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Cameroun: Lettre ouverte à Jean David Bilé directeur général AES-Sonel

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Ai-Cameroun — Dans un message destiné aux consommateurs d'énergie électrique et publié par divers organes de presse, Jean David Bilé, le directeur général de Aes Sonel, l'entreprise chargée de la production, du transport et de la distribution de l'énergie électrique au Cameroun, a tenu à expliquer pourquoi les tarifs d'électricité changent. Un journaliste lui répond et reviens sur les frais d'entretien des compteurs, les bénéfices, la tranche sociale, les abonnements, les sous-traitants...

Monsieur le Directeur Général,

D'entrée de jeu, vous voudrez bien me pardonner la longueur de cette correspondance qui risque, compte tenu de vos obligations, d'être d'une lecture fastidieuse. Mais compte tenu de son importance, je ne pouvais m'empêcher de vous la faire tenir.

Dans votre message destiné aux consommateurs d'énergie électrique et publié par divers organes de presse du pays mais dont la date, à dessein, n'a pas été mentionnée, vous justifiez cette énième hausse des tarifs par le fait que lesdits prix ont été gelés pendant trois années et bénéficié du soutien du gouvernement à concurrence de 38 milliards de FCFA. Vous poursuivez en disant que la hausse est de 7% pour les ménages et de 8% pour la consommation non domestique. Vous relevez en outre que la baisse moyenne de la facture est d'environ 22% du fait de la suppression des frais d'entretien et de renouvellement des compteurs.

Dans votre argumentaire, vous parlez de la hausse des charges de combustible, des besoins d'entretien et de renouvellement de vos ouvrages et vous parlez de l'amélioration de la qualité de service tout en sollicitant l'appui des mêmes consommateurs.

Ce que AES SONEL et Jean David Bilé ne disent pas aux camerounais

Acceptons que vous nous disiez la vérité. Mais ce que vous ne dites pas, c'est les bénéfices engrangés par votre entreprise pendant plus de dix (10) ans d'exercice dans notre pays. Vous ne nous dites pas non plus à quoi ont été affectés ces bénéfices ni à qui sont allées les dividendes. Vous relevez la valeur de vos investissements mais dans le même temps, vous ne signalez pas le montant des pertes enregistrées par les entreprises et les ménages du fait du déficit énergétique et des nombreux délestages auxquels ils sont soumis au quotidien et depuis la mise en concession de la SONEL.

Si en près de 11 ans l'Etat a consenti 38 milliards de subvention aux consommateurs, cet argent ne vous a-t-il pas profité dans la mesure où il rentrait plus dans vos poches que dans celles des consommateurs ? Même les remboursements exigés par ce même Etat à travers ARSEL, que sont-ils devenus ? Combien de consommateurs en ont bénéficié et pourquoi beaucoup d'autres ont été mis à l'écart alors qu'ils devaient en bénéficier ? 38 milliards de FCFA de subvention pour plus de 10 millions de Camerounais, pensez-vous que cela suffit ? Et cet argent-là, ne sont-ce pas les mêmes Camerounais qui le produisent à travers diverses taxes et impôts directs ou indirects ? Que représente cette somme quand on sait que les dépenses en énergie et en eau d'une famille sont de l'ordre de 30% de leurs revenus ?

Désormais à Aes Sonel, les pauvres paient la consommation des riches

Malgré le fait que le pays dispose d'un riche potentiel hydraulique après celui de la République Démocratique du Congo, le Cameroun est classé parmi les pays où le kWh coûte le plus cher. Quel paradoxe ! En plus, lorsque vous privez les ménages de la tranche sociale, cela revient à faire supporter par les plus pauvres la consommation des plus aisés.

