Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Barrage d'Affiniam - Ces aménagements qu'attendent les populations

Au lendemain du Conseil des ministres délocalisé qui s'est tenu à Ziguinchor et des investissements annoncés, Sud présente le barrage d'Affiniam. Vingt-quatre ans après sa construction, en 1988, par les Chinois, dans le département de Bignona, il attend toujours les aménagements des terres.

Et ce n'est qu'en 2009 que la Banque mondiale a réagi en finançant, à hauteur d'un milliard F Cfa (deux millions de dollars), l'aménagement et la mise en valeur agricole de mille (1000) hectares de terres rizicoles.

Mais à cause de l'avis de non objection de la Banque mondiale et celui de l'Armp, les études de ce projet viennent juste de démarrer, du fait de ces lenteurs administratives.

Alors que la direction du barrage pensait être à la phase d'exploitation pendant ce présent hivernage. La construction du barrage a permis de protéger près de 12 000h ha, dont 5600 ha envahis par la langue salée et qui font l'objet d'un processus de dessalement et 5880 ha de terres douces.

De 70 millions par an, de 2002 à 2010, le budget de fonctionnement du barrage qui est de 45 aujourd'hui, a baissé de presque de moitié.

C'est suite à la grande sécheresse des années 1970, accompagnée de la diminution du volume des précipitations et la réduction de la durée globale de la saison pluvieuse, que le barrage d'Affiniam a été construit sur le marigot Bignona, un affluent de la rive droite du fleuve Casamance, long de 66 km.

Il faut indiquer que la réduction corrélative des ruissellements et de la recharge de la nappe ont, entre autres, entraîené une régression significative de la production agricole en général et singulièrement de la riziculture.

Ainsi, une remontée très spectaculaire de la langue salée, l'acidification des sols, le recul de la riziculture sur les zones hautes ont été enregistrés. « Depuis la fin des travaux, il n'y a plus de remontée de la langue salée.

Certes, il n'y a pas d'apport d'eau, c'est pendant la saison des pluies que le lessivage se fait. On ouvre les vannes et ça permet d'évacuer les eaux vers la base.

Au mois de septembre, en fin d'hivernage, on a deux à trois grammes de sel par litre, en amont du barrage, contre 60 grammes en aval de l'ouvrage », explique le Directeur du barrage d'Affiniam, Bilaly Keïta.

Tout a commencé en 1984

Les travaux du barrage d'Affiniam ont débuté le 30 novembre 1984 pour s'achever le 30 avril 1988, pour un montant de six (06) milliards de francs CFA, avant dévaluation.

Son directeur, Bilaly KeÃèta, explique que l'ouvrage a été construit en vue d'« empêcher la remontée des eaux salées en amont du barrage, tout en permettant l'évacuation en aval des eaux de drainage (issues du lessivage des terres salées) et des eaux de crues ;

dessaler progressivement les terres protégées en vue de leur mise en valeur ; maîetriser les eaux de ruissellement du bassin versant pour l'alimentation en eau des terres rizicultivées ».

Il s'agit aussi de « sécuriser et améliorer la production ; atteindre l'autosuffisance alimentaire ; augmenter le revenu du monde rural et de limiter l'exode rural ».

Le barrage d'Affiniam comprend un évacuateur de crues muni de cinq vannes de 10 mètres de largeur sur 7.2 mètres de hauteur, un passage d'embarcation : c'est une voie de navigation à pente inclinée qui permet le déplacement de pirogues dont le poids total en charge n'excède pas 23 tonnes.

Il est utilisé par les villageois de Diatock et autres qui se rendent à Ziguinchor. Le barrage a aussi un chenal de dérivation, d'une longueur de 1700 mètres qui relie l'ensemble constitué par l'évacuateur de crues et le passage d'embarcation au lit du marigot.

De même qu'un barrage de bouchure situé sur l'ancien lit du marigot, d'une longueur de 135 mètres et d'une hauteur de 7.5 mètres et une digue contre la marée d'une longueur de 3970 mètres.

Cette dernière barre la zone inondable de la vallée en amont du barrage, afin d'éviter le contournement des ouvrages par les eaux de crues ou la marée haute.

La construction du barrage a permis de protéger près de 12 000h ha, dont 5600 ha envahis par la langue salée et qui font l'objet d'un processus de dessalement et 5880 ha de terres douces dont une grande partie souffre de déficit hydrique.

