Cameroun: Jean Claude Ngbwa - "Il faut rendre l'assurance plus crédible"

interview

Les éclairages du secrétaire général de la Conférence interafricaine des marchés d'assurances (Cima). Sur un total de 9 compagnies sanctionnées lors de la réunion de la Crca à Lomé en avril dernier, 5 compagnies sont camerounaises, alors que la Cima compte jusqu'à 14 marchés. Le marché camerounais serait-il le plus indiscipliné pour ne pas dire le plus dangereux?

Cent cinquante (150) sociétés d'assurance exercent actuellement leurs activités dans les Etats membres de la Cima, hormis la Guinée Bissau. Des contrôles sont annuellement effectués dans les différents marchés. Ils sont cependant insuffisants compte tenu des moyens disponibles. Toutefois, il faut rappeler que la Cima est un espace intégré doté d'une réglementation unique et d'un seul organe de contrôle, l'objectif étant la constitution prochaine d'un marché unique. De ce fait, aucun marché ne peut être considéré comme plus indiscipliné ou plus dangereux qu'un autre.

Le contrôle s'exerce de la même manière sur tous les marchés et les sanctions, en cas de manquements graves, sont prises par la Crca conformément à la réglementation. Lors de la 67e session ordinaire de la Crca, certaines sociétés d'assurances du Cameroun ont fait l'objet de mesures de sauvegarde (la mise sous administration provisoire) et de sanctions individuelle et collective. Ces mesures participent de la volonté de la Crca d'assainir nos marchés et cela, sans aucune discrimination. N'oubliez pas que le contrôle de la Cima, autorité supranationale, est justifiée par la protection des assurés, le respect de l'ordre public et la surveillance de la sécurité des assureurs des marchés de nos Etats membres.

Qu'est-ce qui, selon vous, justifie cette avalanche de sanctions régulièrement infligées aux assureurs camerounais au cours des 10 dernières années ?

Il ne s'agit pas d'une stigmatisation. Le Cameroun compte en 2012, vingt-cinq (25) sociétés d'assurances. Les contrôles effectués depuis quelques années ont permis de constater qu'à l'instar des autres Etats membres, certaines sociétés connaissent des difficultés sur le plan de la gestion administrative, technique et financière. Elles sont par conséquent soumises aux injonctions et sanctions de la Crca à l'issue de l'exploitation des rapports de contrôle de la Cima.

D'autres par contre (la majorité) sont solvables ou ont retrouvé leur solvabilité après mise en oeuvre des injonctions de la Crca. Il convient de les encourager puisqu'elles jouent pleinement leur rôle, à savoir la couverture des risques, le paiement à temps des sinistres et le financement des économies. Le constat que vous faites sur le marché camerounais l'est également sur les autres marchés où le programme d'assainissement se poursuit dans le but essentiel de rendre l'assurance plus crédible, les assurés disposant alors de sociétés d'assurances solvables.

Cette image peu reluisante du secteur des assurances au Cameroun ne peut-elle pas justifier le faible taux de pénétration de l'assurance dans le pays?

L'assurance moderne a pris son essor en Europe au XIXe siècle, la Cima a réellement commencé ses activités de régulation en 1995. Aujourd'hui, des efforts sont faits pour intensifier l'assainissement du secteur des assurances dans nos Etats membres. Le taux de pénétration de l'assurance reste le plus faible du monde : 5000 Fcfa en moyenne par habitant contre 32.500 Fcfa pour l'Afrique et 315.000 Fcfa au niveau mondial. C'est un constat général pour nos Etats. C'est pourquoi il faut rendre l'assurance plus crédible. C'est ce que nous faisons à travers les contrôles des sociétés et des intermédiaires d'assurances.

Nos citoyens doivent faire confiance à l'assurance pour leur protection, celle de leur famille et de leurs biens contre les mauvais coups de la vie. Nos investisseurs publics et privés doivent se rappeler que l'assurance accompagne le développement et qu'aucun projet ne peut se réaliser sans souscription d'une assurance auprès de nos sociétés d'assurances dont la grande majorité se porte très bien tant au Cameroun que dans les autres Etats de notre zone.

Bien entendu, le Secrétariat Général de la Cima et les directions nationales des assurances implantées dans tous les Etats membres restent à l'écoute des citoyens qui connaitraient des difficultés particulières pour leur indemnisation en cas de survenance d'un sinistre et de refus manifeste et injustifié de l'assureur à honorer ses engagements.

Enfin, pour atteindre un plus grand nombre d'assurés, des mesures pourront être prises pour rendre d'autres types d'assurances obligatoires à l'instar de l'assurance RC automobile. Les assureurs doivent aussi être plus ingénieux en mettant à la disposition des citoyens des produits d'assurances adaptés à leurs besoins et à leur pouvoir d'achat.

A cet effet, un important pas vient d'être franchi par la Cima à travers l'adoption par le Conseil des Ministres des Assurances de la règlementation organisant la micro-assurance, une assurance destinée à couvrir les risques des populations les plus défavorisées. Face à cette situation de sanctions tous azimuts, l'on est fondé à penser que le marché camerounais n'est pas du tout contrôlé, ou alors l'est très peu. Qu'en dites-vous ?

Les premiers objectifs du contrôle des sociétés d'assurances sont globalement atteints, notamment le contrôle de toutes les sociétés d'assurances en activité dans nos Etats membres. Il en est ainsi des sociétés d'assurances du Cameroun. Il a fallu beaucoup de temps pour cela, compte tenu des moyens humains et financiers disponibles. La nouvelle proximité établie avec nos partenaires ne peut qu'être bénéfique au développement de l'assurance, à la participation des assureurs au financement des économies et à la protection des assurés, des victimes et des bénéficiaires des contrats d'assurances.

Le contrôle des sociétés d'assurances est donc indispensable pour le développement du secteur. A titre d'exemple, le chiffre d'affaires global des sociétés d'assurances de la Cima est passé de 195 milliards de Fcfa (assurance non vie) en 1996 à 500 milliards de Fcfa au 31 décembre 2010. Celui des sociétés d'assurances vie est passé de 50 milliards de Fcfa en 1996 à 189 milliards de Fcfa au 31 décembre 2010.

  • Comment

Copyright © 2012 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment