Cameroun: Carburants - L'ONU contre l'augmentation des prix

Le rapporteur spécial de cette organisation, Olivier de Schutter, estime que la situation est intenable. Le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter, a achevé sa visite au Cameroun hier par une conférence de presse dressant les premières conclusions préliminaires d'une visite au cours de laquelle il a rencontré 10 membres du gouvernement, a eu des entretiens avec les députés et a effectué des visites sur le terrain.

Le rapport qu'il dresse globalement sur la situation au Cameroun 5 ans après les émeutes dites de la faim, consécutives, elles-mêmes, à une décision gouvernementale d'augmenter les prix des carburants à la pompe, n'est pas très élogieux pour le gouvernement. Cette question de l'augmentation du prix du carburant qui est à nouveau envisagée au Cameroun au cours des prochains jours par le gouvernement, n'a pas manqué de faire l'objet de débats au cours de la conférence de presse du rapporteur spécial de l'Onu.

Interrogé sur les conséquences d'une éventuelle hausse des prix du carburant sur l'alimentation, Olivier de Schutter n'a pas caché sa gêne. D'après lui, «l'augmentation du carburant n'est pas tenable». Du moins «sur le court terme», tient-il à préciser. Il souligne d'ailleurs que la subvention sur les carburants faisait partie des mesures principales prises par le gouvernement afin de maintenir un approvisionnement des zones urbaines par les zones rurales en produits de consommation.

Mais le rapporteur spécial de l'Onu pense que sur le long terme, les pays sont appeler à augmenter le prix du carburant. Mais, ajoute-t-il, il faudrait au préalable que de nouvelles politiques agricoles soient mises sur pieds. Ce qui n'est pas encore le cas au Cameroun. Pour lui, «le Cameroun depuis 25 ans a développé une dépendance pour se nourrir» et «subit la dictature de l'urgence : face à la colère de la population descendue dans les rues en 2008 pour lutter contre la hausse des prix des produits alimentaires, une stratégie basée sur les solutions rapides a été initiée».

Afin de palier à cette situation, le rapporteur de l'Onu propose au gouvernement de mettre sur pieds, «une stratégie nationale pour le droit à l'alimentation». Il demande pour cela une meilleure collaboration entre le gouvernement, le renforcement du dialogue avec la société civile et les organisations de producteurs ; l'établissement d'une loi cadre sur le droit à l'alimentation.

De manière globale, au-delà de cette sortie sur les prix des carburants, Olivier de Schutter dresse un tableau sombre sur le Cameroun. Primo, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation juge «l'insécurité alimentaire forte, avec une malnutrition chronique». D'après les données statistiques contenues dans son rapport, «environ 33% des enfants souffre de malnutrition chronique. La situation est particulièrement grave dans les zones rurales, comme en témoigne l'indice d'insuffisance pondérale chez les enfants, affectant 20% en milieu rural contre 7% en milieu urbain. 81% de ménages ruraux en insécurité alimentaire dans le Nord».

Parlant de la situation des groupes marginalisés, le ton du rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation est peu diplomatique s'agissant des conditions de détention des détenus. D'après lui, à la prison centrale de Yaoundé, «les détenus hommes ont droit à une seule ration quotidienne, généralement composée de fufu, de maïs, ou de riz et comprenant parfois des légumes verts et occasionnellement du poisson ou de la viande».

Sur il juge que «la situation actuelle n'est pas satisfaisante. L'argument d'une insuffisance des ressources budgétaires disponibles ne saurait être retenu». D'après lui, «lorsqu'un Etat décide de priver une personne de sa liberté, il s'engage à la traiter avec humanité et à lui garantir des conditions de détention conformes au respect de la dignité humaine et n'aboutissant pas à des traitements inhumains ou dégradants». Ceci sur la base des articles 7 et 10 du pacte international relatif aux droits civils et politiques.

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