« Après une vingtaine d'années de gestion du barrage anti-sel, beaucoup de terres douces rizicultivables situées en amont du barrage sont définitivement mises en défens et on note la reprise progressive d'anciennes parcelles abandonnées suite au déclenchement du processus de dessalement des sols, des eaux de surface et de la nappe phréatique.

Au vu de ces éléments encourageants, il est envisagé de capitaliser les acquis et d'intensifier la culture sur ces terres ainsi bonifiées », dira le patron du barrage.

Toutefois, ce dernier reconnaît que l'ouvrage à lui seul, ne permet pas d'assurer une mise en valeur correcte des terres, par un lessivage profond et prolongé et une submersion acceptable à la riziculture sur l'ensemble de l'étendue de la vallée.

L'obstacle de l'aménagement

L'aménagement de la vallée de Bignona s'est trouvé confronté jusqu'en 2009 à un obstacle majeur : l'absence de financement pour la mise en valeur des terres protégées par le barrage.

Ce qui explique la grogne des populations qui ne voient pas l'utilité de l'ouvrage, avec le non aménagement des terres. « Le problème qui se posait, après la construction de l'ouvrage, c'est l'aménagement.

Sans cela, les populations ne sentent pas l'importance de l'ouvrage. Pourtant ce barrage joue son rôle : il empêche la remontée de la langue salée, il permet de lessiver les terres attaquées par le sel. Mais il faut par contre mettre des aménagements en amont pour permettre de valoriser cet ouvrage », dit-il.

Et d'ajouter : « En principe, les populations nous critiquent parce qu'il n'y a pas d'aménagement, c'est pourquoi elles pensent que cet ouvrage ne répond pas à leurs attentes. Si les gens parviennent à repiquer sur le lit majeur, c'est grâce au barrage ».

L'ingénieur en génie rural, Ousmane Camara, membre de la Cellule d'Aménagement hydro agricole de la vallée de Bignona (Cahvb) ramène le problème à la communication :

« Il y a manque de communication. Aller communiquer avec les populations, cela nécessite des moyens, c'est ce qui fait défaut. Il faut avoir des spécialistes pour pouvoir travailler avec les populations. Or, ces dernières aiment des choses concrètes.

Dans le cadre d'un aménagement qui n'a pas été suivi par des actions complémentaires, c'est souvent difficile d'aller chez les populations de leur dire des choses qu'elles ne voient pas.

Vous savez chez le Casamançais, on juge par les faits et non par la parole. Tout ce qu'on dit est laissé en suspens jusqu'à ce qu'on ait la preuve. Et tant qu'on n'a pas les moyens, il faut éviter d'aller chez les populations, car ça peut être contreproductif », soutient le technicien.

La Banque Mondiale à la rescousse

Le financement de la Banque mondiale est donc salutaire pour que les populations vivent véritablement des fruits du barrage. Précisons que c'est dans le cadre du Programme national d'autosuffisance en riz (Pnar), que le gouvernement du Sénégal a obtenu de la Banque mondiale un financement de deux millions de dollars (environ un milliard de francs CFA) en vue de la mise en place du projet : Promotion de la culture intensive de riz dans la vallée de Bignona.

Les études portent sur l'aménagement et la mise en valeur agricole de mille (1000) hectares de terres rizicultivables ; l'élaboration du schéma directeur de la vallée de Bignona.

De même que l'étude jusqu'au dossier d'appel d'offres sur cinq mille (5000) hectares. Le plus important ici est de disposer d'une banque de données et de pouvoir passer à des travaux dès qu'un financement est disponible.

Cependant, à cause des lenteurs administratives liées à l'avis de non objection de la Banque mondiale et de celui l'Arnp, les études viennent tout juste de commencer. La Direction du barrage pensait être à la phase d'exploitation pendant cet hivernage.

Quant aux financements des 5000 ha, ils ne sont pas encore disponibles. « Tout bailleur de fonds est bienvenu. Et nous comptons beaucoup sur l'Etat pour qu'il puisse attirer autant que possible les bailleurs de fonds vers ce projet qui est alléchant.

Ces 5000 ha à aménager permettront de passer de 0,8 tonne à l'hectare à 3,5 voire 4 tonnes à l'hectare. C'est énorme pour l'autosuffisance alimentaire », lance l'ingénieur Ousmane Camara.

