• Nécessité de renforcer le tissu productif, quitte à créer de nouvelles entreprises pour pouvoir satisfaire une demande importante en cas d'ouverture des frontières
• L'harmonisation des textes législatifs constitue un impératif à toute intégration maghrébine permettant le déplacement libre des personnes et des marchandises
L'ouverture des frontières des pays maghrébins pour permettre un déplacement libre des personnes et des marchandises comme c'est le cas dans l'espace Schengen en Europe constitue un rêve caressé par plusieurs générations après l'indépendance des différents pays du Maghreb. Cette question a été soulevée à maintes reprises dans le cadre de réunions organisées régulièrement, qui ont abouti à des recommandations jamais concrétisées.
L'intégration maghrébine a été évoquée récemment par l'État tunisien. L'initiative est, en somme, salutaire mais une ouverture précipitée des frontières sans coordination avec le reste des États membres de l'Union du Maghreb arabe (UMA) peut avoir des effets néfastes au niveau de l'économie. En effet, une telle intégration doit se faire sur un terrain balisé sur la base d'une cohérence des textes législatifs des différents États et une révision des moyens de production, notamment pour les pays qui ne disposent pas assez de ressources naturelles comme c'est le cas de la Tunisie.
Une intégration maghrébine peut à terme avoir des répercussions positives sur l'économie de la Tunisie avec un développement notable du taux de croissance. D'ailleurs, le taux d'échange des marchandises entre les pays maghrébins est fort limité ne dépassant pas les 5% en moyenne. Ce taux varie, bien sûr, d'une année à l'autre. Par contre, le marché européen constitue le principal partenaire de tous ces pays qui exportent et importent d'importantes quantités de biens, de matières premières et de produits semi-finis. Ils exportent, à leur tour, des matières premières et divers produits et biens de consommation vers ces mêmes pays occidentaux.
Les choses tardent à venir
Les pays européens - qui ont mis en place par le passé des quotas d'importation assortis de mesures préférentielles - ont une tradition avec ces pays du Nord de l'Afrique. L'accord d'association et de partenariat signé entre la Tunisie et l'Union européenne - chaque pays maghrébin a signé une telle convention à part - a permis une mise à niveau des entreprises des différents secteurs selon un calendrier précis et avec une aide financière et technique européenne avant d'aboutir à une zone de libre-échange entre les deux pays.
Autant dire que les affaires entre les pays maghrébins et l'Union européenne sont réalisées avec un rythme plus rapide que celui de l'Union maghrébine. Pourtant, les responsables ont parlé plusieurs fois de l'impératif de cette intégration, mettant en exergue les pertes supportées par chaque pays pour la non-concrétisation de cette union sur le terrain. On a même parlé - dans le cadre des perspectives de cette union - d'une monnaie unique à l'instar de la monnaie européenne. Mais les choses tardent à venir et les Maghrébins sont presque désespérés.
D'après les chiffres disponibles, les échanges commerciaux entre la Tunisie et les pays du Maghreb Arabe (Libye, Algérie, Maroc et Mauritanie) ont régressé de 17,9 % de 2010 à 2011, ce qui correspond à une baisse de 2.086,1 millions de dinars MD durant les 7 mois 2010 à 1713,7 MD jusqu'à juillet de l'année dernière. La valeur des exportations tunisiennes vers les pays d'Union du Maghreb Arabe est estimée, à la fin du mois de juillet 2011, à 1.182,6 MD contre 1.207,3 MD l'année précédente, soit une baisse de 2 %. Cela explique pourquoi les importations ont régressé de 39,6% au cours de la même période pour se limiter à 878,8 MDT.
L'entrée massive des Libyens de Tunisie de façon imprévue et les opérations de contrebande pour faire entrer en Libye des produits agricoles et alimentaires ont donné lieu à une crise au niveau de l'approvisionnement local. Certains produits ont disparu des étalages alors que d'autres ont connu une envolée des prix et il a fallu l'intervention de l'état pour réduire la pression. L'exportation est bien autorisée quand elle se fait selon les procédures et la réglementation en vigueur mais elle devient néfaste quand elle utilise les circuits illégaux. Le prix du produit n'est pas le même au niveau local - qui est compensé - et à l'exportation.
Dans d'autres secteurs, comme celui du tourisme, l'apport des citoyens maghrébins a été, par contre, bénéfique pour notre économie. Les hôteliers sont satisfaits de l'entrée des Algériens, Marocains et Libyens qui sont en mesure de compenser les marchés européens en régression. Plusieurs maghrébins choisissent la Tunisie en tant que destination touristique privilégiée qui a su préserver ses traditions culturelles, culinaires et historiques.
L'accès des Maghrébins pour résider et vivre dans notre pays va incontestablement augmenter les besoins en divers produits - déjà limités - comme ceux qui concernent l'alimentation, l'énergie, les biens... D'où la nécessité de préparer le tissu productif - quitte à installer de nouvelles entreprises - à satisfaire des nouveaux besoins pour éviter toute pénurie. Certes, une telle demande peut booster la production, mais la préparation préalable est impérative. La Tunisie est appelée, parallèlement, à proposer - à la première réunion maghrébine - des mesures similaires à tous les pays maghrébins pour pouvoir harmoniser les différents textes juridiques et donner l'occasion aux Tunisiens aussi de se déplacer librement dans ces pays pour y résider et pourquoi pas créer des projets.
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