Le verdict du procès de Moumouni Nacanabo dit Youmoré est tombé, le mercredi 27 juin 2012, au Tribunal de grande instance (TGI) de Ouahigouya. Il a été jugé coupable de faits d'injures publiques et condamné à payer une amende de 100 mille FCFA.
Au TGI de Ouahigouya, ce mercredi 27 juin 2012, l'atmosphère était inhabituelle à partir de 7h30. A un jet de pierre du palais de justice, sont postés des éléments de la gendarmerie dans un pick-up tandis que deux autres véhicules sont perceptibles dans l'enceinte du palais.
Tous veillent au grain. A l'entrée de la cour du palais, un « mur » composé essentiellement des éléments de la Garde de sécurité pénitentiaire (GSP) a été dressé, mais ceux-ci ne procèdent pas à une fouille corporelle des arrivants. Petit à petit, la salle d'audience se remplit. Les GSP ont été entre- temps, obligés de bloquer l'accès à la salle, faute de place.
Ce jour 27 juin, le TGI avait deux dossiers à son ordre du jour, mais le premier a été renvoyé à l'audience du 11 juillet 2012. Le deuxième dossier est celui tant attendu, l'affaire Moumouni Nacanabo qui a défrayé la chronique ces derniers temps, dans la cité de Naaba Kango. A l'image d'un dossier brûlant, c'est lui qui a drainée la foule insolite au palais.
On aurait appris que depuis le lundi 25 juin, Moumouni Nacanabo a réintégré la Maison d'arrêt en attendant son procès. Le président du TGI de Ouahigouya, Djatiné Sami Evariste Sou, a tenu à rappeler d'abord au prévenu les faits qui lui sont reprochés.
En effet, M. Nacanabo comparaîet devant le Tribunal pour répondre des faits d'injures publiques proférées à l'encontre du substitut du procureur, Adama Ouédraogo, sur les antennes d'une radio locale.
Le président du Tribunal a, ensuite, voulu savoir si le substitut du procureur a injurié le prévenu, s'il lui a manqué de respect ou s'il a eu une attitude provocatrice à son égard. A toutes ces interrogations, le sieur Nacanabo dit Youmoré a répondu par la négative.
Par conséquent, il plaide coupable. Pour sa défense, celui-ci dit n'avoir pas grand-chose à dire. « J'ai fait une faute, je reconnais mon tort et je demande pardon, au nom de Dieu », a-t-il déclaré.
Et d'ajouter qu'il était intervenu pour régler une affaire de mariage qui a mal tourné. « L'affaire dont nous avons été saisi est une affaire de famille et non de mariage », a répliqué le président du tribunal.
Reprenant quelques propos de M. Nacanabo tenus sur les antennes, le procureur du Faso près le TGI de Ouahigouya, Arsène Francis Sanou, les a qualifiés de « graves ». Pour lui, ces faits portent atteinte à l'institution judiciaire qui se veut être républicaine. Et d'ajouter, lui aussi, qu'il ne faut pas faire d'amalgame car cette affaire est purement judiciaire.
Un procès qui finit en queue de poisson
Pendant que l'assistance avait l'attention portée sur les débats dans la salle d'audience, un brouhaha se faisait entendre dehors. Un groupe d'individus surexcités tente de forcer l'accès à la salle, contrôlé par les GSP.
Par deux fois, un GSP est allé souffler des mots aux oreilles du président du tribunal et du procureur plongeant quelque peu l'assistance dans l'embarras. Des coups de sifflets se sont fait même entendre.
Par moments, on a cru que l'audience allait être suspendue, tellement le bruit était devenu insupportable. Une situation qui a amené le tribunal à réagir. « Si vous voulez qu'on finisse avec cette affaire, il va falloir se calmer.
C'est dans l'intérêt de tout le monde qu'on a fait l'effort de sonoriser la salle », a laissé entendre le procureur. Comme pour joindre l'acte à la parole, le tribunal a fait changer l'interprète du jour avec une injonction de parler fort dans le micro. Mais ce dispositif ne produira pas d'effet, puisque les cris et les menaces ont persisté dehors.
Comme une course contre la montre, le tribunal a vite fait de livrer le verdict. Avant de déclarer qu'il était obligé d'interrompre ses réquisitions, au regard de la situation. Le procureur a souligné que la justice est pour tout le monde et qu'elle doit rester sereine pour pouvoir poursuivre son œuvre.
Il a, en outre, demandé que le tribunal inflige à Moumouni Nacanabo dit Youmoré la sanction qui sied. C'est ainsi qu'il a été déclaré coupable d'injures publiques et condamné à payer une amende de 100 mille FCFA avec des mises en garde que de tels comportements ne se reproduisent plus.
Pour le président du Tribunal, qui dit ne pas refuser le pardon du prévenu, ce procès n'est pas pour le honnir, mais pour clarifier les faits. L'audience a pris fin dans un tohu-bohu généralisé. Les supporters du Youmoré refusent de quitter le palais, tant qu'ils ne le voient pas. Pour cela, ils exigent qu'on le fasse sortir, séance tenante.
Des voix s'élèvent de partout pour proférer des injures et des menaces. Certaines indiscrétions affirment que M. Nacanabo risque d'être transféré discrètement à Ouagadougou. Dans ce climat délétère, les forces de l'ordre ont été obligées d'intervenir par des jets de gaz lacrymogène pour disperser la foule.
Les intrépides répliquent par des jets de cailloux. Et c'est parti pour des courses-poursuites à travers la ville. Le Youmoré, quant à lui, est escorté en héros jusqu'à la grande mosquée où la foule a exprimé sa joie. D'autres détracteurs ont continué au palais royal pour manifester leur colère. La ville, elle, donnait l'allure d'une ville morte, puisque tous les commerces sont restés fermés dans la matinée. Le calme est revenu dans l'après-midi et les populations vaquaient de nouveau à leurs occupations.
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