Notre Voie (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Le régime Ouattara avait promis trois mois pour juguler l'inflation - Les prix des denrées restent toujours élevés

Ahoussou Kouadio Jeannot, Premier ministre du gouvernement Ouattara, voulait montrer à son mentor qu'il était prêt et capable d'assumer la tâche à lui confiée fraichement. Et pour le montrer, le jeudi 22 mars dernier, il a pris avec lui les ministres Kobenan Adjoumani, Dagobert Banzio, Mabri Toikeusse, Anne Oulotto, Dosso Moussa, N'Dri Yoman, Gaoussou Touré, pour faire la visite de quelques marchés d'Abidjan.

Objectif : s'imprégner du coût des produits sur les marchés avant la mise en application des onze mesures de lutte contre la vie chère adoptées la veille en conseil de ministres. On a encore en mémoire (et aussi en image) cette promesse ferme faite aux Ivoiriens, en les regardant tout droit dans les yeux : «Donnez-nous 3 mois pour faire une évaluation, nous avons des problèmes structurels, notamment le transport et l'impraticabilité des pistes, sans oublier les circuits de distribution. Je peux vous rassurer que dans 3 mois, vous verrez que les prix vont baisser ( ...) Nous allons tout faire pour infléchir les prix, c'est une attitude volontariste. Et nous pensons que nous allons atteindre cet objectif parce que les Ivoiriens ont un esprit civique ». Une commerçante, qui traduisait la pensée de la plupart des Ivoiriens, avait émis des doutes sur la réalisation de cette promesse. « Ce n'est pas la première visite d'un Premier ministre dans les marchés, on espère que celle-là sera la bonne car les prix augmentent de jour en jour», avait-elle dit.

Le lendemain, une rencontre s'est tenue entre le chef du gouvernement et les commerçants. Puis un conseil des ministres a suivi qui a planté le décor de la lutte contre la vie chère : « Le conseil des ministres tenu mercredi à Abidjan, a été l'occasion pour le gouvernement de prendre, entre autres, plusieurs mesures pour contenir l'inflation et ramener les prix des produits de grande consommation à des niveaux supportables pour les populations. A cet effet, des concertations ont eu lieu avec les principaux acteurs de la filière qui ont permis la signature d'un protocole d'accord sous l'égide du ministère du Commerce. Cet accord porte sur la fixation d'un prix maximum conseillé par kilogramme et par sac et l'obtention d'une baisse moyenne de l'ordre de 6% du prix de vente au détail (...) Le Président de la République, Alassane Ouattara, tout en saluant la signature du protocole d'accord susmentionné et après avoir rappelé que les mesures contre la vie chère concernaient également le lait, la tomate concentrée, l'huile, les produits vivriers, la viande, le savon, le gaz, a demandé l'engagement plein et entier de l'Administration et de l'ensemble des acteurs publics concernés ».

Plus de trois mois après, les faits donnent raison à ceux qui doutaient de la réalisation de cet objectif. La visite du Premier ministre a semblé plutôt constituer un effet dopant tellement les prix n'ont fait qu'augmenter : les produits de grande consommation dont les exemples typiques sont le riz, la viande, le poisson, le lait, l'huile , et les produits vivriers, sont devenus presque inaccessibles aux bourses légères. Et les cris ménagers montent, plus stridents, pendant que le coeur présidentiel ne semble pas disposé à les écouter.

C'est dans cette atmosphère qu'au dernier conseil des ministres, « le Gouvernement s'est penché sur la cherté du coût de la vie et a marqué son adhésion pour la suspension des droits et taxes sur l'importation du riz. Cette mesure qui va coûter 7 milliards de FCFA à l'Etat pour une période de trois mois intervient pour anticiper une hausse de l'importation du riz due au renchérissement du dollar face à l'Euro auquel est arrimé le FCFA», (dixit le communiqué du gouvernement).

Cette décision est tout simplement la traduction d'une défaite du gouvernement dans le combat qu'il mène contre les importateurs et dont les consommateurs ne sont que les victimes innocentes. Il y a longtemps que les importateurs réclament une baisse des taxes à l'importation à l'effet de pratiquer des prix raisonnables sur le marché et l'approvisionner durablement. Sinon, ils envisageaient de ne plus importer du riz ; ce qui aurait provoqué une pénurie de cette denrée.

C'est déjà mieux même si c'est pour trois mois. Mais limiter la cherté de la vie au prix du riz «base alimentaire d'une grande partie de la population », c'est se moquer des Ivoiriens. Les Ivoiriens ne consomment-ils pas beaucoup le poisson, la viande, le lait, la farine, l'huile ?

Lorsque le Premier ministre est allé faire son marché en gyrophare et cortège ministériel, les commerçantes avaient soulevé un certain nombre de préoccupations qui agissent sur les prix des denrées. Notamment, le coût du transport, les faux frais etc. Lui-même en avait relevé qui portaient sur le l'impraticabilité des pistes, les circuits de distribution. Pourquoi le conseil des ministres n'a-t-il pas fait cas de toutes ces entraves? Pourtant les commerçants ne font que dire que les surcoûts liés à l'achat des produits sont à l'origine de la hausse des prix. Le gouvernement Ouattara veut-il réellement que les Ivoiriens mangent à leur faim ?

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