L'islamiste Mohamed Morsi a prêté officiellement serment samedi comme premier président non issu des rangs de l'armée, et le Conseil suprême des forces armées (CSFA), à qui Hosni Moubarak avait confié les rênes du pays lors de sa démission en février 2011, lui a remis le pouvoir exécutif ;
ce qui n'empêche pas qu'il soit sous l'étroite surveillance de la junte militaire, qui s'est octroyé un droit de veto sur toute loi, toute mesure budgétaire et sur la rédaction de tout article de la future constitution.
Issu des Frères musulmans, le nouveau président, lui, s'appuie sur sa légitimité populaire avec 51,7% des suffrages et compte former un gouvernement civil d'ouverture, dirigé par une personnalité indépendante, neutre, pour élargir ses soutiens face aux militaires.
"Vous êtes la source du pouvoir et de la légitimité, qui est au-dessus de tout le monde. Il n'y a de place pour personne, pour aucune institution au-dessus de cette volonté", "je ne renoncerai à aucune des prérogatives du président", a-t-il dit avec force à ses partisans à sa prestation de serment symbolique de vendredi au Tahrir square en semblant tout aussi bien s'adresser aux militaires.
En attendant, l'armée a remis le pouvoir au nouveau chef de l'Etat lors d'une cérémonie sur une base militaire (celle d'Heikstep), et Morsi a finalement prêté serment, officiellement cette fois-ci, devant la Haute Cour constitutionnelle, conformément à la "Déclaration constitutionnelle complémentaire", récemment adoptée par l'armée, et comme l'exigeait cette dernière ;
les Frères musulmans, qui avaient qualifié cette déclaration de coup d'Etat, réclamaient, eux, que la prestation de serment ait lieu devant l'Assemblée dissoute, qu'ils considèrent toujours comme légitime ; dans le bras de fer Armée / présidence, les islamistes enregistrent donc leur première défaite.
Mutatis mutandi, Hang San Suki, ex-dissidente birmane, n'a-t-elle pas également avalé une couleuvre des militaires pour pouvoir prêter serment après sa récente élection comme député ? Conséquence de cette reculade de Morsi : des révolutionnaires, tels les jeunes du 6 Avril-Front démocratique, ont annoncé leur départ de la place Tahrir ;
c'est que ces manifestants de la place Tahrir ignorent qu'en Egypte, historiquement parlant, c'est l'armée qui est la source du pouvoir et qu'elle pèse beaucoup, et dans l'économie du pays, et sur sa politique extérieure : ainsi, dans la zone du Sud-Sinaï, les militaires dirigent de nombreuses activités touristiques.
Par ailleurs, l'armée serait présente dans les secteurs économiques suivants : l'armement, les infrastructures avec la construction de routes et d'écoles, la production électronique, les services de l'aviation, du tourisme et de la sécurité, l'agroalimentaire :
contrairement à la boulangerie du camp Guillaume, qui produit surtout pour la consommation des militaires, celles de l'armée égyptienne n'approvisionnent-elles pas tout le pays ?
La Grande Muette du "don du Nil" emploierait même entre 10 et 20% de la population, de même que 20% de la production agricole du pays lui serait due. Quant aux industries militaires, bien que dirigées par des officiers, elles emploient aussi des civils.
Son orientation ou sa détermination de la politique extérieure s'explique ne serait-ce que par le fait que les dépenses militaires sont, notamment, financés par des accords avec l'étranger et grâce à l'aide américaine.
Depuis 1952 avec le coup d'Etat des Officiers libres, le pouvoir semblant n'être jamais revenu aux civils, le leur reviendra-t-il à la faveur de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence ?

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