Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Face à la diversion de Kigali - Kinshasa, trahison ou défense de la patrie

billet

Photo: Radio Okapi/ Ph. Yves Kumwamba
De gauche à droite, Raymond Tshibanda Ntungamulongo, Ministre des Affaires Etrangères, coopération Internationale et Francophonie de la RDC et Madame Louise Mushikiwabo, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération de la République du Rwanda.

Les officiels congolais étaient très mal vus jusque-là par leurs propres populations, au motif qu'ils semblaient partagés entre la trahison et la défense de la patrie. Les doutes vont continuer à planer dans les esprits, tant que toutes les zones d'ombre qui enveloppent les relations rwando-congolaises n'auront pas été évacuées.

Le gouvernement congolais a finalement envoyé un message fort en direction de ses masses, en décidant de saisir le Conseil de Sécurité au sujet de l'instrumentalisation du CNDP et du M.23 par le Rwanda, dans le dessein diabolique de pérenniser l'insécurité au Nord-Kivu et d'arriver, à terme, à la balkanisation de la République Démocratique du Congo. Dans cet acte d'accusation, il est clairement souligné que les deux mouvements rebelles sont alimentés par Kigali en hommes, armes, munitions et argent.

L'annonce d'une telle nouvelle aurait dû susciter l'enthousiasme dans les cercles politiques et familiaux de Kinshasa, Goma, Butembo, Beni, Lubero, Bunagana, Rutshuru, Mushake, Kitshanga, etc. Hélas, ce n'est pas le cas. Cette bonne note est malheureusement ternie par ce qui paraîet, aux yeux de tous, comme le début d'une nouvelle idylle politico-diplomatique entre Kinshasa et Kigali.

Le commun des mortels au Congo était étonné de voir le ministre congolais des Affaires Étrangères échanger des accolades avec son homologue rwandaise au moment où des renforts en soldats, armes, munitions et fonds en provenance du Rwanda affluent vers le général rebelle Bosco Ntaganda du CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple) et son acolyte du M. 23 (Mouvement du 23 mars 2009), le colonel Sultani Makenga.

Les observateurs perçoivent, à travers les manoeuvres dilatoires de Paul Kagame et les membres de son pré-carré, une intention délibérée de dribbler une fois de plus les Congolais dans la gestion du dossier sécuritaire du Nord-Kivu, en se faisant passer pour des amis de la paix et du dialogue.

Si les décideurs politiques et militaires congolais ne veulent pas être les dindons d'une nouvelle farce, et partant au coeur de soupçons de trahison de la cause de la patrie, il leur faut maintenir le langage de la fermeté porté jusqu'à la tribune des Nations Unies. La RDC ne devrait pas se faire d'illusion devant la fourberie d'un voisin qui donne l'impression d'avoir apporté le message de la paix à Kinshasa, alors qu'il vient de rallumer l'incendie à l'Est du pays.

Notre pays doit éviter de se faire tourner en bourrique par un Etat agresseur qui refuse de l'admettre, malgré les preuves accablantes établies contre lui par les enquêtes de la Monusco, de Human Rights Watch ainsi que plusieurs organisations humanitaires opérant au Nord-Kivu.

Définir clairement les termes du dialogue

Jusque-là, les termes du dialogue rwando-congolais ne sont pas clairement définis. Pendant que la RDC se plaint d'être agressée par des micro-rébellions animées par des infiltrés rwandais à solde du pouvoir de Kigali, le président Paul Kagame et sa ministre des Affaires Etrangères, Louise Mishikiwabo, s'accrochent à leur fond de commerce, à savoir la neutralisation des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) par l'armée nationale congolaise. Alors que les autorités rwandaises sont farouchement opposées à toute mission de vérification dans les camps d’entraînement de faux mutins du CNDP et du M.23 en territoire rwandais, elles exigent que les « portes » du Nord-Kivu soient totalement ouvertes aux officiers militaires et de renseignements de leur pays.

Si le Rwanda n'a pas l'honnêteté de reconnaître les torts qu'il cause à la RDC en faisant massacrer des Congolais par ses militaires et en pillant les minerais au Nord-Kivu, toute offre de dialogue avec le Congo devrait être sans objet, à moins qu'il ne s'agisse de cautionner une énième trahison de la patrie.

Même si les ambassadeurs africains à Kinshasa encouragent les négociations entre les deux pays, même si le ministre belge des Affaires Etrangères Reynders avait lui aussi appuyé sur ce piston, la prudence doit être de mise dans la capitale congolaise. L'expérience a montré, plus d'une fois, que le Congo démocratique a toujours été victime de sa bonne foi, dans son souci de coexister pacifiquement avec son très belliqueux voisin.

A dire vrai, le régime de Kigali ne veut pas d'un Congo politiquement, diplomatiquement, militairement, économiquement et culturellement fort en Afrique Centrale, où il se dispute le leadership régional avec l'Angola. Un Congo éternellement faible - un colosse aux pieds d'argile - serait le voisin idéal pour Kagame. Comprenne qui peut.

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