La Presse (Tunis)

Tunisie: Limogeage directeur banque centrale - Du respect des institutions

Dans deux jours, l'Assemblée nationale constituante aura à trancher dans l'«affaire» du limogeage, par décret présidentiel, du gouverneur de la Banque centrale. Pour le président de la République, «cette décision reflète un attachement à ce que l'ANC exerce ses responsabilités en engageant des réformes profondes du secteur monétaire et financier».

Pour le gouverneur de la Banque centrale, c'est l'indépendance de l'Institut d'émission qui est en jeu: «Remplacer un gouverneur par un autre n'est pas un problème en soi, le pays étant riche en compétences, mais c'est du respect des institutions et de leur protection contre les risques de soumission qu'il s'agit». Au fond et sur le fond, les élus du peuple, qui sont actuellement penchés sur la rédaction de la nouvelle Constitution, auront à trancher entre une approche courtérmiste du rôle de l'institution BCT et une vision sur le long terme de la place et du rôle que l'on veut donner à cette même institution.

En se tenant au principe clairement consacré par l'Assemblée nationale constituante de l'indépendance de la BCT, Mustapha Kamel Nabli prend l'avantage. En se plaçant sur le terrain institutionnel et du respect des institutions de l’État qui sont autant de zones interdites au jeu d'influence politique, il touche les élus du peuple, les seuls habilités à décider de son sort et de l'avenir de la BCT, dans ce que leur mandat a de plus haut et de plus noble : la fidélité à l'esprit de la révolution et le constant souci de l'intérêt national.

C'est dans cet esprit qu'ils auront à se prononcer sur le décret présidentiel relatif au limogeage du gouverneur de la Banque centrale et c'est à travers lui et foncièrement qu'ils auront de nouveau à se prononcer sur la question du «respect des institutions» et sur l'indépendance de l'Institut d'émission, garant et de la démocratie et de la stabilité macroéconomique du pays, dont ils entendent doter la Tunisie postrévolutionnaire. Ce qui, d'une certaine manière, revient pour eux à se prononcer sur le mode de gouvernance qu'ils veulent pour la nouvelle Tunisie. Et c'est la nature de ce signal qui est fort attendue aussi bien par les Tunisiens eux-mêmes que par la communauté internationale.

Pour les élus de la nation, l'affaire est de la plus haute importance : il ne s'agit en l'occurrence pas pour eux de gérer des faits du prince et des décisions discrétionnaires, voire non motivées, des pratiques que l'on croyait révolues et encore moins de gérer des humeurs. C'est du respect des institutions, garant de la pérennité de la démocratie, dont il s'agit avant tout.

C'est de l'indépendance d'une grande institution dont il est question. Une institution qui, au lendemain immédiat de la révolution, a su rassurer la communauté financière et monétaire internationale et auprès de laquelle l'économie nationale a en grande partie trouvé les ressorts de sa relance dans une conjoncture nationale et internationale particulièrement difficile. Sans le respect de ces principes, la transition économique et politique sera en danger. Sans le respect de ces règles. Il y va de l'intérêt national et du prestige de l’État, de la crédibilité et de l'efficience de ses institutions.

Le pays est en pleine période de transition politique, l'économie nationale est encore en période de convalescence et le monde nous regarde aujourd'hui avec autant d'espoirs que de craintes... Il appartient à nos gouvernants de savoir dissiper les craintes et susciter de réels espoirs.

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