Photo: Sidwaya La 41e session ordinaire de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), tenue les 28 et 29 juin 2012 à Yamoussoukro en République de Côte d'Ivoire, s'est essentiellement penchée sur les questions économiques de la sous-région et sur les crises maliennes et bissau-guinéenne.
Au terme de leurs travaux, les têtes couronnées de l'Afrique de l'Ouest ont décidé d'accélérer le déploiement de la Force en attente de la CEDEAO au Mali. Ils ont également décidé de l'envoi immédiat d'une mission technique d'évaluation au Mali à l'effet de préparer le terrain en vue de l'arrivée imminente de cette force et de suspendre les sanctions globales imposées à la Guinée Bissau.
Après un huis-clos qui aura duré plus de trois heures, les chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO sont sortis de leur somptueuse salle de la Fondation Félix Boigny pour la paix, sans livrer un communiqué final comme cela avait été prévu.
Mais qu' à cela ne tienne, les grandes décisions de ce sommet sont, entre autres, l'accélération du déploiement de la Force en attente de la CEDEAO au Mali, la ferme condamnation des tentatives de certaines forces sociopolitiques marginales au Mali visant à entraver le bon déroulement de la transition politique en cours, en particulier l'attaque violente perpétrée le 21 mai 2012 contre le président par intérim, Dioncounda Traoré, la campagne visant à freiner le déploiement des troupes de la CEDEAO et à imposer des leaders, ainsi que l'incitation à la désobéissance et à la violence par certaines factions de l'armée, de la classe politique et des médias partisans.
Aussi, la Conférence a instruit la Commission de faciliter le retour rapide au Mali du président par intérim afin qu'il reprenne ses fonctions et a exprimé sa non-reconnaissance du CNRDRE ( Comité national de redressement de la démocratie et de restauration de l'Etat) et du statut d'ancien chef d'Etat conféré au capitaine Amadou Sanogo.
Elle exige le retour des militaires dans les casernes pour se consacrer à leur mission régalienne de défense de l'intégrité territoriale du pays et décide de prendre automatiquement des sanctions ciblées et générales déjà définies, à l'encontre de toute personne ou groupe qui ferait obstacle à la mise en œuvre des décisions de la CEDEAO.
La Conférence a également décidé de suspendre les sanctions globales imposées à la Guinée Bissau et de maintenir le pays sous surveillance pour un retour définitif de la normalité constitutionnelle. Les agressions terroristes perpétrées par Boko Haram au Nigeria qui ont causé la mort de centaines de personnes et qui risquent d'engendrer un conflit religieux ont été aussi fermement condamnées par les chefs d'Etat.
Un taux de croissance économique de 6,4% en 2011
Tout en se félicitant du taux de croissance économique appréciable de 6,4% enregistré au niveau régional au cours de l'année 2011 et des bonnes perspectives pour l'année 2012, les chefs d'Etat et de gouvernement ont réaffirmé la nécessité de l'approfondissement du processus d'intégration régionale pour juguler non seulement les effets pénalisants des crises mais aussi offrir une plus grande opportunité aux perspectives de développement.
Ce 41e sommet auquel le président du Faso, Blaise Compaoré, a pris part aux côtés de ses pairs, dont Macky Sall du Sénégal, Ellen Johnson Sirleaf du Libéria, Thomas Yayi Boni du Bénin et président en exercice de l'Union africaine (UA), Faure Gnassingbé du Togo, Mahamadou Issoufou du Niger, Ernest Baï Koroma de Sierra Léone, a été une rencontre de grande importance car elle aura permis de dégager des pistes de solutions à certains problèmes auxquels fait face la sous-région.
Le médiateur mandaté de la CEDEAO, le président du Faso Blaise Compaoré, a, au cours de la session, fait à ses pairs une évaluation de la situation au Mali. Et selon le ministre des Affaires étrangères du Burkina Djibrill Bassolet, il a été convenu que le groupe de contact qui a été créé pour suivre le dossier du Mali poursuive ses efforts de médiation.
Les chefs d'Etat de ce groupe de contact se réuniront à Ouagadougou très bientôt pour interagir avec les forces vives, les partis politiques et la société civile de la société malienne afin de pouvoir réorienter cette transition, de pouvoir élargir la base et les assises politiques des instances dirigeantes de la transition.
« Nous suivons avec intérêt ce qui se passe au Mali, y compris bien sûr les récents événements qui se sont produits à Gao et qui se sont traduits par l'affrontement entre les différentes factions de la rébellion armée. Il est regrettable qu'à ce stade du processus, les factions s'entredéchirent.
Ce que nous souhaitons, c'est que la cohésion puisse prévaloir, que la cohésion puisse se réaliser le plus rapidement possible afin que nous ayons à la table de négociation un groupe uni et cohérent, de manière à pouvoir engager le dialogue direct avec les représentants du gouvernement de transition », a déclaré le ministre Bassolet.
De l'avis du diplomate burkinabè, toutes les délégations sont toujours présentes à Ouagadougou : Ansar Dine et le MNLA (Mouvement national pour la libération de l'azawad).
