Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Il à été convoqué pour lundi - Ousmane Ngom gagne un ticket retour chez le procureur

Déféré au parquet hier après 24 heures de garde à vue à la gendarmerie de Colobane, Ousmane Ngom a aussitôt été libéré, après un bref face-à-face avec le procureur de la République. Mais ce n'est que partie remise, puisque les autorités judiciaires reviendront à la charge, lundi.

Après 24 heures de garde à vue à la gendarmerie de Colobane, Ousmane Ngom a été libéré quelques heures, après avoir été déféré au parquet, hier jeudi. C'est à 12 h 25 minutes qu'il a débarqué à la cave du palais de justice de Dakar à bord d'un véhicule 4X4 de couleur noire conduit par des éléments du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (Gign) pour être entendu par le procureur de la République. Sa libération n'est que conditionnelle puisque le maîetre des poursuites l'a convoqué, à nouveau, ce lundi 25 juin 2012.

Sobrement drapé dans un grand boubou bleu clair et devant un parterre de militants libéraux, Ousmane Ngom manifestait quelques signes de fatigue. Il a quand même tenu à s'adresser à la presse en ces termes. «Ce qui s'est passé est un kidnapping, une prise d'otage en relation avec la campagne électorale. Ils ont voulu me museler. C'est de l'intimidation pour nous empêcher de battre campagne. Nous sommes plus que jamais déterminés à poursuivre le combat du Sopi qui est en marche».

L'ancien ministre de l'Intérieur, qui dénonce le «show» des forces de sécurité, défie les enquêteurs de publier son patrimoine et indique qu'il dispose de deux maisons dans sa ville natale de Saint-Louis. «Je les défie de publier l'enquête de patrimoine. S'ils ne le font pas, je le ferai à leur place. Je ne suis pas entré en politique pour m'enrichir. J'ai choisi la politique pour travailler pour la démocratie et pour le Sénégal».

A sa sortie du bureau du procureur de la République, l'ancien patron des policiers est revenu sur les sujets pour lesquels il a été interpellé par les enquêteurs, durant son audition. Avec notamment l'enrichissement illicite. Ousmane Ngom a été arrêté depuis avant-hier à Kolda. A la veille de sa première comparution devant le procureur de la République, il a été auditionné puis gardé à vue à la section des recherches de la gendarmerie de Colobane. Ce, après un bref passage chez le procureur général et à la Brigade des affaires générales. Son comportement lors de sa dernière convocation relevant d'un acte qui frise le «défi à l'autorité judiciaire» semble lui attirer des ennuis. Après plus d'une heure d'attente sans être entendu, il quitta les lieux en annonçant sa volonté de ne plus répondre à une autre convocation jusqu'après les législatives. C'est pourquoi, l'ex-ministre de l'Intérieur avait passé toute la journée d'avant-hier entre les mains des enquêteurs.

AMBIANCE - LIBERATION DE L'EX-MINISTRE DE L'INTERIEUR : Et la pression des libéraux porta ses fruits !

Il aura fallu la forte pression des libéraux pour que leur frère de parti, Ousmane Ngom, soit libéré. En effet, depuis son arrestation avant-hier à Kolda, des responsables du Pds avaient juré de tout faire pour que leur camarade, investi sur la liste nationale, soit libre. La présidente des femmes libérales, Awa Diop, s'était présentée à la gendarmerie de Colobane pour dire l'inopportunité de la convocation de Ousmane Ngom : «D'ici peu de temps, le peuple sénégalais saura que ces convocations ne valent pas la peine.»

Au palais de Justice de Dakar, le secrétaire général de l'Union des jeunesses travaillistes libérales (Ujtl), à la tête d'une forte délégation composée de militants libéraux, avait soulevé un tollé au tribunal. Les tentatives des gendarmes de les faire déguerpir des lieux sont restées vaines. Les libéraux reviennent chaque fois à la charge en débitant des propos durs, à l'endroit du président Macky Sall et des autorités judiciaires. «Le régime n'a pas le droit d'interpeller quelqu'un qui est investi sur la liste nationale. C'est un acharnement de la part de ce régime amateur qui a oublié les raisons de son élection. Ousmane Ngom n'a jamais refusé de déférer à une convocation. Le Pds est en train de vivre un acharnement. S'il y a quelqu'un qui doit passer devant la Cour de répression de l'enrichissement illicite, c'est bien Macky Sall qui, en peu de temps de collaboration avec Wade, a une fortune évaluée à 13 milliards de francs», peste Bara Gaye.

Le chef de cabinet de l'ex-ministre de l'Intérieur, Pape Demba Sow, enfonce le clou : «Cette situation ne nous ébranle pas. Nous avons combattu le Parti socialiste pendant près de 26 ans. Tous ces grands combats ont été dirigés par Me Ousmane Ngom. Aujourd'hui, c'est pour des raisons politiques qu'il est là. Il se battait pour que le parti ait une majorité confortable à l'Assemblée nationale à l'issue des législatives. C'est un candidat qui n'a absolument rien fait. On l'a trouvé dans un hôtel où il était avec d'autres candidats, on a demandé à ces derniers de partir pour ensuite encercler l'hôtel et le prendre. C'est injuste et indigne ! » L'ex-directeur général du Coud, Sitor Ndour, ainsi que l'ancien ministre de la Justice, El Hadj Amadou Sall, n'ont pas été en reste. Hier jeudi, le dernier nommé s'est manifesté au palais de Justice au moment où Ousmane Ngom devait être déféré.

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