Malgré les dangers encourus, le sang qui coule dans l'arène est devenu un phénomène banal. Les lutteurs misent plus sur leurs forces de frappe que sur leurs registres techniques. Et pourtant, selon les techniciens avertis, une bonne formation peut épargner un passage chez Ardo.
La lutte avec frappe est en passe de devenir le sport le plus brutal de toutes les disciplines sportives. Même la boxe, qui est une de ses composantes, ne l'égale pas, en ce sens qu'il ne se passe aucun gala sans qu'un lutteur ne soit touché, provoquant une saignée qui mène chez le Pr. Ardo.
Un véritable phénomène qui, pour d'anciens pratiquants, est un signe notable des limites de la nouvelle génération. En lutte comme en matière de frappe.
«Les jeunes lutteurs ne maîtrisent pas les fondamentaux de la bagarre pour pouvoir la transposer dans la lutte avec frappe. Nos formateurs russes qui ont guidé nos pas dans la lutte simple, gréco et libre, nous ont permis de pouvoir connaître les secrets pour barrer un coup, tout en faisant de la lutte rapprochée», déclare Mor Fadam.
Et d'ajouter : «Le sang coule parce que les jeunes ne savent pas lutter. Et celui qui ne sait pas lutter ne peut pas frapper. Les jeunes ne savent même pas quel genre de frappe utiliser dans chacune des actions.
Par exemple, dans la prise rapprochée, un lutteur doit utiliser un uppercut. C'est un coup adapté à un adversaire proche de son vis-à-vis pour pouvoir le repousser ou l'assommer sur place.
Les lutteurs lancent des crochets appelés «law» qui mitraillent sans pour autant avoir une cible de frappe bien déterminée. Les blessures sont multiples, car on frappe pour faire mal, alors qu'on nous avait appris qu'on frappe pour trouver une ouverture.»
L'adéquation entre la lutte et la boxe pose un problème majeur dans l'application des approches techniques et stratégiques des lutteurs dans un combat. Joseph Diouf, Directeur technique national de la boxe, mais aussi entraîeneur de lutte, explique la raison : «Il faut que les lutteurs sachent qu'il y a une adéquation entre la lutte et la boxe. Les enseignements tactiques et techniques ne sont pas les mêmes.
Les lutteurs frappent sans calcul, ni précision. Ce n'est pas comme en boxe où on cherche des points précis de frappe. Dans un combat, le lutteur ne privilégie qu'un moyen de faire une frappe pour désemparer l'adversaire. C'est là que se situe le danger.»
Les trois sortes de frappe
Pour le technicien, «il y a trois sortes de frappe conventionnelles dans les sports de combat. Il y a le direct comme son nom l'indique. Ensuite, on peut utiliser le crochet long ou court ; cela dépend de l'appréciation de l'adversaire et de sa position dans le combat ou ring. Et l'uppercut.
«Dans l'arène, les lutteurs ne savent pas quel genre de coup utiliser. Ils enchaîenent des frappes. Non seulement cela blesse la cible, mais le donneur de coups peut aussi se blesser».
Pour Joseph Diouf, le mal peut aussi s'expliquer par le fait que les lutteurs, en panne technique, concentrent la quasi-totalité de leur préparation dans les salles de musculation.
Et faute de catégorisation, les forces ne sont pas les mêmes : «Un lutteur de 100 kilos peut affronter un adversaire qui fait 80 kilos. Forcément, les puissances de frappe ne sont pas les mêmes. Lorsqu'un lutteur dispose d'une certaine force de musculation, s'il te touche par un coup, la blessure est inévitable.»
Katy Diop, membre de la direction technique de l'école de lutte Ndakaru, ne dit pas le contraire. «Tout ce problème est lié à un manque d'encadrement des lutteurs dans la bagarre et la lutte simple.
Dans la lutte avec frappe, un lutteur doit assimiler certaines règles de combat. Les lutteurs sont de mauvais bagarreurs. Ils ne savent pas comment frapper et comment éviter les coups. Leurs entraîeneurs n'ont pas la compétence qu'il faut pour les inculquer ces philosophies tactiques».
Pour éviter d'être touché dans l'arène, le seul remède reste un bon encadrement. Joseph Diouf, Dtn de boxe, livre quelques secrets : «Un lutteur doit disposer d'une bonne garde. Une bonne garde s'exécute que lorsqu'on écarte un coup soit par un déplacement, soit par son rallonge.
Certains lutteurs ont le temps de voir arriver un crochet long. Il faut sortir du champ de frappe de l'adversaire. N'importe quelle frappe peut faire mal. L'essentiel est de tout faire pour ne pas en encaisser.
Lorsqu'on échange des coups, il faut déplacer les positions de frappe. Si on reste mobile, on est à la portée des frappes. Il faut utiliser des gardes hautes dans un combat. Les lutteurs doivent aussi apprendre des techniques de protection normale.»
Le spécialiste préconise aussi une spécialisation en lutte avec frappe qui est différente de la boxe. «Un boxeur peut monter sa garde quand l'adversaire frappe. Il riposte lorsqu'il est en position offensive. Un lutteur doit frapper et attaquer pour faire une prise. Il faut qu'il descende sa garde pour faire son combat.
Maintenant, il faut qu'on forme les entraîeneurs en lutte avec frappe. Cela peut être l'objet d'une spécialisation. Pouvoir aider les encadreurs à se doter d'outils techniques et tactiques pour juguler le sang dans l'arène».
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