Les affaires de vols de véhicules à Kinshasa, on en parle presque tous les jours, au point que c'est devenu des faits anodins qui n'émeuvent plus le commun des mortels. Cette insécurité presque saisonnière caractérisée par des braquages et des vols, affecte souvent les propriétaires des véhicules privés, rarement les voitures officielles et les autorités politico-administratives.
Et comme si impossible n'était pas congolais, mardi dernier, le véhicule officiel d'un membre du gouvernement Matata a été emporté par un «voleur» téméraire et futé.
Il s'agit du ministre de la Fonction publique, Jean-Claude Kibala. Toujours escorté par son garde du corps, il ne s'imaginait pas qu'il pouvait connaîetre une sale journée. Aussi curieux que cela puisse paraîetre, ce vol a été perpétré au Palais du peuple où une compagnie de la Brigade de garde et des équipes de policiers chargés de la sécurité des lieux et des députés, filtrent toutes les visites, inspectent les sacs, détectent aux rayons sur les visiteurs, la présence de la moindre épingle de cheveu, et tamisent les entrées et les sorties des véhicules. Un dispositif policier impressionnant susceptible de dissuader les petits voleurs.
Selon une source, le ministre de la Fonction publique est arrivé mardi 26 juin, de bonne heure au Palais du peuple, à bord de sa jeep officielle de marque Toyota Prado full option. Il y a précédé le Premier ministre Matata Ponyo attendu pour défendre devant l'Assemblée nationale, son projet de budget pour l'exercice 2012. Son véhicule officiel une fois garé au parking, il s'est rendu dans la salle des séances de l'Assemblée nationale, escorté par son garde du corps qui transportait ses documents divers. Jean-Claude Kibala, sûr de sa protection, a demandé au policier d'aller l'attendre au parking, pendant que lui rejoignait ses collègues, pour s'enquérir de l'ambiance électrique qui régnait dans l'hémicycle dans les milieux des députés de l'opposition décidés à descendre l'exécutif. Des heures plus tard, à la sortie de cette séance houleuse qui a procuré des frayeurs aux membres de l'exécutif, le ministre de la Fonction publique attendait devant le péron, le passage de son véhicule pour embarquer.
A sa grande surprise, seul le policier de garde était là. Joint immédiatement au téléphone, le chauffeur répondra qu'il faisait gonfler les pneus de la jeep au rond-point Kimpwanza à Kasa-Vubu. Et voilà que des minutes se succèdent, au point que l'impatience s'est muée en inquiétude. Le ministre va tenter de nouveau de joindre son conducteur. Cette fois, c'est le répondeur qui hésite sur le fonctionnement du portable de son correspondant qui est soit éteint, soit hors du périmètre cellulaire.
Une autre source a rapporté que le ministre Jean-Claude Kibala a piqué une sainte colère. Car, il aurait laissé dans cette jeep, une somme avoisinant 70.000 dollars et un montant important en francs congolais dont le chiffre exact ne nous a pas été communiqué. Et il ne s'expliquait surtout pas comment le policier de garde pouvait laisser le conducteur seul. S'il lui arrivait quelque chose, le policier ne serait pas là pour le protéger ou le défendre. Le «chien de garde» s'est plaint lui aussi d'avoir laissé dans la Toyota Prado, son revolver GP de calibre 9 millimètres et son arme Fa avec chargeur garni.
Pour cette gaffe, le ministre l'a soupçonné de complicité avec le chauffeur qui ne s'est plus manifesté. Suivi toutefois au rond-point, il est demeuré introuvable. Dans tous les postes de réparateurs des pneus, pas de traces du conducteur et de la jeep. S'étant rendu à l'évidence, Jean-Claude Kibala a alerté la police qui a répercuté l'information dans tout son réseau radiocommunication.
Ayant appris cette nouvelle, Le Phare a tenté vainement de joindre les collaborateurs du ministre pour en savoir davantage. Aucun d'eux n'était accessible. Aussi nous nous sommes contentés des informations recueillies ici et là, en attendant d'avoir de plus amples détails sur ce vol que l'on attribue au chauffeur sur qui pèsent de lourds soupçons.
La plainte contre le suspect numéro un dans ce vol, comme il faudrait le rappeler, a été déposée à l'OPJ de permanence rencontré à son poste de garde au Bataillon de la police d'investigations criminelles au camp Lufungula où nous venons d'apprendre que le policier de garde du ministre est mis sous examen.
Hier, très tôt le matin, pendant que des recherches étaient menées dans toute la ville de Kinshasa, un groupe des mamans cultivatrices habitant Kasangulu signalaient à la police du poste de péage de ce territoire, la découverte d'une jeep Prado presque neuve, sans plaques, abandonnée. Et les agents commis à ce point de péage relayeront à leur tour la nouvelle à la radio, au point que le centre de transmission radio va la répercuter dans tout le réseau de la police, suscitant ainsi quelques espoirs.
A la dernière minute, nous apprenons qu'une équipe d'enquêteurs de cette unité spécialisée du Commissariat provincial de la police ville de Kinshasa, a été dépêchée à Kasangulu pour vérifier si la Prado abandonnée au bord de la chaussée, serait le véhicule volé du ministre de la Fonction publique.
La question que beaucoup se posent est de savoir si, le véhicule officiel est retrouvé, il y a des chances de retrouver également le chauffeur, ainsi que les fonds du ministre Jean-Claude Kibala. Qu'est devenu le fameux conducteur dont on dit qu'il a fermé son téléphone portable pour des raisons qu'il est le seul à connaîetre ?
En attendant le retour des enquêteurs en mission à Kasangulu, à Kinshasa, les investigations se poursuivent. On laisse même entendre qu'une récompense pourrait être allouée à quiconque ramènerait vivant le fugitif.
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