Le Département d'Etat des Etats-Unis a annoncé, le samedi 21 juillet 2012 à Washington, la suspension cette année de l'aide militaire américaine (évaluée à 200 000 USD) au Rwanda, à cause de son soutien aux rebelles du M23 basés au Nord-Kivu (Est de la RDC).
«Les Etats-Unis ont été intensément engagés aux plus hauts niveaux pour exhorter le Rwanda à cesser et empêcher la démonstration d'un tel soutien, qui menace de mettre en péril la stabilité dans la région», indique un communiqué du Département d'Etat.
Le président Barack Obama et son gouvernement sont la première administration des Etats-Unis à reconnaître officiellement le rôle du Rwanda dans la déstabilisation de la RDC et à geler l'aide militaire au Rwanda en réaction aux conflits militaires dans l'Est de la RDC.
Les militaires rwandais «doivent partir immédiatement»
Au sortir lundi 19 juillet à Kinshasa d'un entretien avec le chef de l'Etat congolais, l'ambassadeur Barrie Walkley, conseiller spécial au Département d'Etat américain en charge des Grands Lacs et de la RDC, a dit avoir «assuré le président Joseph Kabila que le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique est vraiment préoccupé par les événements dans le Kivu».
«Il y a des rapports et des allégations sur la présence des militaires rwandais actuellement sur le territoire congolais en appui aux rebelles du M23. Si des militaires rwandais sont sur le territoire congolais, ils doivent partir immédiatement. Ça, c'est clair. C'est ça le message que nous avons transmis aux Rwandais et nous continuerons à passer le message au gouvernement rwandais au niveau le plus élevé», a-t-il révélé.
Il a indiqué avoir «expliqué clairement aux autorités rwandaises la position de gouvernement américain et appelé le Rwanda à cesser tout soutien au M23» lors de son séjour à Kigali avant d'arriver à Kinshasa. Et ce, «avec force», a-t-il materlé.
Entre-temps, l'autre principal allié de Kigali, la Grande-Bretagne, se refuse toujours à sanctionner le Rwanda dont le président Paul Kagame a séjourné à Londres le mercredi 11 juillet.
«D'aucuns attendaient un geste fort de la Grande-Bretagne pour pousser son allié à arrêter ses aventures criminelles. Mais, il n'en est rien !», déplore-t-on dans la capitale congolaise.
Kigali «souhaite toujours garder la main sur la situation militaire»
«Kigali est toujours très sensible à l'argument de la sécurité des Tutsi congolais. Par conséquent, certaines voix se sont élevées à Kigali pour dire que, finalement, cette tentative d'arrestation était un peu téméraire et que Bosco Ntaganda jouait un rôle important dans l'équation de paix au Nord-Kivu et qu'il fallait faire très attention à un possible retour des FDLR)», selon le responsable de l'Afrique centrale de l'International Crisis Group (ICG), Thierry Vircoulon.
Il a précisé que «Kigali souhaite toujours garder la main sur la situation militaire au Nord-Kivu», en faisant remarquer qu'«on voit de nouveau l'argument sécuritaire agité par Kigali qui ne verrait pas d'un très bon oeil le désarmement des Tutsi au Nord-Kivu».
Croyant savoir que «l'arrestation de Ntaganda ne résout aucun des problèmes parce qu'il s'agit essentiellement de problèmes structurels et non pas de problèmes individuels qui dépendent d'une ou deux personnes», il est d'avis que «le CNDP, ce mouvement politico-militaire dont Bosco Ntaganda est le leader, survivra à l'arrestation éventuelle de son leader».
«Cette tentative d'arrestation a télescopé le résultat des élections ratées de novembre 2011, puisqu'au Nord-Kivu, les élections législatives ont été annulées dans le Masisi. Et en observant cette intervention militaire contre Ntaganda, un certain nombre de Tutsi se sont dit qu'il y avait une volonté de Kinshasa de désarmer la communauté tutsi et de réduire son poids politique», selon le responsable de l'Afrique centrale de l'International Crisis Group (ICG).

Comments Post a comment