Cote d'Ivoire: Comprendre le pays - Partie I

Photo: Photo: Olivier Monnier/IRIN
Près de 200 militaires et gendarmes ivoiriens ont été mobilisés pour l'arrestation du chef milicien burkinabé Amadé Ouérémi au parc Mont Péko

Les événements à Duékoué montrent que les problèmes politiques de la Côte d'Ivoire sont loin d'être résolus. Duékoué, un important carrefour dans la turbulente région occidentale de la Côte d'Ivoire, a connu une semaine meurtrière.

Quatre personnes ont été tuées lors d'un braquage dans le quartier de Kokoma. Le jour suivant, le vendredi 20 juillet, en représailles à ce braquage, des centaines de jeunes s'en sont pris au camp de déplacés à Nahibly, voisin de Duékoué, qu'ils ont entièrement ravagé. Au moins onze personnes ont alors trouvé la mort, tandis que 4.000 autres se retrouvent maintenant sans abri alors qu'on est en pleine saison des pluies.

Comme dans un moulin

La première version de cette double tragédie est que Kokoma, où a eu lieu la première attaque, est habitée majoritairement par les ethnies sénoufo et malinké, originaires du nord de la Côte d'Ivoire, tandis que les victimes du camp de Nahibly étaient des autochtones de l'ethnie guéré.

J'ai visité le camp de Nahibly en avril dernier. La sécurité y était de pure forme et prise en charge par les habitants mêmes du camp. Le camp fait partie de la ville et les habitants y entrent et en sortent comme dans un moulin. Près de l'entrée se trouve une tour de gué. Plusieurs Casques bleus marocains étaient là, l'air très détendu. La tour a maintenant disparu en fumée.

Pourquoi un camp ?

ais pourquoi y avait-il un camp pour personnes déplacées ? Bertine Monsio, une habitante âgée du camp, me dit qu'elle ne pouvait pas retourner dans son village parce qu'il était occupé par des rebelles et des chasseurs traditionnels connus sous le nom de dozos. "J'ai peur d'eux. Aussi longtemps qu'ils ne seront pas partis, je n'ai nulle part où aller." Si elle est encore en vie, Bertine est actuellement quelque part dans la forêt , essayant de survivre.

Les troupes que Bertine Monsio qualifie de "rebelles" constituent en fait la nouvelle armée du pays, les Forces républicaines de la Côte d'Ivoire (FRCI). Elles ont été signalées dans le camp quand il a été dévasté par les jeunes. Pour ces troupes, le camp n'était pas en fait un camp de déplacés. C'était un repaire de bandits, qui, disent-elles, utilisaient Nahibly comme couverture, d'où ils pouvaient sortir la nuit, faisant de Duékoué et de ses environs une zone dangereuse. Durant ma visite, je n'ai jamais pu prendre un seul taxi après la tombée de la nuit . "Ils sont tous partis", me disait le manager de l'hôtel. "C'est trop dangereux. Il y a trop de criminels."

Ville carrefour

Duékoué est une ville carrefour. D'ici, il y a une route vers l'est, en direction de Daloa, la troisième ville du pays, et de Yamoussoukro, la capitale. Une autre route part vers le nord, en direction de Man, le chef-lieu de la région. Il faut passer par Bangolo, qui se situe près d'une forêt qui serait occupée illégalement par une violente milice dirigée par Amadé Ouérémi, un homme originaire du Burkina Faso.

Enfin, il y a une route vers le sud, qui longe Nahibly, en direction du Liberia voisin. Il faut passer par Guiglo, une ville sur laquelle il n'y a pas très longtemps encore une tristement célèbre milice pro-Gbagbo, dirigée par Denis Maho, exerçait son emprise. Officiellement il était en bas de la hiérarchie, mais en fait c'était lui le maîetre et seigneur des lieux.

Je raconte tout cela pour donner une idée de la complexité diabolique du conflit politique dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. Premier volet d'un diptyque sur la situation dans l'ouest ivoirien.

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