Le président sud-africain Jacob Zuma a appelé hier mardi 26 juin à une "deuxième transition" dans son pays pour remettre le pouvoir économique à la majorité noire, dix-huit ans après la chute de l'apartheid et la prise du pouvoir politique par l'ANC de Nelson Mandela.
«La structure de l'économie de l'apartheid est restée largement intacte», a, d'après l'AFP, lancé le chef de l'Etat en ouverture d'une conférence nationale de l'ANC à Johannesburg : «La propriété de l'économie est toujours principalement aux mains des Blancs».
Jusqu'à vendredi, la "conférence politique" du Congrès national africain (ANC) doit débattre de ses grandes options. La presse n'est pas admise, mais les conclusions seront reprises en décembre, lors d'un congrès électif au cours duquel M. Zuma joue sa tête.
Il s'agit, pour le parti qui gouverne sans interruption depuis l'instauration de la démocratie en 1994, de répondre aux critiques, de plus en plus virulentes, qui dénoncent les promesses non tenues, la corruption et la persistance des inégalités.
Pour M. Zuma, la preuve qu'il est urgent de changer de braquet économique est «le niveau de frustration élevé et compréhensible dans certaines communautés». Une référence aux révoltes quotidiennes de riverains pas desservis en eau, électricité, école de qualité, transports.
«Beaucoup de Noirs n'approuvent pas notre démocratie parce qu'elle les exclut de la vie économique», indiquait à l'AFP Buti Manamela, secrétaire de la Ligue de jeunesse du Parti communiste, allié de l'ANC au sein du gouvernement. «Il y a eu des réussites, mais aussi des échecs majeurs, comme le chômage, la pauvreté et les inégalités».
C'est pourquoi, a promis le président Zuma devant quelque 3 500 délégués, «l'ANC doit démocratiser et déracialiser la propriété et le contrôle de l'économie en donnant du pouvoir à la communauté africaine et noire en général».
La domination blanche sur l'économie est un héritage de l'histoire, a rappelé M. Zuma : au moment des négociations avec le pouvoir blanc, pour organiser les premières élections multiraciales, l'ANC "a dû faire certains compromis dans l'intérêt national pour garantir la stabilité économique et la confiance".
Cette position du président Zuma donne tacitement raison au président zimbabwéen Robert Mugabe et au sulfureux leader des jeunes J. Malema.
Ainsi, pour éviter l'explosion de la première puissance économique du continent, il est plus qu'urgent de réécrire l'histoire de l'Afrique du Sud multiraciale en corrigeant, bien sûr, les erreurs du passé. Une façon de souligner que la réforme agraire et minière devient indispensable dans la nation arc-en-ciel.
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