Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Cour d'assises de Saint-Louis - 5 ans de travaux forcés pour Oumy Diouf

Au troisième jour de la deuxième session de l'année judiciaire 2011-2012, la Cour d'Assise de Saint-Louis a condamné la dame Oumy Diouf, mère-célibataire de quatre enfants nés de pères différents reconnue coupable d'infanticide, à cinq ans de travaux forcés.

« Quiconque meurt au marché, aura été le diffuseur de son propre acte de décès », enseigne un dicton wolof. La dame Oumy Diouf l'aura appris à ses dépens.

En cette nuit du 23 au 24 décembre 2009, après avoir donné naissance en cachette à un enfant de sexe féminin, elle abandonna son bébé au marché Pikine de Saint-Louis, à quelques mètres de la route nationale 2.

Aussi, la police alertée n'eut aucune peine à localiser l'auteur de ce forfait. L'enfant retrouvé et emmené au poste de santé Ousmane Ngom de Sor, puis à l'hôpital régional, présentait des démangeaisons et éraflures au cou. Il devait décéder quelques heures plus tard.

Mme Oumy Diouf, âgée de 30 ans au moment des faits, affirme devant la barre que son fils aîené comptabilise déjà 20 printemps. Ce qui amènera le président de la Cour à lui poser cette question-remarque, aussi logique que cruelle : «tu as commencé très tôt alors ?».

En réalité, outre son âge douteux (elle affiche une mine de bon quinquagénaire), cette femme que le destin n'a pas beaucoup épargnée, présente tous les signaux d'une patiente de centre psychiatrique.

Dès le sevrage, elle fut confiée à sa grand-mère non-voyante et a évolué loin de toute affection de ses géniteurs. Très tôt mère-célibataire, elle goûtera par la suite, le temps d'une rose, à un mariage arrangé avec un proche. Elle retombe très vite dans les affres que peut connaître une femme vivant seule, sans aucune source de revenus.

Elle affirme devant la barre avoir être sujette à des troubles psychiques que sa grand-mère tentait de soigner auprès de tradipraticiens tout en précisant, a contrario être saint d'esprit.

C'est d'ailleurs l'argument principal qu'elle brandit pour justifier son acte à chaque fois qu'on l'interpelle sur son geste coupable.

De l'enquête préliminaire comme durant toute l'audience en passant par l'instruction, la dame n'a pas varié dans ses déclarations. Elle a reconnu sans ambages les faits qui lui sont reprochés.

Cependant, elle n'a manifesté aucun remord, y compris quand on lui prouve photos à l'appui, les sévices visibles sur le cadavre de son enfant, et ne manque pas de préciser qu'elle était saine d'esprit au moment des faits mais ne supportait plus de souffrir des quolibets dont on le couvrait dans son entourage familial.

Son comportement qui sort de l'ordinaire, les déclarations de sa grand-mère sur la santé mentale de sa petite-fille, avaient amené le magistrat instructeur à requérir un expert pour une expertise psychiatrique.

Le Dr Wade de l'hôpital de Saint-Louis conclut que la prévenue souffre d'une «schizophrénie simple qui, en l'absence de traitement peut constituer un état dangereux pour lui-même et pour autrui», mais juge Oumy Diouf «accessible à une sanction pénale».

Dans sa plaidoirie, l'avocat général Saliou Mbaye signifiera que Mme Diouf a fait des aveux circonstanciés. Elle a étranglé son bébé quand il a voulu crier, a lavé ses habits tachés de sang de retour chez elle et n'avait pas agi de la sorte lors de ses précédentes maternités. De ce fait il a écarté la démence.

L'avocat de la défense quant à lui a plaidé l'acquittement pour sa cliente, qui, a ses yeux, n'a pas dissimulé sa grossesse, ni accouché en cachette, encore moins déposé son enfant dans un endroit désert en choisissant le marché et la devanture d'une cantine à quelques encablures d'une route au grand trafic.

Le conseil de Oumy Diouf, prétextant ainsi la santé mentale de sa cliente, a ainsi préconisé l'acquittement et, au pire des cas un suivi médical.

Dans son délibéré, la cour a reconnu Oumy Diouf d'infanticide et l'a condamnée à cinq ans de travaux forcés. En détention préventive depuis décembre 2009, elle devra ainsi se priver encore de deux ans et demi de vie familiale avec ses cinq enfants.

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