Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Paix en Casamance - Des religieux et chefs coutumiers dénoncent leur mise à l'écart

Au moment où Salif Sadio, le chef rebelle du Mfdc, fait une sortie médiatique pour appeler l'actuel gouvernement à des négociations, d'autres sont sur le terrain en train d'oeuvrer pour une paix durable en Casamance.

C'est le cas du chef traditionnel Moustapha Bassène qui était à Rufisque pour rencontrer les lébous, particulièrement la famille de Mame Fatou Seck, gardienne des secrets du génie tutélaire du Cap-Vert.

A cette occasion, Moustapha Bassène a regretté les 32 ans qu'a duré le confit casamançais, estimant toutefois que cela est le fait de la «négligence du rôle des chefs coutumiers et des guides religieux» par les régimes successifs.

A cet effet, il juge nécessaire de donner à ces derniers une place plus importante, pour qu'il y ait cette paix tant souhaitée dans la région Sud et moins d'accidents au Sénégal. D'où ce rapprochement qu'il est en train d'opérer entre les fils de la Casamance (Diolas, Manjaks, Balantes, Socés) et leurs frères Sérères et Lébous.

Aussi, Moustapha Bassène compte-t-il faire le tour des familles religieuses (musulmanes comme chrétiennes) pour porter le message de paix à ces différents leaders d'opinion. D'ailleurs, une première visite a été effectuée à Kaolack, chez les Niassènes où ils ont été chaleureusement accueillis par Serigne Cheikh Ahmed Niasse, le khalife de la famille Niasssène.

Moustapha Bassène salue la première visite à l'étranger consacrée à la Gambie par le président Macky Sall, dans le sens de la paix en Casamance. «Tout le monde doit magnifier cet acte qui est unique en son genre et je lance un appel à tous les fils de la Casamance pour accompagner Macky Sall», a-t-il souligné.

Aux rebelles, le chef traditionnel de la Casamance, les appelle à se ressaisir, car, selon lui, les lébous et les sérères vont désormais les accompagner à sortir du maquis.

Salif Sadio réaffirme sa disponibilité pour des négociations

Selon le Collectif des cadres casamançais, Salif Sadio est disposé à aller à la table des négociations, en dehors de l'Afrique. Dans un communiqué transmis aux rédactions, suite à l'annonce faite hier matin sur les ondes d'une radio internationale, relative à la volonté du Commandant en Chef du Mfdc «de réclamer l'indépendance de la Casamance», l'association présidée par l'architecte Pierre Goudiaby Atépa salue cette position «qui confirme celle de feu l'Abbé Diamacoune Senghor».

Le collectif qui estime que le lieu importe peu, l'essentiel étant, selon eux, «de créer une base de confiance réciproque entre toutes les parties prenantes» et rappelle que l'implication de la Communauté Sant'Egidio vise à rapprocher le Mfdc de l'autorité et à ouvrir la voie pour des négociations franches et sincères».

Se réjouissant de l'acceptation par tous de cette initiative, le collectif des cadres casamançais en appelle à tous les Sénégalais et aux forces vives de la Casamance, tout en réitérant sa confiance au président Macky Sall et au Mfdc qu'il encourage à poursuivre dans le bon sens, afin de «mettre fin aux souffrances des populations victimes d'un conflit qui n'a que trop duré». Il les invite à la diligence à «s'accorder sur l'essentiel».

Le Khalife de Balantacounda préocupé par la retour à la paix

Le khalife général du Balantacounda, du Boudié et du Birassou, Youssouph Diatta, totalise quarante années de règne rythmé par quatre intronisations. Il est convaincu qu'il est temps que les Sénégalais se mettent véritablement au travail.

Intronisé khalife général du Balantacounda, du Boudié et du Birasou par les successeurs de feu Chérif Cheikh Mahfouz de Darou Salam Chérif, village situé dans la sous-préfecture de Kataba, Cheikh Youssouph Diatta prend cette nomination comme une sorte de reconnaissance des populations de cette partie du pays.

Partisan du dialogue interreligieux, le khalife assiste à toutes les fêtes catholiques auxquelles il est associé. «Depuis que je suis à Simbandi Balante, le prêtre m'invite à leurs fêtes, moi-aussi j'en fais autant.

Parce que l'islam nous recommande le respect mutuel. Nous sommes en parfaite entente», se félicite-t-il. D'ailleurs, en 1992, lors du passage du Pape Jean Paul II à Ziguinchor, la Paroisse de Simbandi Balante l'avait invité à assister à l'accueil du souverain pontife.

L'imam Diatta, feu imam Alioune Aïdara de Ziguinchor et les représentants des familles chérifiennes de la Casamance ont été honorés par l'ancien patron de l'église catholique. C'est en 1972 que M. Diatta, titulaire d'une licence en arabe, s'est installé à Simbandi Balante comme enseignant.

Auparavant, il avait commencé à servir à Ziguinchor, avant d'ouvrir une école arabe à Agnak dans l'arrondissement de Niaguiss à l'époque.

Par la suite, il a ouvert une cinquantaine d'écoles arabes entre Ziguinchor et Kolda, en Gambie et en Guinée-Bissau. Par ailleurs, le khalife du Balantacounda a vivement invité les Sénégalais au travail.

Toutefois, le khalife général du Balantacounda, du Boudié et du Birasou est confronté à des problèmes de mobilité. Pour ses déplacements, il sollicite les conducteurs de moto «Jakarta» avec tous les risques qu'il encourt. Selon lui, cela est dû à un manque de reconnaissance des autorités.

«Certes, il y a cette reconnaissance administrative mais je ne bénéficie d'aucun privilège pour me faciliter mes lourdes tâches». «L'ancien chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade, a donné des véhicules à beaucoup de marabouts mais je n'en ai reçu aucun», déplore-t-il.

Il reste préoccupé par le retour de la paix en Casamance. C'est ainsi que dans le cadre de l'union des chefs religieux et des chefs de villages dont il est l'un des membres fondateurs, il avait soutenu que celui-ci passe par l'entente entre les différentes fractions du mouvement des forces démocratiques casamançais (Mfdc) avant d'engager ensuite des négociations avec l'Etat du Sénégal.

D'ailleurs, a-t-il dit, «nous sommes prêts à jouer notre partition en rencontrant aussi bien les autorités que le Mfdc. Il faut éviter de mettre en avant l'argent qui ne réglera guère ce conflit. Il faut miser sur les bonnes volontés».

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