli d'ordures se dirige d'un pas décidé vers l'espace désert jouxtant l'école du quartier.

Sans aucune gêne, elle déverse nonchalamment le contenu de son seau sur la pile de déchets qui meuble le lieu. Nos regards se croisent alors qu'elle retourne sur ses pas.

Un léger sourire s'affiche sur ses lèvres quand nous lui demandons pourquoi elle avait déversé ses détritus dans le lieu et s'il n'y avait pas de benne à ordures dans le coin. « Non, il n'y en a plus depuis belle lurette...

Ce sont les charrettes Cetom (Collecte et traitement des ordures ménagères-Ndlr) qui sont chargées de récupérer nos ordures ».

Et de poursuivre : «Comme elles viennent comme bon leur semble, sous prétexte que nous sommes trop à l'intérieur du quartier, nous sommes obligés de déverser nos ordures dans cet espace inhabité».

Ce comportement ne semble pas atypique dans cette ville de Saint-Louis pourtant réputée pour l'élégance de ses habitants.

De Ndiolofène à Darou, en passant par Djaminaar, Champs de Courses, Guet Ndar ou Santhiaba, la collecte des ordures ménagères se révèle un véritable casse-tête chinois pour les populations comme les autorités municipales. Le dépôt sauvage d'ordures dans les moindres espaces ouverts est devenu la pratique la plus ordinaire dans la cité.

A Diamaguène, quartier populeux du faubourg de Sor, ce n'est pas seulement le versant du Stade Me Babacar Sèye qui est jonché d'ordures. Le circuit des rails menant du Racing Club à l'ancienne gare ferroviaire est transformé en gigantesque benne à ordures.

A l'intérieur du quartier, les seaux d'immondices et les bacs à ordures squattent les devantures des maisons. Interpellé sur une telle situation qui agresse la qualité de la vie des habitants, Ablaye Mbaye pointe du doigt les collecteurs d'ordures ménagères regroupés au sein du Groupement d'intérêt économique Cetom.

Pour l'autochtone, toute la faute incombe audit Gie qui a signé avec la mairie un contrat pour ramasser les ordures dans le quartier mais qui ne fait son travail que de manière épisodique.

« Un jour sur trois voire même quatre, la charrette de collecte vient pour ramasser les ordures. La plupart du temps, nous sommes contraints de recourir à des raccourcis pour nous préserver des odeurs et des risques générés par ces détritus surexposés au soleil».

GIE CETOM OU COLLECTE PRIVEE DES ORDURES

Diambar Diouck, le responsable du Gie Cetom de Diamaguène dégage en touche ces récriminations. « Nous passons autant que possible devant les maisons du quartier pour collecter les ordures.

Seulement, ce qu'il faut savoir, c'est que nous ne disposons que d'une charrette et d'un cheval pour ramasser les déchets d'un populeux quartier, ayant des milliers de concessions et dont la production d'ordures ménagères n'est pas négligeable».

Et Diambar Diouck de se faire plus explicite : «Nous ne sommes que six agents pour une charrette et un cheval dans ce travail de collecte. Pis, nous manquons de soutien et de partenaires pour pouvoir nous acquitter plus correctement de notre tâche».

Quid de l'accompagnement de la mairie ! «Nous recevons une subvention mensuelle de 150 000 FCfa de la mairie de Saint-Louis. Cet argent est destiné uniquement à acheter l'aliment de bétail», fait remarquer le responsable Cetom de Diamaguène.

Avant de préciser que cette subvention est reçue de manière irrégulière. «C'est seulement en début d'année budgétaire que cette somme nous est allouée en temps requis. Aujourd'hui, nous comptabilisons deux mois de retard dans l'allocation».

La conséquence, relève Diambar Diouck, «c'est que nous sommes obligés de fonctionner avec nos maigres moyens».

Sans partenaire, sans accompagnement du Conseil de quartier, avec une subvention municipale erratique, le Gie Cetom est dès lors contraint de vivre avec la contribution des ménages.

«Une somme forfaitaire de 1000 Fcfa est demandée à chaque maison pour la prise en charge des ordures. Seulement, là où le bât blesse, c'est que la plupart des maisons qui jouissent de nos services rechignent à nous payer cette somme insignifiante à la fin du mois».

Refusant d'évoquer le faible niveau de vie des habitants, Diambar Diouck indexe la mauvaise volonté des bénéficiaires. « Ils refusent de nous accompagner avec cette contribution qui n'est que de principe, au regard de ce que nous leur apportons.

Or, c'est cet argent collecté avec toutes les peines du monde qui nous permet de nourrir d'abord notre cheval, de donner ensuite un petit forfait aux agents qui se démènent pour récupérer les ordures, de surcroît des pères de famille».

