Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: La société civile déplore l'absence d'une large consultation sur le Projet Inga

A l'initiative du bureau de liaison de l'ONG 11.11.11 RDC, il s'est tenu un grand débat, mercredi 20 juin au Yacht club Kinshasa, à Gombe, autour du thème «Inga : rêve ou cauchemar».

L'objectif du forum, à en croire Suzanne Hoogewys, coordinatrice de 11.11.11 RDC, est d'offrir un cadre d'échanges et de débats sur le projet Inga III et Grand Inga, écouter les points de vue des parties prenantes (gouvernement, bailleurs, Société civile, populations ) sur les enjeux du projet et se faire sa propre religion sur le projet Inga.

Pour la Société civile dont le porte-voix à ce forum est Jean-Marie Muanda, coordinateur de «Actions pour les droits, l'environnement et la vie» (ADEV) et militant des droits de l'Homme, «on déplore l'absence d'une large consultation sur le projet Inga, surtout quand on a en mémoire les aspects sociaux et environnementaux qu'entraînent tous les grands projets hydroélectriques de ce genre».

Si le projet Trois Gorges vise à couvrir les gros besoins en énergie électrique de la Chine, la Société civile s'interroge sur les réelles visées et ambitions de Kinshasa par rapport au projet Grand Inga. Car de l'avis de Vika di Phanzu, l'objectif du gouvernement pour ce projet reste à renflouer les caisses de l'Etat : «avoir de l'argent frais pour financer le développement du pays». De là, le militant écologiste se pose la question ultime : «Quelle sera la part réelle des populations congolaises dans le projet Inga, quand on sait comment est géré ce qui existe déjà ?».

Aussi, les populations sont-elles inquiètes : Grand Inga est-il prioritaire pour le Congo au regard du contexte socio-historique du pays ? Pourquoi ne ferait-on pas d'abord l'audit des barrages Inga I et Inga II avant de se lancer dans la construction du Grand Inga?».

La gouvernance, un goulot d'étranglement

Un autre aspect soulevé par la Société civile a trait à la gouvernance en RDC. Avec 40 mille Mégawatts, le projet Grand Inga risque de ressembler à un tesson de bouteille qui brille sans impact réel sur le vécu de la population, a objecté M. Muanda.

A propos du financement du projet, le gouvernement privilégie le partenariat public-privé. Kinshasa tend la main à des privés qui peuvent apporter des fonds et attendent en retour des bénéfices substantiels. Pourvu que les investisseurs n'insèrent pas dans le contrat des clauses qui visent à protéger leurs bénéfices. Ceci constitue une inquiétude pour la Société civile qui s'interroge sur la capacité du gouvernement congolais à passer outre ces clauses.

M. Vika di Phanzu, directeur de cabinet du ministre des Ressources hydrauliques et Electricité et président du Comité de pilotage du projet Inga III, s'est félicité du projet Grand Inga. Trente-neuf (39) Mégawatts du Grand Inga, le programme du gouvernement prévoit le démarrage de la construction de la centrale hydroélectrique Inga III à l'horizon 2016. «Aujourd'hui, a-t-il enchaîné, le gouvernement est dans le processus de sélection du candidat investisseur développeur qui doit apporter au moins 2 milliards de dollars sur les huit qu'exige la réalisation du projet Inga III. Quitte à souscrire le reste auprès des banques et bailleurs pour ce qui est du financement des ouvrages communs tant à Inga III (1ère phase) qu'aux phases ultérieures du Grand Inga».

M. Jean-Christophe Carret, coordonnateur principal du département du Développement durable à la Banque mondiale, a fait savoir que son institution est en affaire avec le gouvernement congolais. Ils sont aussi en discussion avec d'autres bailleurs de fonds pour développer le projet Inga III. Dans ce projet, la Banque mondiale se propose d'apporter une assistance technique au développement en finançant les études de faisabilité, mais pas les travaux sur la construction du barrage lui-même, a-t-il nuancé.

Impacts sociaux et environnementaux du projet

Dans le financement des projets décidés par les Etats, c'est à ces Etats d'en assurer les mesures de sauvegarde de l'environnement. Pour sa part, la Banque mondiale demande que le gouvernement suive «les règles de sauvegarde environnementales et sociales qui ont la réputation d'être les plus exigeantes de toutes les institutions de financement».

Et, à la lumière des études sur les impacts sociaux et environnementaux du projet Inga III, Jean-Christophe Carret révèle que le barrage Inga III et plus spécialement le Grand Inga va avoir, comparativement aux autres barrages dans le monde, très peu d'impacts sociaux et environnementaux négatifs.

Au plan environnemental par exemple, la superficie qui sera submergée dans le cadre du Grand Inga (qui arrivera à maturité dans 50 ans), est relativement modeste. Et Inga III aura un impact environnemental quasi nul, a-t-il dit.

Au plan social, a-t-il ajouté, le projet Inga III dont la réalisation est à brève échéance, les estimations des bureaux d'études démontrent que ce sont 600 à 1 000 personnes qui pourraient être déplacées. Rapporté aux Mégawatts qu'on va créés, on obtient un ratio de 0,0025.

Pour sa part, le professeur Dieudonné Musibono, chef du département de l'Environnement à l'Université de Kinshasa, coordonnateur et expert national en environnement du PNUE-RDC, a estimé qu'un pays comme la RDC, n'ayant pas de normes nationales, est obligé de respecter les directives de la Banque mondiale, s'il veut rester conforme aux préoccupations du développement durable.

Le projet Inga offre à la RD Congo l'opportunité de créer des biens et services à partir de ses ressources pour prétendre à un développement durable.

Mais auparavant, Suzanne Hoogewys (coordinatrice) et Marcel Wetsh'onkonda Koso (responsable Plaidoyer et partenariat du bureau de liaison 11.11.11 RDC) s'étaient relayés à la tribune pour baliser les pistes de discussions et présenter l'historique, le coût de réalisation, les modalités de financement, les lignes de transport et conséquences du projet Inga.

Un échange très enrichissant a suivi les communications des panélistes.

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