La population de Bunagana, une ville congolaise située à la frontière ougandaise, a vécu dans une terrifiante incertitude pendant deux mois. Pris au piège depuis la mi-mai entre les lignes des rebelles armés qui se font eux-même appeler M23 et les soldats de l'armée régulière congolaise notoirement indisciplinés, des milliers de personnes ont trouvé refuge en Ouganda, fuyant les combats sporadiques dans les collines autour de la ville.
Le vendredi 6 juillet, après une bataille de 14 heures, Bunagana est tombée aux mains des rebelles. Un mois auparavant, la population locale avait exprimé des préoccupations quant à leur sécurité, réclamant une résolution de la crise, que ce soit à travers des combats décisifs ou une négociation. La victoire des M23 crée davantage d'incertitudes.
Crainte du retour
"Les choses sont allées très vite," a affirmé un homme à la frontière vers l'Ouganda, qui a requis l'anonymat. "Les combats étaient terribles. Les M23 nous ont demandé de revenir, mais nous ne savons pas si nous pouvons leur faire confiance. Pour l'instant, ils n'ont rien fait pour nuire à la population ici."
Le centre-ville habituellement animé est étrangement calme : quelques personnes vont et viennent, transportant des tapis, des matelas, des petits biens personnels et des jerricans. Tout ce va-et-vient se passe sous la surveillance des combattants M23 qui ont occupé une colline surplombant Bunagana.
A la question de savoir quelle est la situation dans la ville, un jeune homme dit: "La situation est calme. Tout va bien". Il semble néanmoins nerveux, regardant autour de lui et répondant de façon laconique.
Une dimension ethnique ?
M23 renvoie au 23 Mars 2009, la date des accords de paix qui ont mis fin aux combats entre les troupes gouvernementales et les rebelles du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) dirigés par les Tutsis.
Les soldats du CNDP avaient été intégrés dans l'armée régulière dans le cadre de cet accord, mais ces combattants soutiennent aujourd'hui que le gouvernement n'a pas respecté les termes de l'accord. Ils ont lancé une nouvelle rébellion, et les anciens rebelles du CNDP sont à la tête des M23.
La population de Bunagana est en majorité Hutu, et les gens ont peur que les dirigeants de l'ex-CNDP tutsi déclenchent des massacres ethniques.
«Nous attendons de voir si les combats revêtent une dimension ethnique», a déclaré Janvier Célestin, un jeune homme traînant du côté ougandais de la frontière vers Bunagana. Le fait que de nombreux combattants M23 sont des Hutus a quelque peu rassuré ceux qui craignaient que la lutte des M23 se fasse sur fond de différence ethnique.
Pillage et recrutement forcé
Sur la route entre Bunagana et Rutshuru, une ville tombée aux mains des M23 le 9 Juillet, les soldats rebelles sont rares, ce qui permet aux gens de parler plus librement. "Lorsque les rebelles sont arrivés, nous nous sommes enfuis, maintenant, ils nous ont demandé de revenir", dit Louis Bazeeha, âgé de 21 ans, qui gravit péniblement la colline en direction de Bunagana sous un soleil brûlant.
"Nous sommes fatigués de courir à chaque fois qu'ils attaquent. Maintenant, ils pillent nos biens et ils recrutent des jeunes gens par la force, donnant des uniformes et des fusils à des enfants. Par conséquent, les jeunes garçons fuient."
"Là où je vivais, ils prenaient les garçons", poursuit-il. "Je me suis caché dans la maison puis j'ai fui quand ils ont quitté le village. Nous n'avons pas notre mot à dire sur l'issue des combats, mais nous demandons simplement que quiconque règne apporte la paix."
Étant donné que les villes de la région continuent à tomber aux mains des M23 et que l'armée congolaise s'évanouit à l'approche des rebelles, la paix et la stabilité semblent une perspective lointaine pour la population locale. Pour beaucoup des jeunes hommes ici, il y a seulement le choix impossible entre rejoindre les rebelles et s'enfuir vers le camp de réfugiés surpeuplé en Ouganda. Si on peut parler de choix...
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