Suite à la forte insistance du chef de l'Etat lors du conseil des ministres tenu à Mbacké, je me permets de participer au débat avec l'extrait ci-dessous de mon dernier livre paru en décembre et portant titre « Un autre Sénégal est possible »
L'énergie est à la modernité ce que le sang est au corps humain ! Il est impensable pour un État de se passer de l'énergie sauf à retourner dans la préhistoire.
Au Sénégal l'essentiel de l'énergie vient du charbon de bois, du bois de feu et des produits pétroliers. Les deux premières sources occasionnent une dégradation de l'environnement végétal. La troisième provient de l'importation dans un contexte mondial sans aucune maitrise des cours du baril du pétrole.
Peut-on asseoir en toute efficience notre politique énergétique sur ces trois mamelles que sont le bois, le charbon de bois et le pétrole ? Face à ces trois sources périssables, l'énergie solaire peine à être utilisé (avec 0,01%) dans un pays ensoleillé de même que le gaz naturel avec à peine 0,3% sans parler de l'énergie hydroélectrique avec 1%.
Globalement la crise énergétique au Sénégal est une réalité qui déteint sur tous les secteurs avec des conséquences sur l'équilibre des comptes publics.
Cette crise est beaucoup plus perceptible dans la consommation d'énergie électrique avec une SENELEC (Société nationale d'électricité du Sénégal) responsable de la production, du transport et de la vente en gros et qui peine dans chacune de ses trois missions. Aujourd'hui, la SENELEC constitue un facteur qui plombe la croissance économique avec des délestages intempestifs.
Pour résoudre les problèmes énergétiques notamment électriques au Sénégal, il faut un langage de vérité et un programme décennal clair compris de tous les acteurs (entreprise, ménages, bailleurs, État). Ce langage de vérité pourrait permettre de mettre en oeuvre les axes d'actions suivantes :
- diversifier véritablement dans les quinze prochaines années les sources d'énergie par une orientation stratégique vers les énergies alternatives renouvelables (notamment solaire),
- renforcer le développement de la source hydroélectrique via la centrale de Manantali,
- permettre à la grande industrie de prendre en charge si possible directement ses besoins par une production autonome d'énergie dont le surplus sera revendu à la SENELEC,
- faire un véritable audit indépendant de la SENELEC avec des mesures à mettre en oeuvre avec toute la rigueur nécessaire,
- régler le problème d'approvisionnement en produits pétroliers par la suppression de tous les goulots d'étranglements favorisant des surcoûts inutiles et occultes,
- asseoir une politique de prix social garanti de l'électricité domestique et du gaz butane qui peuvent être considérés aujourd'hui comme des biens de première nécessité,
- régler les problèmes actuels de capacité de production d'électricité par une politique claire d'investissement transparent et de libéralisation progressive et contrôlée de l'offre de production,
- mettre en place une politique claire de sensibilisation globale sur l'économie d'énergie,
- régler les problèmes de vétusté du réseau par un investissement massif intelligent,
- développer l'électrification rurale sur la base primordiale des énergies renouvelables adossées aux autres sources.
L'évidence est que le Sénégal traverse actuellement une crise énergétique qui déteint sur toute l'activité économique et domestique. Des choix hasardeux dans ce secteur nous ont fait perdre du temps et des sommes astronomiques sans régler le problème de fond. Des fautes de gestion ont été commises. L'audit de tout ce qui s'est fait et défait dans ce secteur doit être mené et les responsabilités situées sans complaisance.
La demande d'énergie est un besoin incompressible qui ne saurait attendre ou dépendre de baguettes magiques à courtes vues électoralistes comme la location de groupes électrogènes. C'est d'abord une question technique et stratégique à débattre entre experts sous l'éclairage d'une vision politique claire d'indépendance énergétique sans trop de conséquences sur l'environnement.
A ce titre, l'option solaire pour l'éclairage public et domestique doit être une démarche irréversible. Au-delà de l'énergie solaire, toutes les sources renouvelables doivent faire l'objet d'une prise en compte globale tant en amont qu'en aval avec une politique claire de facilitation de leur accès pour les populations. La question de l'énergie doit être aussi largement partagée avec le peuple.
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