Alors que la polémique enfle autour de l'augmentation des frais d'inscription dans les universités publiques, le Front populaire ivoirien (Fpi) remet en cause toute la gestion du secteur éducation/formation par le régime Ouattara. Lisez la déclaration !
Au moment où l'année scolaire 2011-2012 tire à sa fin, avec l'organisation des différents examens scolaires à grand tirage, une grande fébrilité s'est installée dans le secteur Education/Formation. Cette fébrilité en dit long sur la mal gouvernance dans ce secteur essentiel de la vie de notre nation.
Le Front Populaire Ivoirien, soucieux de l'apaisement du climat social, se trouve profondément préoccupé par cette situation. Aussi, décide-t-il de relever les dysfonctionnements qui minent ce secteur clé de la vie nationale, pour ensuite exposer une brève analyse de la situation et faire quelques propositions en vue d'apaiser quelque peu le climat dans les trois niveaux du secteur que sont l'Education Nationale, l'Enseignement Technique et Professionnel, puis l'Enseignement Supérieur et la Recherche Scientifique.
I.Des dysfonctionnements graves dans le secteur Education/Formation
Au-delà des multiples difficultés liées à la crise au long cours que traverse notre pays, force est de constater que de nombreuses fautes de gestion ont émaillé le fonctionnement, cette année-ci, du secteur de l'Education/Formation, au point de porter un énorme préjudice à sa marche normale.
I.1 En ce qui concerne l'Education Nationale
Au niveau de la gestion de l'enseignement maternel et primaire, de l'enseignement secondaire général et l'alphabétisation, on peut relever plusieurs problèmes liés à la mauvaise gestion administrative. Ces problèmes constituent des obstacles à la qualité si nécessaire du travail dans le secteur. Nous notons pour illustration :
-Une identification des personnels, coûteuse et inutile.
L'identification des agents du ministère de l'Education Nationale, sur des fiches, au taux unitaire de trois mille cinq cents francs CFA (3.500Fcfa) s'apparente à une escroquerie, étant donné que ces agents sont déjà identifiés par les soins du Ministère de la Fonction Publique.
-Des sommes d'argent prélevées à des élèves sans contrepartie
Chaque élève de l'enseignement privé a dû payer la somme de mille francs CFA (1.000Fcfa) pour une carte de fréquentation scolaire par l'entremise de la CELPAID, sans jamais recevoir ladite carte.
-Un recrutement opaque et une formation au rabais d'enseignants martyrisés:
Trois mille (3.000) enseignants ont été recrutés et formés en quatre (4) mois, pour une rémunération de cent mille francs CFA (100.000Fcfa) par mois. Cela fait penser au sabotage des années 1990 du secteur Education/Formation, sabotage engagé par M. Alassane Dramane Ouattara, alors Premier Ministre, qui introduisit les salaires à deux vitesses dans le secteur.
-Une programmation insidieuse d'une année blanche dans l'ouest du pays :
Plusieurs établissements scolaires de l'enseignement secondaire général sont fermés dans l'ouest du pays, du fait des troubles liés à l'incapacité du régime à maîetriser ses troupes armées. Une année blanche de fait est imposée aux élèves de cette partie de notre pays, dans un «huis clos » total.
-Une fraude grossière au concours d'entrée au CAFOP
La Ministre de l'Education Nationale a fait ajouter, d'autorité, huit cent soixante (860) personnes sur la liste des admis à entrer au CAFOP. Cette fraude grossière, si elle participe de l'exécution de « la politique de rattrapage » chère au chef de l'Etat, constitue, également, un autre élément du sabotage du système éducatif, par la baisse drastique du niveau dans le secteur.
I.2 Au niveau de l'enseignement technique et professionnel
C'est le niveau de la formation aux différents métiers, avant les qualifications post-enseignement supérieur. Ici également, des manquements graves aux normes de gestion sont légion et constituent des freins à la qualité du travail. On note :
-Des nominations fantaisistes dans les fonctions
Des inspecteurs généraux et des inspecteurs pédagogiques ont été nommés dans un total irrespect des normes, en violation flagrante du décret n° 2007-295 du 31 décembre 2007, portant classification des grades et emplois dans l'administration publique et dans les établissements publics nationaux.
-La formation au rabais des apprenants
Le manque criard d'équipements dans les zones ex-assiégées (les rebelles ayant démonté les équipements pour les emporter ailleurs) et le délabrement avancé du matériel existant dans les autres zones, ainsi que l'inexistence d'infrastructures sur les sites de délocalisation à Abidjan ne permettent pas une formation adéquate des apprenants.