Le chef de ce dernier groupe a été accueilli au pays des Hommes intègres pour des raisons humanitaires. Il a reçu des projectiles et il a été blessé et donc évacué au Burkina, a-t-il ajouté.
Le médiateur de la CEDEAO, le président du Faso, jouera sa partition jusqu'au bout, qui est d'essayer d'assister les parties du mieux de ses possibilités et de les amener à adopter le dialogue comme moyen de résolution de cette crise en abandonnant les revendications extrêmes, notamment toute idée de partition et d'indépendance et en abandonnant aussi les liens avec les groupes extrémistes religieux, foi de Djibrill Bassolet.
La question de la force en attente de la CEDEAO a aussi été abordée par les chefs d'Etat. Et selon les explications du ministre Bassolet, en même temps qu'ils privilégient le dialogue comme moyen pour résoudre cette crise, ils veulent mettre un accent particulier sur la préparation et la montée en puissance de cette force.
Il reste entendu que la nature des menaces qui prévalent au Nord-Mali, nécessite à ses yeux d'autres solutions et c'est dans la recherche de ces solutions qu'il est nécessaire que les forces militaires puissent être préparées, a-t-il laissé entendre. « Nous espérons ne pas avoir à les déployer sur le terrain pour faire usage de la force.
Nous espérons qu'en cas d'accord, par exemple, ces forces puissent se déployer dans le cadre par exemple de l'exécution ou de la mise en œuvre d'un accord. Mais si la menace terroriste venait à persister, naturellement, nos forces seront obligées alors d'intervenir pour éradiquer ce phénomène ».
Le chef d'Etat burkinabè qui a reçu en audience le président par intérim de la Guinée Bissau, Manuel Serifo Nhamajo, avant le début des travaux a, dans un point de divers, informé la CEDEAO de la candidature du Burkinabè, le docteur Lassina Zerbo au poste de secrétaire exécutif de l'Organisation du traité pour l'interdiction complète des essais nucléaires.
Une candidature qui a été validée par l'organisation sous-régionale qui la portera au niveau de l'UA afin que tout le continent puisse soutenir le candidat qui travaille déjà dans cette organisation en tant que directeur des données internationales.
Les différents intervenants au cours de la cérémonie d'ouverture du sommet ont tous souligné la nécessité de pacifier la région afin de permettre son essor économique. Pour l'hôte du sommet, Alassane Ouattara, président en exercice de la CEDEAO, les chefs d'Etat sont restés mobilisés ces quatre dernières années pour rétablir la paix et l'ordre constitutionnel dans deux pays frères que sont le Mali et la Guinée Bissau.
Ainsi, les pays membres de la CEDEAO ont consacré à la situation de ces deux pays cinq sessions extraordinaires au niveau de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement, deux sessions du Conseil de médiation et de sécurité assorties de missions de médiation sur le terrain, plusieurs réunions d'urgence du Comité des chefs d'état-major de la CEDEAO, pour la mise en alerte de la Force en attente, deux réunions internationales de soutien aux efforts de la CEDEAO avec la réunion inaugurale du groupe du soutien et de suivi sur la situation au Mali, tenue le 7 juin 2012, à Abidjan, et la tenue, le même jour dans cette même ville, de la 9e réunion du Groupe international de contact sur la Guinée Bissau.
Grâce à une position de fermeté alliée à une volonté de dialogue, les chefs d'Etat sont parvenus au retour à l'ordre constitutionnel dans ces nations et à entreprendre, conformément à des feuilles de route précises, des processus de transition politique de douze mois, au terme desquels, des élections présidentielles transparentes et inclusives devront être organisées.
Aussi a-t-il rendu hommage au président du Faso, Blaise Compaoré, médiateur dans la crise malienne, pour son action inlassable en faveur de la paix ; au président nigérian, Goodluck Ebélé Jonathan et au président guinéen Alpha Condé, tous deux absents à ce sommet, pour avoir réussi à obtenir la stabilisation de la situation en Guinée Bissau.
Le président Alassane Ouattara a aussi traduit, au nom de ses pairs, sa reconnaissance au président béninois, Thomas Yayi Boni et président en exercice de l'UA, qui a pris des initiatives en multipliant les contacts avec les dirigeants des pays occidentaux, en demandant au Conseil de sécurité d'appuyer l'idée de l'envoi d'une force d'intervention au Mali sous le mandat des Nations unies.
L'examen du rapport du président de la Commission et des médiateurs dans les deux crises, a-t-il soutenu, permettra d'évaluer l'évolution du processus de transition dans les deux pays et de prendre d'autres initiatives pour éviter notamment un enlisement de la situation au Mali.
Sur les questions relatives à l'intégration régionale et à l'accord de partenariat économique entre l'Afrique de l'Ouest et l'UE, le président ivoirien dira qu'il faudra faire le point des décisions prises lors du dernier sommet, évaluer les avancées obtenues et prendre des options décisives qui permettent d'envisager avec sérénité la réalisation des programmes communautaires de développement.