Si l'on s'en tient à la décision N° 000041/DG/ARSEL du 10 Avril 2008 que vous n'avez d'ailleurs pas respectée, les usagers à faible consommation devaient payer 50 FCFA pour les consommations inférieures ou égales à 110 kWh par mois, 70 FCFA pour celles comprises entre 111 et 400 kWh, 80 FCFA pour celles allant de 401 à 800 kWh et 85 FCFA pour celles de plus de 800 kWh alors que les autres usages étaient facturés à 75 FCFA pour les consommations inférieures ou égales à 110 kWh, 80 FCFA entre 111 et 400 kWh, 85 FCFA entre 401 et 1000 kWh et 92 FCFA pour plus de 1000 kWh même si à cela, il faut ajouter la prime fixe de 3500 FCFA par kWh souscrit.

Les clients haute tension par contre eux devaient signer des contrats particuliers avec vous sous l'égide de l'Agence de Régulation. Dans cette situation, c'est le client à usage domestique qui a payé le prix fort. C'est ce même client qui se voit régulièrement délesté au profit des gros consommateurs en période de déficit énergétique (saison sèche).

Comment à AES-SONEL - ARSEL explique-t-on cela ?

Lorsque vous évoquez la tranche sociale de 110 kWh, celle-ci, du temps de la SONEL était calculée différemment de l'autre tranche. Or, depuis des années les associations des consommateurs l'ont fustigé dans diverses correspondances, cette tranche sociale est calculée sur la même base que l'autre tranche et facturée comme la première à 77 FCFA alors que le prix validé par ARSEL était à 70 FCFA pour les kWh se trouvant au dessus des 110 de la tranche sociale.

C'est dire que depuis des années, vous avez spolié le consommateur de 22 FCFA/kWh pour la tranche sociale et de 7 FCFA pour la deuxième tranche. A quoi a servi tout cet argent ? A préfinancer vos investissements ou à y contribuer ? Nos députés devraient s'intéresser à ce sujet là où ARSEL a failli. Mais auront-ils seulement le courage de le faire ?

Par contre, nous apprécions les efforts consentis par vous dans le cadre de l'amélioration de l'accueil des clients avec la construction sur certains sites des abris même si à certains endroits en cas de pluie ces clients ont plutôt les pieds dans l'eau. Nous apprécions également le fait que vous avez souscrit à la monétique avec les deux opérateurs de téléphonie mobile. Mais cela ne suffit pas car de longues files d'attente continuent d'être observées devant vous guichets dont certains, aux jours et heures de pointe, demeurent désespérément vides comme s'il vous manquait des caissiers quand ce ne sont pas les ordinateurs de vos agences qui sont paralysés par vos propres coupures d'électricité.

L'autre grief qui vous est fait, en dépit des alertes que vous envoyez désormais aux consommateurs, est la multiplicité et la régularité des délestages sur certaines lignes de transport et la longue attente des équipes d'intervention. A cela, il faut ajouter la difficulté d'atteindre votre call center après un délestage et la réponse toujours laconique et pleine de duplicité des opérateurs et opératrices vous informant que les équipes d'intervention ont déjà été saisies.

Abonnements - Frais d'entretien compteur - Sous-traitants Aes Sonel

Que dire des délais d'attente des devis de souscription d'abonnement ? Sur ce chapitre, vous avez bon dos en disant que le fait est de vos sous-traitants. Mais ne serait-il pas judicieux de se débarrasser de ceux qui ne font pas bien leur travail et qui sont tous connus de vos collaborateurs ? Parlant de vos équipements, certains datent de 1950 et n'ont jamais été remplacés. Pourtant, tous les mois, vous préleviez les frais d'entretien sur ces équipements-là et quand le consommateur venait à saisir vos services compétents, ceux-ci lui demandaient de les changer à ses frais. Le consommateur connait-il le calibre de vos installations ? Ceux qui l'ont fait se sont retrouvés avec des pénalités à payer pour matériel non conforme : à qui incombait la faute ? Mais en situation de monopole, vous avez toujours le dernier mot.

