Sidwaya (Ouagadougou)

Afrique: Sommet Rio+20 - Un carnaval pour l' « avenir que nous voulons »

Réunis pendant trois jours (du 20 au 22 juin) à Rio de Janeiro, pour ce qui est considéré comme la plus grande Conférence de l'ONU de l'histoire, les dirigeants mondiaux ont, aujourd'hui, renouvelé leur engagement politique en faveur de la promotion d'un « avenir durable sur les plans économique, social et environnemental, pour notre planète comme pour les générations actuelles et futures ».

Mais en réalité, la lecture du communiqué final donne véritablement l'impression qu'au pays de la samba, ce fut un carnaval pour une communication politique.

Je n'ai pas été à Rio (c'est un rêve que je reporte) mais la magie des moyens de communication me permet de me masturber l'esprit pour un thème qui nous intéresse tous.

Il s'agit du Sommet de la Terre sur le développement durable. A tout le moins, un sommet consacré au thème, « l'avenir que nous voulons ».

On nous a fait croire que le Sommet de Rio+20 était celui attendu pour sauver la planète Terre. Vingt ans après le sommet de la Terre, qui a fait surgir au premier rang des préoccupations internationales, les thèmes du changement climatique ou de la préservation des espèces, le sommet Rio+20 était censé permettre une définition d'"objectifs de développement durable" pour guider l'action publique à travers le monde dans les domaines économique, social et écologique.

Mais ces questions semblent désormais reléguées au second rang dans l'esprit des dirigeants de la planète, accaparés par la crise économique.

« Rio+20 est un point de départ. Ce n'est ni une limite ni un plafond. C'est une nouvelle épopée qui doit au contraire, être guidée par l'ambition d'édifier une nouvelle société durable qui sera léguée aux enfants d'aujourd'hui et de demain. », a déclaré le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon. Et d'ajouter : « Le travail commence maintenant », comme si nous étions à Rio-20.

Dans ce document final d'une soixantaine de pages, intitulé « L'avenir que nous voulons », adopté par acclamation, les chefs d'État et de gouvernement, qui se déclarent « déterminés à affranchir d'urgence l'homme de la faim et de la pauvreté », conviennent d'établir des objectifs de développement durable « concrets », « ambitieux » et « d'envergure mondiale », tout en demeurant « résolument attachés » à la réalisation « intégrale et rapide » des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

En vue de formuler ces objectifs de développement durable qui devront être adoptés par l'Assemblée générale des Nations unies, ils préconisent la mise en place d'un « mécanisme intergouvernemental transparent et participatif » et « ouvert à toutes les parties prenantes ».

De même, ils affirment l'importance de l'autonomisation des femmes, du droit à l'eau et à l'alimentation, adoptent un cadre décennal de programmation concernant les modes de consommation et de production durables et reconnaissent le potentiel de l'économie verte.

Le texte qui, au terme de longues négociations, avait été finalisé à la veille de l'ouverture de la Conférence, le 19 juin, réaffirme les principes énoncés en 1992 dans la Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement et les plans d'action passés, tels Action 21 ou le Plan de mise en oeuvre du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg.

Peu de place à l'engagement et à la décision

Les dirigeants mondiaux y plaident pour un renforcement des trois dimensions -économique, sociale et environnementale- du développement durable.

Réaffirmant le rôle du Conseil économique et social (ECOSOC), ils décident également de créer une « instance politique de haut niveau », qui remplacera à terme la Commission du développement durable, et qui sera chargée d'assurer le suivi des activités de développement durable.

S'agissant du pilier « environnement » du développement durable, ils se disent déterminés à renforcer le rôle du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) en tant qu'autorité mondiale reconnue en la matière.

Pour ce qui est du financement du développement durable, ils se sont entendus pour mettre en place un « processus intergouvernemental sous les auspices de l'Assemblée générale » chargé d'en mesurer les besoins et d'examiner l'efficacité, la cohérence et les synergies des instruments et cadres existants, tout en évaluant d'autres initiatives.

Pour ce qui est du financement du développement durable, ils se sont entendus pour mettre en place un « processus intergouvernemental sous les auspices de l'Assemblée générale » chargé d'en mesurer les besoins et d'examiner l'efficacité, la cohérence et les synergies des instruments et cadres existants, tout en évaluant d'autres initiatives.

De fait, près de 700 engagements d'un montant total de 513 milliards de dollars ont été annoncés pendant la Conférence, non seulement par des gouvernements, mais aussi par des banques multilatérales de développement, des entreprises, la société civile pour financer des initiatives en faveur du développement durable dans des domaines tels que ceux de l'énergie, des transports, de la réduction des catastrophes, de la désertification, de l'eau, des forêts ou de l'agriculture.

Bon nombre d'observateurs estiment que le texte final comprend trop de "prend note" et "réaffirme" et trop peu de "décide" et "s'engage".

Pour la commissaire européenne pour le climat, Connie Hedegaard, « le fait que personne dans cette pièce où est adoptée le texte n'est content est révélateur. Cela prouve à quel point il est creux ».

D'autre part, la déclaration n'inclut pas de clause invitant les gouvernements à supprimer progressivement les subventions aux carburants fossiles, qui ont quasiment triplé depuis 2009, malgré l'engagement des pays du G20 à les éliminer.

Jim Leape, directeur général du WWF International, estime pour sa part, que le texte est un échec majeur, en termes de leadership et de vision de la part des diplomates et que nos dirigeants devraient être embarrassés devant leur inaptitude à trouver un terrain d'entente sur un enjeu aussi crucial, il ne définit pas les objectifs censés être débattus ;

il ne fixe pas non plus de calendrier précis, il n'y a pas eu d'accord sur la question de l'"économie verte", le document laissant une marge de manoeuvre dans la mise en oeuvre de ce principe.

Au point que le Sommet de Rio+20 peut être assimilé à un « tragique carnaval » (pour reprendre l'expression du Pr émérite Chems Eddine Chitour) qui aura compté plus de 45 000 participants.

Pas moins de 188 délégations d'États membres, dont une centaine étaient conduites par des chefs d'État et de gouvernement, mais aussi des organisations non gouvernementales, des dirigeants d'entreprise, des élus, des groupes de la société civile, des jeunes, des représentants de populations autochtones qui ont brûlé en passant des tonnes de kérosène pour y être.

Rio+20 est passé mais les faits sont là comme nous le rappelle le média citoyen,"Agoravox" : « en vingt ans, la population mondiale a augmenté de 26%, 12% de la biodiversité totale a disparu, les émissions de CO2 ont augmenté de 36%, 300 millions d'hectares de forêts ont disparu, il existe 21 mégavilles tentaculaires, la température globale a augmenté de 0,4°C, la production de plastique a augmenté de 130%, l'acidité des océans a fortement accéléré menaçant la vie marine qui est la source de toute vie terrestre ».

Comme le rapporte ce proverbe indien, « Quand l'homme aura fait tomber le dernier arbre, contaminé le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson. Il s'apercevra que l'argent n'est pas comestible ! »

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