Une guerre interethnique semble faire rage en Libye entre les tribus Toubou et Ouled Sliman. Mais quiconque examine mieux la situation se rend compte qu'il s'agit en fait d'un conflit concernant le contrôle des axes routiers et des flux migratoires.
Sebha
Dans le quartier de Tayouri, à Sebha, dans le centre du pays, Barka, Ahmed et leurs amis nous montrent les débris de bombes qui sont tombées autour d'eux. Fin mars, des affrontements entre leurs tribus, les Toubou et les Ouled Sliman, y ont fait 70 victimes, selon plusieurs sources. "Regardez ce qu'ils nous ont envoyé, crie Barka. Sur notre quartier, alors que nous, nous ne faisons rien de mal". Au sol, des roquettes, des pièces d'artillerie et des douilles.
A l'origine de ces combats, le meurtre d'un homme tué par des Toubou. Du moins selon certaines sources, car dans cette région de la Libye post-révolutionnaire, il est difficile de faire le tri entre le vrai et la propagande. "Les Toubou tuent des gens, volent des voitures et créent des problèmes", vitupère Youssef Khalil, un Ouled Sliman dans un autre quartier de la ville. Avant d'ajouter que ce sont surtout les Toubou de l'étranger les fauteurs de trouble.
Koufra
Dans le sud-est du pays, à Koufra, des affrontements mêlant Toubou et autres tribus ont également fait plusieurs centaines de morts depuis le début de l'année. Ces Toubou considèrent qu'ils ont été victimes d'un "génocide", comme l'explique Barka Youssef, l'un d'entre eux, venu d'Obari, près de Sebha. Il suit ce qu'il se passe à Koufra et estime que ses "frères" ont été victimes d'un nettoyage ethnique. Les Toubou sont issus de pays subsahariens frontaliers. Reconnaissables, dans un pays arabe, à leur couleur de peau noire, ils peuvent parfois être victimes de racisme de la part les Libyens.
Mais l'origine de ces conflits, à Koufra ou Sebha, pourrait ne pas se limiter à ce simple problème. Les Toubou sont connus pour leur contrôle du commerce international dans le sud du pays : trafic de marchandises, mais aussi trafic humain. Sous Kadhafi, ils géraient les arrivées de migrants venus chercher du travail en Libye ou en transit vers le continent européen. Aujourd'hui, la situation à changé, les axes transsahariens du sud sont devenus des enjeux que veulent contrôler différentes brigades ou tribus. Les Toubou ne sont plus les seuls maîtres.
Migrants clandestins
Au sud de Sebha se trouve la ville de Mourzouq, à environ une heure et demie de route. C'est ici que des caravanes d'esclaves s'arrêtaient jusqu'en 1920. Aujourd'hui, même scène, mais cette fois ce sont des migrants clandestins qui sont retenus par les Toubou dans des camps insalubres avec des conditions déplorables. Ils pensaient que la Libye les accueillerait comme avant le soulèvement : une main d'oeuvre indispensable dans un pays qui ne saurait faire sans.
Sébastien, d'origine béninoise, ne comprend pas pourquoi il reste coincé là, à se faire servir un maigre déjeuner en plein soleil de midi alors qu'il venait offrir ses services de plombier. "On vit un calvaire. S'ils ne veulent pas me laisser entrer en Libye, explique-t-il, qu'ils me renvoient chez moi, mais qu'ils ne me gardent pas là comme ça." Sébastien dit ne pas avoir de nouvelles de ses trois enfants restés au pays.
Comme les Toubou ne jouissent plus de leurs filières d'avant-guerre, ils se retrouvent avec environ 2.000 migrants clandestins sur les bras, détenus dans plusieurs camps, assurant qu'ils compensent là les lacunes d'un pays en proie à d'autres difficultés.
Ce qui est présenté comme une guerre interethnique ressemble donc plus à un conflit concernant le contrôle des axes routiers et des flux migratoires. De loin il est difficile d'y voir clair. Mais sur place, ce qui est sûr, c'est que ni les citoyens Toubou de Sebha, ni les Ouled sliman, ne comprennent les enjeux de ces affrontements, tout en attendant beaucoup des élections qui se sont déroulées le 7 juillet dernier.
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