Maintenir le cap de la croissance économique
Comme priorités, les Etats devront, a-t-il rappelé, maintenir le cap de la croissance économique, en vue de tirer le meilleur avantage des différents accords de partenariats établis avec les divers partenaires au développement.
« Nos populations attendent de nous que nous nous engagions sur le chemin de l'action et de la réalisation des grands chantiers de développement », a lancé le président Ouattara.
Selon lui, la réhabilitation et la construction des infrastructures routières de portée régionale, la réalisation des projets d'interconnexion énergétique ainsi que des programmes de productivité agricole basés sur le travail en réseau et le partage des technologies permettront de consolider l'armature économique de la sous-région.
« J'ai foi en la CEDEAO, en son avenir et à sa place en Afrique et dans le monde. J'ai foi en sa capacité à faire entendre sa voix sur les grandes questions de la planète et à contribuer à construire une Afrique moderne.
C'est conscient de ces atouts que je suis certain du rôle diplomatique et politique que saura jouer notre organisation commune pour, notamment faire entrer l'Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies, en qualité de membre permanent. Je suis convaincu qu'ensemble, unis et solidaires, nous pourrons relever tous ces défis et réaliser nos ambitions communes pour le mieux-être de nos peuples ».
Il ne fait pas de doute que ce 41e sommet se tient dans un contexte difficile, eu égard aux grandes menaces d'instabilité que connaît la sous-région. Et le président de l'UA, Jean Ping, l'a si bien souligné. Pour ce dernier, parmi les défis à relever, la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité sont les plus importants.
Sa conviction est qu'une action coordonnée et soutenue impliquant tant la CEDEAO que les pays du champ, avec l'appui des partenaires au premier rang desquels, les Nations unies et l'UA, est nécessaire pour faire face à la situation dans le Nord-Mali.
S'agissant de l'instabilité chronique en Guinée Bissau selon ses propres termes, le Gabonais pense qu'il est urgent de mettre un terme définitif à cette situation, notamment à travers la mise en oeuvre résolue de la réforme des secteurs de la défense et de la sécurité et la subordination réelle de l'armée aux autorités civiles démocratiquement élues.
Tout en rappelant les différentes actions entreprises par l'institution dont il a la charge, Jean Ping, a réaffirmé la détermination de l'UA à continuer à jouer le rôle qui est le sien dans l'accomplissement des efforts individuels et collectifs de promotion de la paix, de la stabilité et de la sécurité par les Etats de la région.
Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Afrique de l'Ouest, Saïd Djinnit, a aussi réaffirmé la volonté de l'ONU à soutenir les actions de promotion de la paix de la CEDEAO au Mali. Il a souhaité que soit mis au coeur des débats, l'accès des groupes humanitaires aux populations vulnérables.
La crise malienne est révélatrice de la vulnérabilité de la région ouest-africaine, après la crise libyenne et il sied d'agir vite afin d'y mettre fin. Il convient aussi, a-t-il souligné, de lutter contre le phénomène de crime organisé et le trafic de drogue ainsi que la piraterie aux larges des côtes maritimes. Pour ce faire, il s'avère nécessaire de définir un cadre stratégique pour mieux lutter contre ce fléau.
La prestation de serment
L'un des temps forts de la cérémonie d'ouverture aura été sans conteste, la prestation de serment du nouveau président de la Commission de la CEDEAO, Kadré Désiré Ouédraogo.
Cet acte de portée juridique l'investit dans ses fonctions. La main droite levée, il a juré de servir avec loyauté la CEDEAO et de ne jamais trahir son serment.
Après avoir reçu les félicitations et encouragements des chefs d'Etat, il a dévoilé les objectifs immédiats au cours de son mandat de quatre ans non renouvelable et la vision de la nouvelle Commission qui est que la CEDEAO permette à la région de faire de son unité le levier de son progrès.
A cet effet, quatre axes majeurs lui semblent importants pour une action urgente : consolider la paix, la sécurité, la démocratie et le respect des droits humains
; accélérer le rythme de l'intégration régionale et ce, dans tous les domaines de la vie économique et sociale ; promouvoir la prospérité économique en instaurant un environnement régional viable et incitatif pour l'investissement et les initiatives personnelles ; nouer des relations et des partenariats mutuellement bénéfiques avec toutes les autres régions d'Afrique et du monde pour faire face aux défis de la mondialisation.
Pour agir selon ces quatre axes, la Communauté a besoin d'institutions fortes et efficaces, animées par un personnel qualifié et dévoué, d'où la nécessité de continuer les réformes institutionnelles afin d'associer tous les acteurs sociaux à l'effort d'intégration et de développement. La CEDEAO, après 37 ans d'existence, a besoin d'un nouveau souffle.
C'est pourquoi Kadré Désiré Ouédraogo a salué à sa juste valeur, la vision 2020 tendant à faire de la CEDEAO une organisation des peuples. « Les populations ouest-africaines ont en ce moment les yeux tournés vers vous car vous représentez à juste titre leur espoir de vivre dans une région pacifique, stable et démocratique débarrassée des fléaux que sont la pauvreté, l'ignorance et la maladie, en un mot, la prospérité », a-t-il lancé aux chefs d'Etat.

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