Abdirashid Abdullahi Mohamed, appelé également Abdir, 27 ans, a dû fuir la Somalie, son pays natal, en 1991, après que ses parents et deux de ses frères et soeurs eurent été tuées dans des violences, Des voisins l'ont aidé à se rendre, avec ses deux jeunes soeurs, dans le camp de réfugiés de Dadaab, dans l'est du Kenya. A son arrivée au camp, il était âgé de 7 ans.
Aujourd'hui, 20 ans plus tard, l'espoir d'Abdir de vivre dans un autre pays, plus pacifique, s'est atténué. L'une de ses soeurs est morte dans le camp après une maladie à l'estomac, l'autre s'est vu offrir l'occasion d'aller vivre aux Etats-Unis.
Il espérait pouvoir partir avec elle, mais un test ADN a révélé que sa soeur était en fait sa cousine. Bouleversé par la nouvelle, il a dû rester dans l'un des camps de réfugiés les plus dangereux du monde. Mais malgré les revers qu'il a connus dans sa vie, Abdir est déterminé à essayer de rendre sa vie et celle des 500.00 autres réfugiés moins misérable. Joint par téléphone par RNW, Abdir parle son travail de rédacteur en chef de Refugee, la lettre d'informations de Dadaab.
Qu'écrivez-vous en fait dans la lettre d'informations ?
Avec notre lettre d'informations, nous favorisons une prise de conscience au sein de la population, ici à Dadaab. En général, nous écrivons des articles sur des sujets qui touchent les réfugiés, par exemple sur la santé. Nous avons écrit un article sur un réfugié qui souffrait d'un cancer à l'oeil.
Le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) s'est finalement rendu compte de son problème et il a été transporté par avion à un hôpital de Nairobi. La maladie a été soignée et il s'est rétabli... Mais nous parlons aussi de choses comme la nutrition, par exemple lors d'un afflux (de réfugiés). L'an dernier, un grand nombre de personnes sont arrivées de Somalie. Il y a eu alors de nombreux cas de malnutrition, qui touchent les enfants et les personnes âgées. Nous collaborons avec plusieurs ONG sur ces articles.
Est-ce que vous écrivez aussi sur des sujets amusants ?
Oui, bien sûr. C'es très important, le divertissement. Nous avons des histoires fictives sur des liaisons, ici dans le camp. Nous publions quelques paragraphes par semaine, comme ça le public attend la prochaine lettre d'information pour lire la suite de l'histoire.
Dadaab fait souvent l'actualité ces derniers temps. Comment est la vie dans le camp actuellement ?
La vie à Dadaab est révoltante. Aujourd'hui, c'est comme en 1991, quand l'endroit s'est rempli de bandits qui pillaient, tuaient et violaient. On dirait une prison inondée. Tout type d'être humain est représenté ici... Dernièrement, les hommes d'affaires (réfugiés ayant une échoppe dans le camp - ndlr) ont été ciblés, ils sont kidnappés.
Ils ne peuvent pas dormir chez eux. Sous la menace des armes, ils sont obligés d'ouvrir leurs échoppes et de donner l'argent qu'ils ont gagné à la sueur de leur front. Il y a quelques nuits, un grand nombre de filles, sous la menace d'armes, ont été violées. C'est un endroit effroyable. Nous avons demandé au gouvernement kenyan de renforcer la protection, mais en vain.
Vous en parlez dans votre journal ?
Non, nous ne pouvons pas couvrir ce genre de choses. C'est trop dangereux. On aurait besoin de protection et il n'y a personne pour nous la donner. On laisse les choses se faire. Malheureusement, nous ne pouvons rien y changer.
L'ONG FilmAid finance la lettre d'informations que vous publiez. Elle produit également des films dans les camps de réfugiés à travers le monde. Vous y participez également ?
Oui, bien sûr. Il y a tellement de sujets à couvrir ici. J'ai fait un film sur la crise d'identité ici. Un grand nombre de réfugiés ont une crise d'identité. J'ai moi-même été victime d'identité. Pour le film, j'ai interviewé des réfugiés qui avaient un bon emploi en Somalie, par exemple des hommes politiques ou des hauts responsables.
Mais ici, à Dadaab, il n'y a pas d'emplois. Il n'y a rien. Ça suscite beaucoup de problèmes. Mais j'ai aussi interviewé quelqu'un comme quoi, qui avait 7 ans quand il est arrivé ici en provenance de la Somalie. Il a seulement de vagues souvenirs de la Somalie quand il a fui, de beaux souvenirs. Et ici, la vie est dure, il n'y a pas de bonne nourriture, pas de régime équilibré, le système de distribution d'eau est médiocre, les conditions sanitaires mauvaises, de même que les conditions d'hygiène et la sécurité. Où faut-il le situer ? Il ne sait pas lui-même.
Comment est-ce que les gens réagissent au travail que vous faites ?
Très bien. Les gens aiment vraiment beaucoup. Les autres reporters et moi-même, nous sommes connus maintenant par notre public. Beaucoup de gens viennent au marché nous raconter ce qu'ils pensent de notre travail. Ils nous donnent des idées, c'est très agréable. Et certaines histoires, en particulier les fictions, sont très populaires. Les gens en parlent beaucoup, de ces histoires.
Où est-ce que vous écrivez vos articles ?
C'est notre plus grand défi. Nous n'avons pas un seul ordinateur. On doit aller au bureau de l'HCR pour leur demander si on peut utiliser l'ordinateur quelques minutes. Ensuite, j'écris très rapidement et je copie le contenu sur ma clé USB. On ne reçoit rien.
Qu'est-ce que vous souhaitez à l'avenir pour Dadaab ?
L'avenir de Dadaab se présente certainement très mal. J'aimerais qu'il s'améliore. Les réfugiés sont coincés ici. La seule chose que je puisse faire ici, c'est que les gens vivent un peu plus facilement grâce aux lettres d'informations et les films.
Comments Post a comment