Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Mbida Fall, le dernier coup de pinceau du « souvériste »

Après des années d'exil et un retour au pays natal, Ibrahima Fall Mbida n'a finalement pas gagné le combat qui l'opposait à la maladie. Le décès de ce grand peintre « souvériste », mardi dernier, a fait perdre à l'art l'un de ses plus grands talents.

« La peinture est entrée dans sa vie comme une divine inspiration. Le seul espace d'harmonisation des paradoxes qui habite sa vie de tous les jours », s'exclamait l'un de ses amis qui le tutoyait, lors de sa dernière exposition au moi d'avril, à l'Institut français Léopold Sédar Senghor.

Méconnu de la jeune génération, Ibrahima Fall Mbida aura marqué d'une encre indélébile, l'art « souvériste » sénégalais (ndlr ; de la peinture sous-verre). Au sommet de son talent, la peinture sous-verre a connu ses lettres de noblesse.

A travers cette forme d'art qui relève à bien des égards, d'une originalité sénégalaise, il a su s'ériger en ambassadeur pour son pays. Partout, à travers le monde, de par son talent, la beauté et l'originalité de ses tableaux, Mbida aura dignement représenté le Sénégal.

En rendant l'âme, mardi dernier, à la suite d'un malaise qui l'a conduit à l'hôpital Principal de Dakar, il a laissé derrière lui, l'art « souvériste » orphelin.

Né, il y a 63 hivernages, à Ngaye Mékhé, après des années de pratique au Sénégal, Ibrahima Fall Mbida est parti. Il a voyagé dans le monde. En Afrique, il a vécu au Burkina Faso.

Un monde de beauté, d'extase et de volupté

Cette odyssée enrichissante s'est traduite, à son retour au pays, par des tableaux d'une rare beauté, comme pour dire que « si les voyages forment la jeunesse, l'exil enrichit l'inspiration ».

L'artiste a parlé de lui, lors d'une conférence publique, à l'occasion de son exposition à l'Institut français, au mois d'avril dernier. Sur le thème : « Ma peinture, moi et mon monde », Ibrahima Fall a émerveillé le public.

Peindre chez Mbida, c'est se retrouver dans un monde où tout est beauté, extase et volupté. Peintre au talent incontestable, il a toujours revendiqué un certain éclectisme. Il a touché à toutes les formes de peinture. De la toile au sous-verre, son talent est toujours impressionnant.

Il aimait les couleurs, s'inspirait du paysage de sa tendre enfance, l'environnement naturel, la forêt vierge. « Je veux être compris », disait Mbida. Il voulait lever le voile entre lui et son public, après 40 ans de profession.

Il ne voulait pas mourir incompris, comme Van Goh.Rongé par la maladie, Mbida sentait peut-être la fin venir sans jamais abdiquer. Il voulait vivre et mourir le pinceau à la main.

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