Attention, Moody's est dans les parages ! Bien évidemment, il ne s'agit pas de fermer portes et fenêtres ! Ce serait vain et contreproductif. Les agences de notation internationales savent étrangement bien plus de choses sur nous que nous-mêmes ! Alors autant leur ouvrir grandes nos portes et surtout leur tenir un langage de vérité. Un test de vérité est un test de crédibilité et de ...visibilité. Les agences de notation financière sont les inquisiteurs des temps modernes.
Leurs sujets favoris: les Etats et surtout ceux qui passent par de fortes zones de turbulence. Cela leur permet d'aiguiser leur savoir-faire, d'asseoir et de renforcer ... leur propre crédibilité. Mais, en termes de crédibilité à l'échelle internationale, nous avons aujourd'hui plus besoin d'elles qu'elles de nous ! Alors, pour une fois, sachons faire montre de sincérité à leur égard en espérant la clémence de leur jugement...
Un mois après que l'agence Standard & Poor's a dégradé de deux crans la note souveraine de la Tunisie, la sincérité signifie en l'occurrence que l'on arrête de s'accuser mutuellement de tous les torts au plus haut niveau de l’État, qu'on en finisse une fois pour toutes avec les hypothétiques complots et mises de bâtons dans les roues. Qu'on reconnaisse surtout que seul l'intérêt du pays préside et a toujours présidé aux actions et aux prises de position des premiers responsables de la politique budgétaire et de la politique monétaire du pays, respectivement le chef du gouvernement et le gouverneur de la Banque centrale.
Une délégation de l'agence américaine Moody's est actuellement à Tunis, dans le cadre de la mission de révision de l'évaluation annuelle des risques financiers de la Tunisie. La délégation a poussé son investigation jusqu'aux portes de l'Ugtt. Partout où ses pas l'ont conduit et jusqu' au tréfonds de nos différentes institutions, la délégation semble avoir posé des questions précises et bien entendu pertinentes. A l'image de tout enquêteur qui sait d'avance ce qu'il cherche tout autant que les voies et les coulisses à emprunter pour débusquer les failles.
La précision et le trait particulièrement pointilleux de l'«interrogatoire» ont surpris plus d'un dans les départements ministériels visités. Du grand art digne d'une grande agence d'intelligence économique dont il nous faudra bien nous habituer. La bonne gouvernance a un prix. Une antienne revenait souvent: la question de la «visibilité» à court et moyen termes. Visibilité politique et économique de la Tunisie s'entend bien évidemment.
Reste la question essentielle et fondamentale qui nous tarabuste tous. Au terme de son enquête, Moody's sera-t-elle plus clémente, (et plus objective ?!) à notre égard que sa consœur Standard & Poor's ? Objectivement, nous avons toutes les raisons de le croire. D'abord, tout ou presque semble aujourd'hui rentrer dans l'ordre après le cafouillis de la semaine écoulée au plus haut sommet de l’État. Du moins, les initiatives pour désamorcer la crise institutionnelle et politique ne manquent pas de sincérité.
Chacun est aujourd'hui conscient de la primauté de l'intérêt général du pays, par-delà les divergences de circonstances et de fond. Ensuite, jamais le pays ne s'est autant qu'aujourd'hui senti en confiance depuis le 14 janvier 2011. La dynamique que connaissent désormais tous les secteurs d'activités est même prometteuse. Même des secteurs «sensibles», à l'instar du tourisme, enregistrent des résultats positifs. Enfin, la carte politique tunisienne semble aujourd'hui gagner en visibilité et en clarté : les dernières alliances et «contre-alliances» font ou feront sans doute émerger deux sinon trois grandes mouvances politiques structurées, stables et durables. Gageons que Moody's ne sera pas insensible à la nouvelle réalité tunisienne.

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