Vous avez procédé à la fermeture de certaines agences comme celle de Bépanda en orientant les clients vers Ndokoti qui s'est subitement trouvée submergée, promettant de remédier à la situation dans les meilleurs délais. Qu'est devenue cette promesse ? Pourquoi ne pas multiplier le nombre de vos agences pour désengorger les plus sollicitées ?

Vous voudrez bien nous excuser de ne pas faire la litanie de tous vos manquements envers les consommateurs. Vous voudrez bien reconnaitre que ceux-ci sont légion et que nous nous sommes arrêtés sur l'essentiel.

Aes Sonel au dessus de tous : ARSEL - Médias -Associations - Consommateurs

Ce qui fait le plus mal dans cette situation, c'est que vous êtes placé sous la férule d'un régulateur que vous faites bien de citer dans votre message en relevant qu'il a cautionné cette hausse des tarifs. Mais le rôle du régulateur s'arrête-t-il seulement à cela ? Que sont devenues les multiples plaintes des consommateurs et des associations des consommateurs déposées à ARSEL. En mentionnant cette caution, vous nous faites bien comprendre que vous êtes au dessus du régulateur et par conséquent du consommateur. Ce qui n'est, pour nous qui sommes avertis, qu'une lapalissade !

Et vous vous sentez bien dans cette posture, vous qui avez réussi l'exploit de museler la presse. Peut-on être juge et partie ? Que non ! Avec la presse écrite à grand tirage et avec la presse audiovisuelle à grande audience vous avez pratiquement noué des relations de partenariat au point où aujourd'hui, vous noyez pratiquement ces presses-là de subsides de publicité au point où l'esprit critique qui fait pourtant la force des grandes nations a disparu à votre encontre dans ces rédactions-là.

Les 21 et 22 Juin derniers, vous avez parachevé votre oeuvre de « muselage » en conviant les représentants des consommateurs à une réunion de relance du dialogue et de la concertation. Celle-ci, qui s'est tenue à Douala, en dépit du boycott de certaines associations qui vous avaient vu venir et après la lecture de votre ordre du jour qui puait le diktat, vous avez réussi l'exploit de faire venir des représentants des régions du Centre, de l'Ouest et du Nord-Ouest et bien sûr du Littoral, comme s'ils étaient les plus représentatifs. Et avant de tenir la réunion, vous les avez promenés à Edéa, Yassa-Dibamba et dans vos centres de facturation et de call center pour mieux les hypnotiser loin d'une certaine presse avec à la clé deux cocktails, un petit déjeuner et un dîener ainsi qu'un séjour dans certains hôtels.

Une opération de charme réussie puisque ces représentants n'ont pas osé parler de la hausse des tarifs. Après ARSEL, la presse et les associations des consommateurs, ces derniers viennent d'être « trahis » pour la troisième fois comme pour dire qu'il est inutile de se battre contre le géant AES-SONEL.

Et ces consommateurs l'ont tant et si bien compris qu'ils n'ont que leurs yeux pour pleurer. Ailleurs, ils seraient descendus dans la rue. Mais au Cameroun, après des décennies de répression dure et aveugle de toute tentative de rébellion, que peut-on attendre de cette frange de la population ? L'apathie des consommateurs Camerounais fait partie de la culture des uns et des autres et ce n'est pas demain qu'ils changeront de comportement.

Monsieur le Directeur Général, vous l'avez certainement compris et cela ne valait même pas la peine d'écrire ce message qui ressemble à un sermon servi aux convertis par un non converti car vous connaissez mieux que quiconque la triste réalité du capitalisme. Du profit, encore du profit et toujours du profit et si cela est bien assimilé, il est inutile de vous en vouloir car vous ne faites que votre devoir, pourvu que cela rapporte aux deux principaux actionnaires que sont l'Etat et AES. Si je me trompe ; vous voudrez bien me pardonner mais un jour, tôt ou tard ; la vérité finira par triompher !

Acceptez, Monsieur le Directeur Général, mes sincères regrets pour vous avoir retenu aussi longtemps.

Georges NDENGA, Journaliste à Douala

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