L'aménagement des 1000 ha permettra l'érection de digues de rétention, en vue d'assurer la maîetrise de l'eau. Ainsi, les populations pourront s'adonner tranquillement à la riziculture.

En plus, il y aura la possibilité de contrôler le plan d'eau au niveau de ces ouvrages, soutient le directeur du barrage. Non sans préciser que le barrage d'Affiniam n'est pas un réservoir, donc on ne peut pas stocker une quantité d'eau pour faire de l'irrigation.

« C'est juste pour que pendant la saison des pluies les populations puissent disposer d'une eau qui leur permette d'assurer l'opération rizicole.

Mais ce n'est pas un barrage de stockage qui permet de faire une double culture », dit-il. Ousmane Camara va plus loin : «Il faut faire des digues. Sur le marigot, vous avez des bras un peu partout, entre Diatock et Bagaya, et Mandéguène, et Balinhor etc.

Ces petits bras sont relativement hauts par rapport au marigot. Quand il pleut, tant que le niveau est bas, comme c'est le cas aujourd'hui, toutes les eaux vont se drainer pour venir remplir le lit mineur. Pendant ce temps, il restera toujours des zones relativement sèches, mais qui ne sont pas submergées.

Il faut alors du temps pour que ces zones aient de l'eau pour que les populations puissent repiquer du riz. Dans ces zones, qu'on le veille ou non il y a encore des traces de sel.

Tant qu'on ne crée pas une sorte de digue pour arrêter l'eau de manière à permettre au sel qui se trouve dans ces rizières de se diluer dans l'eau, ça laissera toujours des traces de sel. On n'aura pas des possibilités de stocker de l'eau pour permettre au riz de boucler son cycle.

Donc, les populations sont handicapées ». Mais la situation d'avant barrage avait aussi ses inconvénients : « Tant qu'il n'y avait pas de barrage, avec le phénomène de montée de marées, plus ou moins, il n'y avait pas autant d'assèchement. Sauf que l'inconvénient, c'est de l'eau salée qui monte.

Aujourd'hui, avec le barrage, on empêche à l'eau salée de monter et on crée un phénomène d'assèchement. Mais s'il est accompagné d'aménagements secondaires, on va accélérer le phénomène de submersion, de lessivage en termes de temps et permettre d'assurer un système de conservation des eaux de niveau de submersion assez long jusqu'à ce que le riz ait bouclé son cycle », explique l'ingénieur.

7000 ha de terre récupérés

Les techniciens indiquent que la plupart des terres qui étaient perdues avant le barrage à cause de la sécheresse des années 70, ont été récupérées de 70 à 80%. Et M. Camara de souligner : « Le sel recule de plus en plus.

Si vous allez dans la zone de Bignona, on produit du riz, alors qu'avant, jusqu'à trois Km à l'intérieur, c'était impossible. C'est le cas, en aval, dans les zones de Diourou, Balingore, Tendimane, Colomba, dans la Niamone, les terres ont été récupérées. Nous sommes convaincus que l'aménagement secondaire est plus que nécessaire.

Construire un barrage ne suffit pas, il faut aller au-delà, créer de petits ouvrages, à dimension paysanne, et qui permettent de récupérer le peu de terres qui restent, de lessiver le sel résiduel, les éléments toxiques ». Tout en indiquant que « La Casamance est une zone où les terres sont toxiques.

Ce n'est pas seulement le sel, il y a le fer, l'aluminium et beaucoup d'autres phénomènes combinés qui font que la riziculture rencontre parfois des difficultés. Mais tant qu'on a ces aménagements, on règle l'ensemble de ces problèmes et contraintes et on produit beaucoup de riz dans ces conditions ».

En amont du barrage, il y a différents bras sur lesquels on peut faire des aménagements et assurer une pérennisation de la riziculture. Il est donc prévu, dans ce cadre, de faire des endiguements de manière à protéger les rizières. Ainsi, sur les 12 000 ha, les 6000 ha salés vont demander un aménagement particulier.

« Cela permettra de relever le rendement qui gravite aujourd'hui autour de o, 8oo kg à 1.100 kg/ha. On peut l'amener à 3 0 4 tonnes à l'hectare. Cet investissement qui n'est pas aussi lourd que celui du Fleuve, peut permettre de booster la production », note l'ingénieur en génie rural.

