Se souvenir, et réclamer justice. L'ONG Les Toges Noires a annoncé une « marche pacifique » mardi 26 juin 2012 à Kinshasa et dans les dix autres provinces de la République démocratique du Congo pour honorer la mémoire du militant des droits de l'homme assassiné Floribert Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana. Une marche qui pourrait ne pas avoir lieu : le gouverneur de la capitale congolaise s'y oppose pour des raisons sécuritaires, mais les Toges Noires se disent prêtes à faire des concessions.
La date du 26 juin est symbolique à Kinshasa. « Elle rappelle non seulement le jour de l'inhumation de Monsieur Floribert Chebeya, mais aussi la Journée [internationale] des victimes de la torture », souligne une lettre de l'ONG des Toges Noires adressée au gouverneur André Kimbuta. Elle indique aussi que la victime a été retrouvée « le cou brisé et le sang suintant des commissures des lèvres ».
Floribert Chebeya retrouvé mort le 2 juin 2010
Retour au 1er juin 2010. Floribert Chebeya, militant de 47 ans respecté et connu, se rend avec son chauffeur à l'Inspection générale de la police à Kinshasa pour un rendez-vous avec le général John Numbi, le chef de la police. Le lendemain, le président-fondateur de l'ONG la Voix des Sans-Voix, Floribert Chebeya, est retrouvé mort dans sa voiture en périphérie de Kinshasa, les poignets portant des marques de menottes. Son chauffeur n'a jamais été retrouvé.
Le 23 juin 2011, cinq policiers condamnés, le général Numbi suspendu
Le 23 juin 2011, la Cour militaire saisie du dossier a acquitté trois policiers et en a condamné cinq autres : un policier a écopé de la prison à perpétuité et quatre - dont des hauts gradés - de la peine de mort, désormais commuée en prison à vie. Quant au général Numbi, qui a affirmé au procès n'avoir « jamais » donné rendez-vous à Floribert Chebeya, est suspendu depuis cette affaire.
Sanction insuffisante pour les parties civiles. Elles le considèrent comme le « suspect numéro un » et réclament son jugement devant la Haute Cour militaire, la seule habilitée à juger les généraux. Déception : à l'ouverture le 19 juin du procès en appel, longtemps attendu, les juges étaient moins gradés que John Numbi, faisant craindre qu'il ne sera pas inquiété.
Plusieurs revendications à l'ordre du jour des marcheurs
Mardi 26 juin 2012, les marcheurs veulent notamment plaider pour l'inculpation des « auteurs matériels et intellectuels encore en liberté », l'élévation du militant au rang de « héros national » et la levée de l'interdiction du film Floribert Chebeya : un crime d'Etat, du réalisateur belge Thierry Michel, explique la lettre des Toges Noires, datée du 30 mai et signée par son secrétaire général, l'avocat André-Marie Muila Kayembe.
Plusieurs motifs de refus de la marche
L'organisation a demandé l'encadrement de la marche par la police, les services de renseignement et les services spéciaux, mais « les impératifs sécuritaires du moment ne favorisent nullement la tenue de pareille manifestation », répond le gouverneur Kimbuta, sans plus de précision, dans une lettre datée du 5 juin dernier.
Autre motif de refus : « L'itinéraire envisagé se trouve dans la zone qualifiée de stratégique ». Le parcours de la manifestation - qui doit débuter à 10h00 (09h00 GMT) et durer cinq heures - passe entre autres par la Haute Cour militaire, la Primature, et les ministères des Affaires étrangères et de la Justice.
« Nous maintenons la marche », persiste l'avocat des Toges Noires
« Nous maintenons la marche, a déclaré samedi à RFI Me André-Marie Muila Kayembe. Nous allons essayer de rencontrer le gouverneur en personne, ses services tentent de voir s'il est possible de fixer un rendez-vous. Nous devons lui rappeler qu'il n'a pas la compétence d'autoriser ni de refuser les marches mais d'en organiser l'encadrement. Si c'est l'itinéraire qui le dérange, nous pouvons négocier son changement. »
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