Bamako — Alors que des milliers de déplacés dans le sud du Mali attendent plus d'assistance, les islamistes armés, qui contrôlent le nord du pays, utilisent l'aide humanitaire pour recruter des enfants soldats, selon des organisations de la société civile malienne.
Des voix s'élèvent de plus en plus pour dénoncer l'envoi de vivres dans les régions sous le contrôle des groupes islamistes armés. «On gère avec hypocrisie la question humanitaire au nord, quand on sait que les islamistes utilisent l'aide pour recruter des enfants qu'ils endoctrinent», a déclaré El Béchir Sangaré, membre d'Amnesty International Mali.
«Après l'occupation des trois régions du nord, on a dit que la priorité est un corridor humanitaire vers les zones occupées par les groupes armés. Au contraire, la priorité devrait être les populations déplacées vers le sud dans les autres régions» du pays, affirme-t-il à IPS.
Dans un rapport rendu public le 6 juillet, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) s'inquiétait de l'enrôlement d'enfants par les groupes armés contrôlant le nord du Mali. Selon l'UNICEF, des enfants âgés de 12 à 15 ans sont utilisés par les groupes armés, notamment les islamistes.
Le détournement de l'aide humanitaire par les islamistes - au profit de ces recrutements - est également confirmé par l'Association malienne des droits de l'Homme (AMDH). «Nous avons des doutes sur la bonne gestion de cette aide que le gouvernement envoie finalement à des gens qui ne respectent pas les droits de l'Homme», a indiqué Moctar Mariko, avocat et président de l'AMDH.
Au nord, si des garçons sont utilisés comme combattants par les islamistes, des filles sont soumises à des mariages arrangés. «Pour avoir de l'aide, soit vous donnez en mariage votre fille à un des barbus (islamistes), soit votre garçon qu'ils emmènent dans leurs camps d'entraîenement dans la zone de Bourem (nord du Mali)», ajoute Mariko.
L'AMDH, qui dénonce également le caractère raciste de la distribution de l'aide alimentaire par les islamistes, estime que chaque famille bénéficie de 25 kilogrammes de vivres par mois. «Mais dans les familles des Bela, qui sont considérés comme des esclaves, ils donnent cinq kilos seulement par famille et par mois», explique Mariko à IPS.
Cette discrimination à l'encontre de la communauté Bela est confirmée par Mariama Moussa, une femme qui a pris la fuite de Gao. «Ils sont venus chez nous pour nous menacer et prendre des biens et tout ce qu'ils veulent. J'ai alors pris la fuite pour aller au Niger afin de regagner Bamako», a-t-elle raconté à IPS.
Cette dame Moussa fait partie d'un groupe de femmes et de filles déplacées auxquelles l'Association malienne des expulsés (AME) apporte un soutien. «La pudeur et la peur de la stigmatisation les empêchent de chercher de l'aide», indique Alassane Dicko, membre de l'AME.
«Les enquêtes préliminaires, menées par l'AME pour s'enquérir de l'état des filles et des femmes déplacées sur Bamako, la capitale, ont révélé de sérieux traumatismes», souligne-t-il à IPS, ajoutant que certaines ont été violées par plusieurs hommes. Les violences dans le nord du Mali ont entraîené un départ de quelque 230.000 Maliens réfugiés dans les pays voisins, au Burkina Faso, en Mauritanie, au Niger et en Algérie, selon des statistiques récentes.
Et sur les 200.000 personnes déplacées à l'intérieur du pays, environ 147.000 se trouvent dans les régions de Mopti, Ségou, Kayes, Koulikoro et Bamako, plus au sud. Selon l'AME, ces personnes déplacées sont accueillies généralement dans des familles. Mais d'autres sont hébergées dans des mosquées, des églises et des stades.
Pour les organisations de la société civile qui dénoncent l'usage que font les islamistes de l'aide humanitaire, il est temps d'arrêter d'envoyer des vivres aux islamistes. «Au lieu que l'aide aille tomber entre les mains de ces bandits, il vaut mieux la destiner aux personnes déplacées qui sont ici. D'ailleurs, il y a d'autres humanitaires qui interviennent déjà là-bas comme le Croissant Rouge du Qatar», souligne Mariko, de l'AMDH.
Vivant dans des conditions difficiles dans les villes du sud, les déplacés attendent encore beaucoup de l'Etat malien. «C'est bien d'aider ceux qui sont restés au nord, mais on doit aussi penser aux gens qui ont fui la guerre», a déclaré Aïchata Maïga, qui vit avec ses quatre enfants chez son cousin à Bamako. «Lorsque nous sommes venus de Tombouctou, nous étions logés chez ma tante au départ, mais il n'y a pas assez de place pour tout le monde», dit-elle à IPS.
Le corridor humanitaire a été accepté par les islamistes à condition que l'aide apportée ne vienne pas des pays occidentaux. Les vivres ainsi transportés aux habitants du Nord-Mali sont collectés généralement à Bamako par des ressortissants des zones occupées à travers leurs associations. Le gouvernement contribue également à travers le ministère de l'Action humanitaire et du Développement social.
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