Pourquoi ?

Pourquoi les Chinois n'ont-ils pas attaqué les aménagements aussitôt après la construction du barrage ? A cette question, le directeur de l'ouvrage répond : « Dans l'urgence, on pensait qu'il fallait faire l'ouvrage, arrêter la langue salée et passer, ultérieurement, à la phase aménagement et négocier avec les Chinois. Sinon, ces derniers ont fait des tests dans la Vallée qui ont réussi, avec des variétés à cycle court.

Vous savez, il y a eu la rupture avec la chine (Taiwan). Depuis la reprise en 2005, bien que l'Etat du Sénégal ait adressé plusieurs correspondances à la République populaire de Chine, on attend toujours leur réaction. Après la reprise, l'ambassadeur de Chine est toutefois venu à Affiniam ».

Avec la rupture des relations diplomatiques, il y a eu flottement, avant que l'Etat ne vienne à la rescousse pour donner les moyens d'entretenir cet ouvrage.

Des techniciens formés par les Chinois se chargent de la maintenance. Quand ce sont des travaux qui nécessitent des apports extérieurs, c'est à Ziguinchor que l'on va chercher des techniciens assez outillés pour faire le travail.

Le coût de l'ouvrage est de 6 milliards F Cfa avant dévaluation. C'était un prêt, mais quand les Chinois ont repris la coopération, ils l'ont transformé en don pour notre pays.

Précisons que l'aménagement hydro agricole et la mise en valeur agricole concernent les arrondissements de Tendouck, Tengory et Sindian, à travers les communautés rurales de Mangagoulack, de Balingore, de Niamone, de Tengory, de Sindian et de Diégoune.

Au total près de quarante villages et quartiers sont polarisés, dont Affiniam, Diatock, Bagaya, Mandégane, Balingore, Djimande, Tendimane, Djimakakor, Diourou, Koutenghor, Soutou, Niassarang, Piran, Boutolat.

La construction du barrage a aussi permis le désenclavement de la zone et facilité le contact et les échanges entre les populations des deux rives du marigot.

Il est permis de rêver

La construction du barrage et le non aménagement des terres ont donné lieu à toutes sortes de supputations. Certains commentaires laissent entendre que des puits sont envahis par le sel à cause de l'ouvrage.

Ce que balaie d'un revers de main le Directeur du barrage : « Vous savez, les gens disent des choses qui ne sont pas tout à fait vraies. Même si vous êtes dans une zone où il n'y a pas de barrage, vous verrez que les eaux souterraines ont baissé à cause de la sécheresse. Donc, ce n'est pas lié aux problèmes du barrage.

On ne peut pas lier le phénomène à l'existence du barrage, mais plutôt à la nappe phréatique », explique Bilay Keïta. Mais techniciens refusent de se focaliser sur ces commentaires et voient dans l'horizon de la riziculture casamançaise un point lumineux avec la construction de ce barrage. « L'avenir est dans l'adoption de nouvelles techniques de production. Nous sommes restés dans le système diola ancien, rigide.

Les terres sont morcelées en petites unités. Même si on veut introduire la petite motorisation, on va avoir des problèmes pour passer d'une parcelle à une autre. Tous ces facteurs vont demander un bouleversement énorme.

Et c'est dans ce sens que nous sommes en train de chercher des financements pour aller dans une phase supérieure, celle qui consiste à travailler avec la main d'oeuvre disponible.

Il ne faut pas rêver d'avoir les jeunes, ils n'ont plus ce temps et l'aspiration », dira Ousmane Camara. Il ajoute : « Nous rêvons de voir dans cette Casamance des entrepreneurs investir la riziculture, comme au Nord du Sénégal.

Quand vous allez à Saint-Louis, Podor et Matam, vous trouvez de vrais entrepreneurs agricoles, qui investissement et ont suffisamment d'intrants pour avoir des rendements énormes et se faire des bénéfices.

Malheureusement, cela n'existe pas en Casamance où le système familial de subsistance est très dominant ». Ce rêve n'est possible que si on ose briser certains tabous.

Pour les techniciens, il faut nécessairement un certain remembrement, puisque la dispersion des parcelles ne favorise pas la mécanisation.

L'ingénieur en génie rural donne cet exemple pour illustrer son propos : « Si tu louais un motoculteur pour cultiver tes champs placés, en amont, en aval, à la rive gauche et droite.

