Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique: L'Union Africaine veut contribuer à la constitution d'une force régionale

Photo: MONUSCO/Sylvain Liechti
Bunagana, Nord Kivu, les casques bleus indiens de la Monusco avec leur blindé dans la cité de Bunagana avant sa chute entre les mains des mutins du M23.

L'Union africaine (UA) s'est déclarée dimanche «prête à contribuer» à une force régionale de paix contre les rebelles opérant dans l'Est de la République démocratique du Congo, à l'ouverture d'un sommet à Addis-Abeba dominé par les crises régionales et l'élection à un poste-clé de l'organisation.

«L'UA est disposée à contribuer à la constitution d'une force régionale pour mettre un terme définitif aux agissements des groupes armés dans l'Est de la RDC», a affirmé le président de la Commission de l'UA, le Gabonais Jean Ping.

Des soldats mutins se revendiquant du «Mouvement du 23 mars (M23)» ont retourné leurs armes ces derniers mois contre les forces régulières de la RDC, auxquelles ils avaient été intégrés dans le cadre d'un accord de paix avec Kinshasa signé le 23 mars 2009, et ils ont conquis depuis plusieurs localités dans l'Est du pays.

Un rapport de l'ONU accuse le Rwanda de soutenir ces rebelles, ce que Kigali dément catégoriquement. Les chefs des Etats membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), une organisation régionale, devraient discuter de cette crise dimanche à Addis-Abeba en marge du sommet de l'UA, qui durera jusque lundi.

Ils devraient notamment étudier une proposition de leurs ministres des Affaires étrangères de «travailler avec l'UA et l'ONU pour la mise en place immédiate d'une force internationale neutre pour éradiquer le M23 (...) et toutes autres forces négatives dans la région des Grands Lacs».

Aucune précision n'a été apportée à ce stade sur la coordination entre une telle force et les 17 000 militaires et 2 000 civils de la mission de l'ONU (Monusco) déployée depuis fin 1999, principalement déjà dans l'Est instable du pays.

Les présidents congolais Joseph Kabila et rwandais Paul Kagamé participent au sommet de l'UA. Une rencontre entre les deux personnalités n'est pas exclue afin de tenter de diffuser la crise.

Poignée de mains Kiir-Béchir

Deux autres présidents dont les Etats entretiennent des relations très tendues, ceux du Soudan du Sud et du Soudan, ont, de leur côté, suscité les applaudissements de la salle en se serrant chaleureusement la main à l'ouverture du sommet, ont constaté les journalistes de l'AFP sur place.

Salva Kiir et Omar el-Béchir s'étaient déjà rencontrés tard samedi soir, pour leur première discussion directe depuis les combats frontaliers ayant mis leur pays au bord d'une guerre ouverte en mars et avril derniers. «Ils se sont rencontrés (...) et ça a été un bon entretien», avait alors déclaré le négociateur en chef du Soudan du Sud Pagan Amum.

Certains des chefs d'Etat ont participé samedi à une réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'UA, afin d'examiner les principales crises en cours sur le continent.

Cette réunion s'est achevée par un avertissement aux autorités maliennes, enjointes d'accélérer le processus de transition politique pour présenter un front uni face aux rébellions islamistes qui ont désormais conquis le Nord du pays.

«L'unité nationale et l'intégrité territoriale du Mali ne peuvent faire l'objet d'aucune discussion ou négociation», ont rappelé les participants à cette réunion, soulignant la «détermination de l'Afrique de n'épargner aucun effort pour leur préservation».

Le sommet de l'UA, le deuxième à se tenir dans un nouveau siège de l'UA construit et offert par la Chine, doit, par ailleurs, élire dimanche un nouveau président de la Commission en départageant le Gabonais Jean Ping et la ministre sud-africaine de l'Intérieur Nkosazana Dlamini-Zuma, après un premier échec il y a six mois.

Lors du précédent sommet, en janvier, le scrutin avait tourné au psychodrame : Jean Ping était arrivé en tête mais il avait échoué à réunir les deux tiers de suffrages, bien que resté seul en lice au quatrième tour du scrutin l'opposant à Mme Dlamini-Zuma, ancienne chef de la diplomatie sud-africaine et ex-épouse du président sud-africain Jacob Zuma.

La lutte pour la présidence de la Commission risque fort de conduire à une nouvelle impasse, dommageable pour l'image de l'Afrique et de son organisation continentale, Jean Ping et Nkosazana Dlamini-Zuma maintenant fermement leur candidature et étant assurés de recueillir chacun au moins un tiers de suffrages.

«Je ne vois comme seule issue possible qu'un retrait surprise (d'un des candidats) ou un accord politique», avait estimé à Pretoria, avant le sommet, le directeur de l'Institut des études de sécurité, Jakkie Cilliers.

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