Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Niveau d'endettement du pays - Pas de quoi s'alarmer, selon Amadou Kane

Estimée à 2704 milliards de francs Cfa, la dette du Sénégal n'a pas encore atteint la barre des 70 % du Pib, fixé par l'Uemoa. Une situation qui n'est pas encore alarmante, selon le ministre des Finances, Amadou Kane. Qui annonce que le pays rembourse 554 milliards par an.

En 4 mois, le gouvernement de Macky Sall s'est endetté à hauteur de 83 milliards de francs Cfa. Ajouté au montant laissé par Wade, l'encours de la dette du Sénégal avoisine les 3 mille milliards de francs Cfa. Mais, cette dette n'est pas encore alarmante, si l'on se fie aux déclarations du ministre de l'Economie et des Finances, Amadou Kane.

«L'encours de la dette est de 2704 milliards de francs Cfa. En soi, cette dette n'est pas encore alarmante dans la meure où elle n'est pas 70 % de notre Pib», explique l'argentier de l'Etat, qui était hier, l'invité du Grand Jury de la Rfm, et qui se fonde sur les critères de l'Union économique et monétaire ouest africaine à laquelle le Sénégal appartient. Pourtant, avec l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative Ppte, une bonne partie de la dette du Sénégal avait été annulée. «En 2006, on était à mille milliards à peu près alors qu'aujourd'hui on en est à plus de 2 mille sept cent milliards», regrette-t-il. Pour Kane, ce qui caractérise cependant cette dette, c'est sa forte croissance.

Et c'est pour se défausser sur l'ancien régime qui se serait endetté à un rythme effréné durant ses dernières années de règne. «En 2011, la dette a fortement augmenté. On a constaté 25% de hausse entre 2010 et 2011, c'est-à-dire 514 milliards d'endettement net qui s'est ajouté à notre encours. C'est sa vitesse de reconstitution qui inquiète et nous amène à être très vigilant», fait remarquer l'ancien Pdg de la Bicis.

Si cette situation de la dette n'est pas alarmante au vu des critères de l'Uemoa, le ministre souligne, cependant, que la viabilité de cette dette a franchi la barre de certaines normes. «Ce qu'on rembourse chaque année, c'est 554 milliards de francs Cfa. Si vous rapportez cela à nos recettes, on est à un taux de 37 %. Les normes de viabilité de dettes limitent le service de la dette à 30 % au maximum, rapportée aux recettes», martèle Amadou Kane. Qui estime, par ailleurs, que le Sénégal s'est mal endetté. «On a une dette mal profilée. Il y a beaucoup de dettes avec des remboursements à court terme en moyenne.

On ne peut être un pays en développement et payer sa dette avec une moyenne de 5 ans. Nous avons besoin d'infrastructures qui se financent à long terme», souligne Kane. Non sans fustiger la situation macroéconomique morose dans laquelle se trouvait le pays avant la nouvelle alternance. «Nous avons trouvé une situation économique en contraction en 2011 avec une croissance économique de 2,6 % alors qu'elle était de 4 % l'année d'avant. Cette contraction s'est faite en particulier à cause de la mauvaise campagne agricole. Il y a eu des creusements de déficit. Le déficit courant s'est creusé de façon sensible. On a eu une inflation de 3,4 % qui a été au-dessus de la norme. On a aussi des moins-values de recettes», note l'argentier de l'Etat.

Déficit de 455 milliards en 2011

Kane signale, en outre, que le déficit budgétaire montre que le Sénégal est passé de 330 milliards en 2010 à près de 455 milliards en 2011. «C'est une progression significative de 36 %. Et cette progression découle de certains dérapages de dépenses et de moins-values de recettes», relève le ministre. Evoquant les derniers emprunts obligataires du Sénégal, Amadou Kane a soutenu que la signature du Sénégal ne s'est pas dégradée comme l'ont indiqué certains financiers. «Elle est toujours B+ Perspective négative. Si Standard and Poor's a maintenu la note du Sénégal en dépit de la dégradation des fondamentaux de notre pays, c'est parce que le nouveau gouvernement s'est engagé, de manière crédible, à réduire de façon socialement juste le déficit», dit-il.

Kane annonce, par ailleurs, que l'Etat table sur un taux de croissance de 3,9 % en 2012. «Dans la loi de finances rectificative que nous allons introduire après l'installation de l'Assemblée nationale, le budget d'investissement va augmenter de 22 %. Cela est un rééquilibrage important pour nous donner les moyens d'atteindre cette croissance», tonne Kane. Qui soutient que l'Etat est dans un processus de mise en place d'actions graduelles visant à réduire les subventions. «93 milliards de subventions seront accordés en 2013 et 60 milliards en 2014», dit-il.

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