Le motoculteur va cultiver, peut-être en une heure, la première parcelle. Mais, il lui faut combien de temps pour accéder à la deuxième parcelle, alors que tu l'as loué pour juste une journée pour cultiver l'ensemble des parcelles.

Mais quand les parcelles sont dispersées, sans voie de communication entre elles, est-ce que la location du motoculteur va servir à grand-chose ? Il perdra beaucoup plus de temps à aller dans une autre parcelle qu'à cultiver la parcelle elle-même.

Ce n'est pas rentable », dit-il. Pour lui, le changement des mentalités n'est pas loin. « Il faut, tôt au tard, que les gens se disent : nous travaillons pour manger correctement, pour gagner de l'argent.

Quelque part, ceux qui achètent le riz pour qu'à la maison on puisse manger, un jour ils se rendront compte qu'acheter du riz, n'est pas la solution.

Ils se diront peut-être qu'en achetant un motoculteur, les gens peuvent se débrouiller. Ils pourront eux-mêmes rembourser le motoculteur. Parce qu'ils auront travaillé suffisamment, vendu une partie du riz ».

Les pesanteurs sociologiques

Les choses ne seront pas si simples. « Ça va être très compliqué. C'est là où l'encadrement, la sensibilisation sont nécessaires et indispensables.

Il faut de l'expertise pour pouvoir communiquer avec les populations pour les amener à faire la part des choses, entre ce que le système dans lequel ils sont, apporte comme misère, et les avantages que le changement va apporter. Pas loin d'ici, on peut trouver des gens qui ont déjà fait leur preuve dans ce domaine.

Les Baïnouk du Niamone sont en avance, parce qu'ils sont dans la phase de l'utilisation des charrues. Ils mettent même l'accent aujourd'hui sur le motoculteur plutôt que sur la paire de boeufs. Les autres sont en train de voir.

Mais si on leur permet d'aller voir ce que le voisin est en train de faire, peut-être qu'on finira par tourner le dos au tabou qu'il y a sur l'utilisation de l'animal.

Le Diola a du mal à faire travailler l'animal, parce qu'il considère que c'est un être vivant qui respire comme lui et cela le gêne beaucoup », note le technicien.

Il soutient que le remembrement systématique n'a pas de chance d'être accepté par les populations. « Si on engage le remembrement systématique, ce n'est pas évident qu'on l'accepte.

Sur le plan sociologique, la répartition des terres dans un village est faite en tenant en compte de l'équité dans les risques. Quand, dans une saison il pleut beaucoup, les terres qui bénéficient de l'hivernage, sont celles qui sont hautes.

Les personnes qui ont ces terres vivront une vie merveilleuse. Mais les années où il ne pleut pas beaucoup, ce sont les rizières profondes qui bénéficient de l'hivernage. Pour créer de l'équilibre et l'équité dans la société, on donne à chacun une parcelle dans la partie haute et les parties moyenne et profonde.

Ce système a l'avantage de créer une cohésion sociale », souligne Ousmane Camara qui indique la voie à suivre : « Dans un premier temps, il faut donner la voie d'accès aux motoculteurs. Nous regardons là où les digues sont relativement droites, une sorte d'alignement des parcelles, on demande de les élargir( les digues) à 2 mètres de large, au lieu d'un mètre.

Chacun perd dans sa parcelle 80 cm à un mètre de largeur. Ça permet à la machine d'entrer et de sortir très vite. Si on le fait, c'est un pas de gagné. Cette formule n'est pas tombée du ciel. Elle est déjà expérimentée par les Chinois de Taïwan qui étaient passés il n'y a pas longtemps.

Dans les zones où ils ont réussi à convaincre les populations, ils ont refusé de travailler sur des parcelles dispersées, mais sur celles qui ont des dimensions uniformes : 50m/50m. Ils ont remplacé les diguettes par des piquets qui ont permis d'identifier les parcelles de chacun et les Chinois ont pu ainsi sortir des parcelles uniformes ».

Le barrage emploie six personnes chargées de la maintenance des ouvrages. Le directeur du barrage est nommé depuis 1987. Des experts en génie rural et en agro-économie sont nommés depuis le lancement de la phase d'aménagement.

Le budget de fonctionnement du barrage est de 45 millions par an. Il était de 70 millions de 2002 à 2010.

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