Malgré tout, « nous nous investissons sans retenue dans le travail, parce que c'est avant tout notre quartier », dira le responsable avant de conclure : « à la limite, ce que nous faisons, c'est du bénévolat».

Les difficultés listées ne sont toutefois pas spécifiques au seul Gie Cetom de Diamaguène. Celui des Hlm/Léona comme celui de Pikine ou de Balacoss, nouvellement installé, vivent les mêmes problèmes :

insuffisance de moyens, disponibilité d'une seule charrette et d'un seul cheval, difficulté de collecter la contribution mensuelle des maisons (1000Fcfa). Au final, c'est tout le processus de collecte privée des ordures qui se retrouve affecté.

LE FLEUVE SENEGAL :UN DEPOTOIR A CIEL OUVERT

L'autre résultante malheureuse de la collecte souffreteuse des ordures ménagères à Saint-Louis, c'est que les abords du Fleuve Sénégal sont transformés en un dépotoir à ciel ouvert.

Dès l'entrée de Saint-Louis, on a ainsi l'impression que toutes les ordures ramassées sont simplement déversées sur les berges du fleuve.

Derrière la centrale de la Senelec, sur le boulevard fluvial de Pikine, comme devant la station Elton située à coté de l'ancienne gare routière ou peu avant la grande mosquée mouride (Place Sable), les barges du fleuve sont jonchées de détritus, de déchets et d'ordures. Il s'y dégage alors une odeur pestilentielle qui indispose toute personne osant s'aventurer à proximité.

Même les abords du Pont Faidherbe, joyau et emblème de Saint-Louis, ne sont pas épargnés. Les ordures qu'y déversent les marchants de Sor ont fini de rendre le lieu irrespirable et infréquentable.

Pourtant, des bancs sont aménagés sur les rebords dallés du fleuve pour permettre aux habitants comme aux visiteurs de contempler de l'autre côté les parties Nord et Sud de la ville.

Interrogé sur la question, Cheikh Diagne, un habitant des Hlm, nous fait savoir qu'en vérité, les riverains ont une grande responsabilité, à côté de la mairie, dans cette situation d'insalubrité.

« Ce sont eux qui déversent nuitamment leurs ordures sur les bords du fleuve. Parce que le système communal de collecte des ordures est inefficace ».

Et Cheikh Diagne très impliqué dans le monde saint-louisien des Ocb de révéler que la mairie a affecté des camions de ramassage des ordures uniquement au centre ville (Lodo et Sindoné) et a laissé la collecte des déchets de Sor aux Gie Cetom, des organisations qui manquent totalement de moyens.

L'insalubrité qui gagne Saint-Louis est encore plus manifeste sur les rivages des deux bras du fleuve Sénégal. Les versants du fleuve séparant l'île et la Langue de Barbarie qui regroupe les quartiers Guet-Ndar, Santhiaba et Goxoumbacc sont devenus le déversoir d'ordures préféré des riverains.

Une sorte de «Mbeubeuss fluvial» qui désagrège l'environnement et déteint dangereusement sur la perception que les touristes se font de la ville tricentenaire.

Que dire par ailleurs des tas ordures et d'immondices déversés sur les rives de l'océan Atlantique! C'est dire que la collecte des ordures ménagères reste une véritable problématique dans l'ancienne capitale du Sénégal qui semble particulièrement briller aujourd'hui de son insalubrité.

Le glas du systeme mixte de collecte

Pour prendre en charge de manière dynamique le nettoiement de la ville, la municipalité de Saint-Louis a mis en oeuvre un plan mixte de gestion et de collecte.

Ce plan supposait la mise en œuvre des projets comme l'initiative privée CETOM dont l'objectif était de mettre en place une nouvelle démarche de ramassage des ordures ménagères grâce à des moyens légers et communautaires (charrettes à traction équine).

Cette privatisation de la gestion du nettoiement à Saint-Louis, considérée comme solution, s'est relevée toutefois inopportune pour des raisons financières, techniques et sociales. Les GIE Cetom se retrouvent en effet confrontés à d'énormes difficultés.

Insuffisance des sites relais en raison d'un faible maillage du territoire par ces points de rupture de charge ; absence d'une prise en charge sanitaire des agents travaillant dans la collecte ; insuffisance ou vétusté des moyens de collecte et d'évacuation disponibles (en moyenne, il existe une charrette fonctionnelle par GIE).

A ces difficultés, il faut ajouter celles relatives à la faiblesse du taux d'adhésion des ménages couverts; voire l'insuffisance des espaces de parcage des chevaux (absence pour certains GIE).

Ces diverses contraintes nécessitent, selon les spécialistes, une restructuration profonde du système mixte de collecte des ordures dans la ville de Saint-Louis. L'assainissement de Saint-Louis est à ce prix.

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