Sidwaya (Ouagadougou)

Afrique de l'Ouest: 41e sommet de la CEDEAO - Les chefs d'Etat exigent le retour des militaires dans les casernes

Photo: Sidwaya
Les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)

La 41e session ordinaire de la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a pris fin, le 29 juin 2012 à Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire.

Les 16 chefs d'Etat et de gouvernement ouest-africains ont pris d'importantes décisions visant à ramener la paix au Mali et en Guinée-Bissau et à propulser le développement économique de la sous-région.

Les chefs d'Etat ont, dans le communiqué final qu'ils ont adopté, condamné les actes perpétrés contre le président par intérim du Mali, Diouncounda Traoré et ont demandé aux autorités maliennes de faciliter son retour afin qu'il exerce sa fonction. Ils ont prévu des sanctions ciblées contre tous ceux qui entraveraient le processus de transition.

Le sommet a décidé de l'envoi immédiat d'une mission technique au Mali en prélude au déploiement de la force militaire ouest-africaine. La CEDEAO a aussi réitéré sa détermination à ne pas tergiverser sur l'intégrité territoriale du Mali et à ne pas négocier avec les organisations terroristes.

Elle s'est résolue à aider le Mali dans le rétablissement de l'autorité de l’État sur l'ensemble du territoire malien. Les chefs d’État ont soutenu ne pas reconnaître la junte militaire et exigent le retour des militaires dans les casernes. Aussi, la CEDEAO a retiré au capitaine Amadou Sanogo, son statut d'ancien chef d’État.

Enfin, les chefs d'Etat de la CEDEAO ont exhorté le Conseil de sécurité de l'ONU à accélérer le processus pour la prise d'une résolution autorisant le déploiement des troupes au Mali.

Le président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, a rassuré que le Conseil de paix et de sécurité a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies d'entériner d'urgence le déploiement envisagé d'une force de la CEDEAO et d'apporter son plein appui aux efforts entrepris à cet effet.

M. Ping a néanmoins clarifié les missions de ce contingent militaire. Il s'agira pour cette force d'assurer la sécurité des institutions de la transition, de restructurer et de réorganiser les forces de sécurité et de défense du Mali, de restaurer l'autorité de l'Etat sur la partie-nord du pays et lutter contre les réseaux terroristes et criminels.

Mais cette force d'intervention, si elle venait à être effective, ne sera déployée sur le terrain qu'après épuisement de toutes les voies de recours, a affirmé le ministre des Affaires étrangères du Burkina, Djibrill Bassolé. « Les chefs d'Etat, tout en privilégiant le dialogue comme moyen de résolution de cette crise, veulent aussi mettre un accent particulier sur la préparation de cette force d'intervention.

Il reste entendu que la nature des menaces qui sévissent dans le nord du Mali incite à trouver toute solution. Nous espérons ne pas la déployer sur le terrain pour ne pas faire usage de la force. Nous souhaitons que ces éléments puissent être déployés dans le cadre de la mise en œuvre d'un accord. Mais si la menace venait à être persistante, nos forces pourront alors intervenir pour éradiquer ce phénomène », soutient M. Bassolé.

La Guinée-Bissau préoccupe aussi

Pour cela, les chefs Etat ont souhaité que les pourparlers se poursuivent avec les différentes parties prenantes, selon le ministre Bassolé. « Le médiateur, Blaise Compaoré, a fait une évaluation de la situation à ses pairs sur la situation au Mali.

Il a été convenu après les échanges que le groupe de contact qui a été créé pour suivre ce dossier se réunisse à Ouagadougou, probablement cette semaine, pour interagir avec les forces vives, les partis politiques et la société civile malienne afin de pouvoir réorienter la transition et élargir la base et les assises politiques des instances dirigeantes de cette transition.

Le médiateur, Blaise Compaoré, jouera sa partition jusqu'au bout, celle d'assister les différentes parties afin de les amener à adopter le dialogue comme moyen de résolution de cette crise », a précisé le ministre Bassolé. D'ores et déjà, Le médiateur dans la crise malienne a fait le bilan de sa médiation aux chefs d'Etat.

Il ressort que « le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et Ansar Dine ont affirmé leur volonté de s'engager dans la voie d'une résolution négociée par l'entremise de la CEDEAO avec l'implication de la Mauritanie et de l'Algérie et le soutien de la communauté internationale ».

Le médiateur envisage de poursuivre les négociations afin d'amener les mouvements armés à renoncer à la partition du pays et à collaborer avec les groupes terroristes et extrémistes religieux.

Pour le médiateur Blaise Compaoré, il faut privilégier le dialogue comme solution aux crises. Toutefois, il a précisé dans son rapport de médiation qu'il a présenté aux chefs d'Etat que « les impératifs de la sécurité nous commandent de renforcer les capacités opérationnelles de nos forces d'intervention et d'adapter l'usage de la force à l'évolution du processus de paix ».

Outre le Mali, les chefs d'Etat se sont penchés sur la situation en Guinée-Bissau. Il a été recommandé de poursuivre les consultations entre tous les acteurs internationaux concernés afin de faciliter une approche coordonnée et un soutien concerté aux efforts de la CEDEAO. Ces efforts visent à rétablir l'ordre constitutionnel, à parachever la réforme des secteurs de la défense et de la sécurité et à lutter contre le trafic de drogue et l'impunité.

De gros projets en vue

En plus des questions sécuritaires, le 41e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO a pris des décisions pour la réalisation de grands projets intégrateurs qui seront mis en oeuvre dans les brefs délais dans la sous-région.

Il s'agit des projets de renforcement des capacités de production et de distribution de l'énergie des Etats membres de la CEDEAO et la construction d'infrastructures de transport et de communication.

Le sommet a été l'occasion pour le nouveau président de la Commission de la CEDEAO, Kadré Desiré Ouédraogo, désigné à la dernière session ordinaire de l'organisation, de prêter serment. L'élu du jour a dévoilé, pendant son investiture, ses priorités pour les 4 ans que durera son mandat.

Elles portent sur la consolidation de la paix, la démocratie et le respect des droits humains, l'accélération de l'intégration régionale, la promotion de la prospérité économique et la recherche de nouveaux partenariats pour faire face aux défis de la mondialisation.

Le président en exercice de la CEDEAO, le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, lui a prodigué ses encouragements et l'a invité à faire de la CEDEAO, « une CEDEAO des peuples ».

Il a appelé ses pairs à relever les nombreux défis qui se présentent à l'Afrique. C'est sur une note d'optimisme que le président ivoirien a achevé son discours lors de la cérémonie d'ouverture du 41e sommet de la CEDEAO. « J'ai foi en la CEDEAO, en son avenir et en sa place en Afrique et dans le monde.

J'ai foi en sa capacité à faire entendre sa voix sur les grandes questions de la planète et à contribuer à construire une Afrique moderne. C'est conscient de ces atouts que je suis certain du rôle diplomatique et politique que saura jouer notre organisation commune, pour notamment faire entrer l'Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies en qualité de membre permanent ».

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