I.3 Dans l'Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique:
L'Enseignement Supérieur et la Recherche scientifique, c'est le niveau de formation qui constitue le vivier indiqué pour tout pays qui aspire au développement. La Côte d'Ivoire, malgré les difficultés, faisait des efforts louables à ce niveau de la formation de ses élites, jusqu'à ces dernières années où la crise amorcée en 2002 a sapé tous les fondamentaux de la formation.
Aujourd'hui, le régime issu de la crise postélectorale accélère la mise à mort de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique dans le pays. Outre la fermeture de deux des trois principales universités du pays (Cocody et Abobo-Adjamé), Bouaké étant censée fonctionner normalement, les autorités de ce niveau du secteur Education/Formation aggravent et multiplient les problèmes, par une gestion administrative des plus scabreuses.
-Le paiement irrégulier et tardif des rémunérations et primes
Les rémunérations et primes des personnels des universités sont payées avec des retards qui s'allongent d'un mois à l'autre. Cette situation a déjà occasionné des grèves à l'Université de Bouaké.
-Des décisions administratives dans l'irrespect des normes
Le Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique prend des décisions et fait des nominations sans tenir compte des lois et réglementations en vigueur : ainsi en est-il des nominations, par arrêté, des présidents des universités de Cocody, d'Abobo-Adjamé, et dernièrement de Bouaké, en violation de la loi n° 95-611 du 7 septembre 1995 et de ses décrets d'applications, instituant l'élection des présidents des universités.
-Le renvoi arbitraire et illégal des étudiants par la tutelle ministérielle
Le ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique a décidé, pour la prochaine rentrée académique, du renvoi de cinq mille huit cents (5.800) étudiants régulièrement inscrits à l'université de Cocody, alors que seul le Conseil de l'université est habilité à se prononcer sur les renvois.
-Une préinscription en ligne onéreuse par le cabinet ministériel
La préinscription en ligne payante à l'université des élèves des classes de Terminale se fait par le cabinet du ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique, au lieu de se faire gratuitement par les universités. La décision unilatérale du gouvernement d'extorquer deux mille francs CFA (2.000Fcfa) à chaque enfant inscrit en classe de Terminale n'est ni plus ni moins qu'une arnaque.
-Une augmentation excessive du frais d'inscription
L'augmentation du frais d'inscription à l'université passe de six mille francs CFA (6.000Fcfa) à cent mille francs CFA (100.000Fcfa), aux dernières nouvelles, soit une augmentation du taux initial de plus de 1000% !!!. Même s'il peut apparaîetre logique que le taux d'inscription soit revu à la hausse, ce taux fixé unilatéralement et de façon arbitraire par la conférence des présidents d'université est scandaleusement excessif dans la situation actuelle de paupérisation généralisée.
-Le saccage, la fermeture ou l'affectation des cités universitaires à d'autres usages
La crise post-électorale a occasionné, pour des raisons qui se sauront peut-être un jour, la destruction de la plupart des cités universitaires. Le gouvernement issu de cette crise a fermé certaines de celles qui ont survécu, après en avoir chassé les étudiants, tandis que d'autres sont occupées par des hommes en armes.
Ce sont là, quelques-uns des problèmes de dysfonctionnement que nous constatons dans la gestion du secteur Education/Formation de notre pays par le régime d'Alassane Ouattara. A partir de ce constat, une analyse succincte n'est pas inutile.
