Le Pays (Ouagadougou)

Mali: Groupes armés et populations du nord - L'impossible cohabitation

Photo: Phuong Tran/IRIN
Des combattants touaregs au Nord du Mali.

Gao, la capitale temporaire de l'Azawad, du nom de ce territoire transnational revendiqué par les indépendantistes du Nord-Mali, est sous tension.

Car à peine a-t-on fini de pleurer le cadavre d'Idrissa Oumarou, le conseiller local abattu froidement par des inconnus le 25 juin dernier, que l'on assiste à une levée de boucliers des populations et à des affrontements entre islamistes et rebelles.

Des jeunes, visiblement dépités par le comportement des nouveaux maîtres de la localité, ont pris d'assaut les rues de la ville pour manifester leur ras-le-bol face à ce que d'aucuns considèrent comme un crime politique lâche.

A la précarité des conditions de vie, s'ajoute désormais une grave crise sécuritaire manifestement ourdie par les différents groupes armés qui se livrent depuis peu à une guerre de positionnement par populations interposées.

En tout cas, les habitants du Nord-Mali n'entendent pas se laisser conter fleurette, si fait qu'ils n'ont pas hésité à briser la chape de peur qui pesait sur eux pour défier, et ce avec les mains nues, les nouveaux maîtres de la zone.

Preuve si besoin en est encore de l'impossible cohabitation entre les groupes armés et les populations du Nord qui, ni plus ni moins, ne demandent que la restauration de l'Etat malien.

C'est peut-être le début d'une révolte des opprimés qui pourra in fine libérer le Nord-Mali des mains des irrédentistes et des islamistes ; étant entendu que la communauté internationale renâcle jusque-là à intervenir militairement.

Ce n'est pas exclu puisque rien ne peut s'opposer à la volonté d'un peuple décidé à prendre son destin en main. Et pour autant qu'elles veuillent éviter toute récupération de leur lutte, les populations du Nord-Mali, doivent se démarquer des frasques du MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest) qui joue les protecteurs.

C'est du reste une attitude scélérate qui crédite l'hypothèse selon laquelle les islamistes ont orchestré le meurtre de l'élu local pour décrédibiliser le MNLA qui, de plus en plus, se positionne en un allié incontournable de la communauté internationale pour une sortie de crise au Nord-Mali.

Peut-être, et on l'espère, que cela poussera les responsables du MNLA à diligenter une enquête dans la mesure où le crime a été perpétré dans une ville qu'ils disent contrôler pour en avoir fait une capitale. Toute chose qui paraîetra pour le moins difficile puisque les islamistes semblent avoir gagné du terrain à l'issue des affrontements d'hier mercredi 27 juin 2012.

En tout cas, pour l'heure, on attend de voir ce que les chefs d'Etat de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) annonceront comme décisions, à l'issue du 41e sommet qui se tient, ce jeudi 28 juin 2012, à Yamoussoukro en Côte d'Ivoire.

Peut-être que la récente flagellation d'un couple sur la place publique, le lâche assassinat d'un élu local et les affrontements entre groupes armés finiront par émousser la sympathie des têtes couronnées de la sous-région et mettre des bornes à leur patience.

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