II. Notre analyse
succincte de la situation
Le secteur Education/Formation, clé de voûte de tout développement dans un pays, connaîet un grave recul en Côte d'Ivoire. Ceux qui nous gouvernent semblent avoir décidé, définitivement et délibérément, de mettre à mort notre système de formation, ou tout au moins de le handicaper pour longtemps. L'impression qui domine est que le régime issu de la crise post-électorale nourrit deux ambitions :
II.1 Priver la Côte d'Ivoire d'une intelligentsia dynamique, à même de lui permettre de répondre efficacement aux défis d'un monde en perpétuelle évolution :
Rien ne justifierait qu'un régime au pouvoir dans un pays fasse tout pour nuire à l'Education/Formation dans ce pays. Pourtant, au regard de ce qui se passe en Côte d'Ivoire, et eu égard aux tendances régionalistes et autres « rattrapages » du régime de M. Alassane Ouattara, force est de croire que ceux qui gouvernent actuellement la Côte d'Ivoire veulent priver ce pays d'une élite véritable. Comment expliquer autrement les actes suivants posés par le régime :
-L'exil forcé et l'emprisonnement de nombreux cadres de l'enseignement, au motif d'avoir occupé un poste du temps du régime précédent ;
-La fermeture arbitraire des universités et des écoles secondaires dans certaines régions (à l'ouest par exemple) ;
-Le saccage, la fermeture ou la cession des cités universitaires à des hommes en armes ;
-Les actes administratifs illégaux, tels la nomination des présidents des universités et le renvoi arbitraire des étudiants ;
-La promesse de réouverture des universités en septembre 2012, alors que rien dans la réalité des faits ne présage la réalisation de cette réouverture ;
-La fraude organisée par l'autorité elle-même, comme l'inscription au CAFOP de personnes non admises au concours d'entrée dans cet établissement de formation des formateurs.
II.2 Enlever à l'école son caractère national, républicain et d'ouverture à tous, pour lui donner les allures d'un élitisme étriqué à base régionaliste :
Aujourd'hui, les hommes et les femmes au pouvoir en Côte d'Ivoire donnent le sentiment de vouloir choisir qui peut être à l'école dans notre pays. Cela se voit dans les actes suivants :
-L'augmentation excessive des taux d'inscription à l'université (100.000 frs contre 6.000 frs), comme pour en exclure les personnes issues de milieux défavorisés ;
-La chasse systématique à certains enseignants nationaux, emprisonnés ou contraints à l'exil, pendant que le chef de l'Etat chercherait des enseignants étrangers, pour l'ouverture annoncée des universités ;
-La fermeture des écoles dans certaines régions, peut-être dans l'optique du « rattrapage », système cher au régime, qui voudrait une élite issue des régions de son choix ;
-Les nominations de «rattrapage ethnique».
Le secteur Education/Formation est véritablement en danger en Côte d'Ivoire. Et le plus inquiétant dans cette situation, c'est que les parrains du régime, la communauté dite internationale par exemple, l'UNICEF et consorts ne réagissent pas devant ce qui a tout l'air d'un sabotage en règle. L 'UNESCO est muette, comme si cette institution cautionnait la mise à mort de l'Education et de la formation dans notre pays.
Le Front Populaire Ivoirien estime que les actes et décisions du régime de M. Alassane Ouattara s'apparentent à une destruction du système éducatif. Si la situation reste en l'état, la Côte d'Ivoire prendra un très grand retard dans ce secteur essentiel qu'est le secteur Education/Formation.
III. Nos propositions pour un apaisement dans le secteur
En attendant la prise de décisions courageuses pour l'organisation des états généraux de l'Education/ Formation en vue de la remise sur les rails de notre système éducatif, le Front Populaire Ivoirien expose ici quelques propositions, pour un climat apaisé dans le secteur.
-Le paiement sans délai des rémunérations et primes des enseignants et autres personnels des universités ;
-Le respect scrupuleux des textes de lois et autres réglementations en vigueur ;
-La fin immédiate des mandats des personnes nommées illégalement ;
-Le retour de tous les enseignants, chercheurs et étudiants en exil ;
-La libération de tous les enseignants, chercheurs et étudiants emprisonnés suite à la crise post-électorale ;
-L'arrêt des préinscriptions en ligne payantes par le cabinet du ministre et le remboursement des sommes déjà perçues ;
-L'organisation normale des préinscriptions gratuites dans les universités, comme cela se fait sous d'autres cieux ;
-La libération des résidences universitaires par les hommes en armes et leur remise à la disposition des étudiants ;
-La réintégration pure et simple des 5.800 étudiants illégalement radiés ;
-Un programme de mise à niveau et des examens pour les enfants des écoles fermées du fait de la crise post-électorale.
Le Front Populaire Ivoirien reste persuadé que l'école, en tant que système de formation et d'éducation du citoyen, doit être l'objet de la meilleure attention dans un Etat de droit. Aucun gouvernant n'a le droit de gérer le secteur Education/Formation avec légèreté et dans un esprit sectaire et fantaisiste. Il faut avoir à l'esprit de grandes ambitions pour la nation toute entière dans la conduite de la formation du citoyen.
Vivement que l'école ivoirienne retrouve la sérénité pour une Côte d'Ivoire unie et apaisée.

Comments Post a comment